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in 2010 with funding from
University of Ottawa
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LE
MOYEN AGE
RENAISSANCE.
PARIS — TYPOGRAPHIE PLOX FKKRES, 36, RIE DE VAKilllARI)
LE
MOYEN AGE
RENAISSANCE,
HISTOIRE ET DESCRIPTION
[IKS MOEURS F.T USAGES, 1)1 COMMERCE ET DE [,'lXDUSTRlE, DES SCIENCES,
DES ARTS, DES LITTÉRATURES ET DES BEAUX- ARTS
33Ï 3®a35>3,
Direction Cinéraire Dirrrtion artistique
M. PAUL LACROIX. M. FERDINAND SERÉ.
m >M\> EAC-SIMILE PAR M A RIVAIT)
TOME TROISIÈME.
PARIS.
ADMINISTRATION : 5, RUE DU PONT-DE-LOD1
J850
SEP 2 51972
D
In
I
PREMIERE PARTIE.
MOEURS ET USAGES
TABLE DES CHAPITRES
TROISIEME VOLUME.
PREMIERE PARTIE.
MOEURS ET USAGES DE LA VIE RELIGIEUSE.
CÉRÉMONIES ECCLÉSIASTIQUES, par M. le marquis de Vabennes.
MOEURS ET USAGES DE LA VIE CIVILE.
CÉRÉMONIAL , ÉTIQUETTE, par M. Vai.i.et de Viriville, professeur à l'École des Chartes.
CORPORATIONS DE MÉTIERS, par M. A. Mo.nteil, auteur de l'Histoire des Français des divers étals.
et M. Rabutaux.
COMMERCE , par M. Ch. de GraindhiaisOiN , archiviste paléographe.
PÉNALITÉ, par M. de la Villegili.e, secrétaire du Comité des Monuments historiques.
TRIRUNAUX SECRETS, par M. Gustave Rruket, de l'Académie de Rordeaux.
MOEURS ET USAGES DE LA VIE PRIVÉE.
VIE PRIVÉE DANS LES CHATEAUX, DA*S LES MLLES, DANS LES CAMPAGNES, par
M. Leroux de Likcy, pensionnaire de l'École des Chartes.
— 2 -
MODES ET COSTUMES, par M. le comte Horace de Vieilcastel, secrétaire général des musées
TROISIÈME PARTIE
BEAUX-ARTS.
ORFEVRERIE, par M. Jules Labarte.
C€ll€Jit©ri3€S €CCC€S32lôt3«Hl€ô.
ans les premiers siècles du chris-
tianisme, les Cérémonies de l'É-
glise étaient simples et tout a
fait secrètes. Les chrétiens, afin
de se soustraire aux persécu-
tions, se réfugiaient dans des
lieux retirés, dans des hois im-
pénétrables, dans de profondes
catacombes, pour y célébrer en
paix les mystères de leur reli-
gion. Cela dura ainsi jusqu'au
commencement du quatrième
siècle, où Constantin, ayant
vaincu Maxence, et s'étant rendu
maître de l'Italie et de l'Afrique,
mit fin aux persécutions, em-
brassa le christianisme et en fit
la religion de l'empire. Dès lors seulement commencèrent le culte extérieur et les
Cérémonies publiques de l'Église.
Le pape , évêque de Rome , est le chef visible de l'Église catholique romaine , le
vicaire de Jésus-Christ, le légitime successeur de saint Pierre. Il a la souveraine auto-
rité sur l'Église. Il assemble les conciles, crée les cardinaux, nomme ou confirme les
évèques; institue, autorise ou supprime à volonté les ordres religieux, veille au
maintien du dogme, donne et publie des bulles, des brefs, des encycliques, dans l'in-
térêt de la foi et de la discipline; excommunie ou lève l'excommunication; distribue
les indulgences, etc. La suprématie de l'évêque de Rome est établie dans les actes
des conciles œcuméniques et dans les saints canons. Elle fut formellement reconnue
par un décret de l'empereur Valentinien III, mais elle ne cessa d'être contestée par les
patriarches de l'Église d'Orient. Dans sa dixième session, le concile tenu a Florence
en 1439 modifia l'ordre de ces patriarches marqué dans les canons : « En sorte,
» y est-il dit, que celui de Constantinople soit le second après le saint pontife
Mœurs el ta CÉRÉMONIES ECCLÉSIASTIQUES Fol. I.
LE MOYEN AGE
»> romain; celui d'Alexandrie, le troisième; celui d'Antioche, le quatrième, et celui de
o Jérusalem, le cinquième, sans toucher à leurs privilèges ou à leurs droits. »
Le mode d'élection des papes subit, jusqu'au douzième siècle, de nombreuses varia-
tions. On voit les papes nommés d'abord par le clergé et la population chrétienne de
Home; puis, Odoacre, chef des Hérules, devenu possesseur de l'Italie par la défaite
d'Augustule, déclara que celte élection ne se ferait qu'avec son agrément; son assassin
et son successeur, Théodoric, roi des Ostrogoths, nomme, de sa propre autorité, le
pape Félix IV. En 774, lorsque Charlemagne eut fait la conquête de la Lombardie,
et détrôné Didier, son beau-père, dont il venait de répudier la iille , le pape Adrien Ier,
qui avait appelé à son secours ce grand empereur, lui déféra, dit-on, de concert
avec cent cinquante évèques et tout le peuple romain, la faculté d'élire seul le sou-
verain pontife. Charlemagne ordonna que l'élection serait faite par le clergé et par le
peuple; que le résultat de l'élection serait soumis à l'approbation de l'empereur, et
que la consécration de l'élu n'aurait lieu qu'en vertu de cette approbation. Louis le
Débonnaire, Lolhaire et Louis le Bègue contribuèrent à restituer et a maintenir com-
plètement le droit d'élection aux Romains. Au dixième siècle, le pape Léon VII remet
ce droit à l'empereur Othon 1", et Nicolas II, en 1059, le rend aux empereurs, et
règle dans un concile les formalités à suivre pour l'élection des papes. Vers l'an 1 126,
le clergé, le peuple et le sénat élisent les papes sans le consentement et la confirma-
lion de l'empereur; enfin, Innocent II transporte aux seuls cardinaux ce droit, objet
de tant d'ambitions et de conflits.
Honoré III, élu pape en 1216, ordonna que l'éleclion des papes aurait lieu dans un
conclave; son prédécesseur, Innocent III, passe pour avoir décidé qu'elle pourrait se
faire de trois manières : par le scrutin, par le compromis et par Vinspiration.
L'élection se faisait par compromis, lorsque l'on s'en rapportait au choix de quelque
cardinal en s'engageant à reconnaître pour pape celui qu'il aurait élu. En 1314, les
cardinaux assemblés à Lyon , après la mort de Clément V, ne pouvant s'accorder
sur le choix d'un pape, déférèrent l'élection à la voix de Jacques d'Euse, cardinal,
qui se nomma lui-même, en disant : Ego sum papa. Il occupa le saint -siège, sous le
nom de Jean XXII. L'élection par compromis ne fut toutefois employée que très-rare-
ment, de même que celle de l'inspiration, qui consistait à crier, comme si l'on était
subitement inspiré : Un tel est pape! Le concile de Lyon, en 1274, sous le pontifical
de Grégoire X, règle, dans sa cinquième session, la forme, les lois et la procédure
de l'élection des papes par scrutin.
Avant d'entrer dans le détail de cette sorte d'élection, la seule vraiment en usage
et canonique, nous croyons devoir parler des conciles, puisque ce sont les décisions
de ces assemblées qui sont la loi de l'Église, tant pour les questions touchant la foi
(pic pour la discipline et le cérémonial.
Le premier concile eut lieu, l'an de Jésus-Christ 51, à l'occasion d'une division que
la doctrine de Çérinthe, gnostique juif, suscita parmi les fidèles d'Antioche. On réso-
ET LA RENAISSANCE.
lut d'aller à Jérusalem consulter les apôtres, qui s'y rencontrèrent au nombre de
cinq : saint Pierre, saint Jean , saint Jacques, saint Paul et saint Barnabe. Le reste du
concile se composait de leurs disciples et de l'Église de Jérusalem. On rédigea par écrit
leur décision qui commençait par ces mots : Visutn est enfin S'pirilui Sancto et nobis
(il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous), etc. Cette première assemblée des apôtres
h Jérusalem servit de modèle dans la tenue des conciles généraux ou œcuméniques.
Les conciles généraux devaient être réunis tous les dix ans, dans un lieu désigné par
le pape. Le quatrième concile (national) de Tolède, en 633, indique ainsi la forme de
leur tenue :
« A la première heure du jour, avant le lever du soleil , on fera sortir tout le monde
de l'église, dont on fermera les portes. Tous les portiers se tiendront h la porte par
laquelle doivent entrer les évêques, qui entreront tous ensemble et prendront séance
suivant leur rang d'ordination. Après les évêques, on appellera les prêtres que quelque
raison obligera de faire entrer; puis , les diacres , avec le même choix. Les évêques
seront assis en rond; les prêtres assis derrière eux, et les diacres debout devant les
évêques. Puis, entreront les laïques que le concile en jugera dignes. On fera aussi
entrer les notaires, pour lire et écrire ce qui sera nécessaire, et l'on gardera les
portes. Après que les évêques auront été longtemps assis en silence et appliqués à
Dieu, l'archidiacre dira : Priez. Aussitôt, ils se prosterneront tous à terre, prieront
longtemps en silence avec larmes et gémissements, et un des plus anciens évêques se
lèvera pour faire tout haut une prière; les autres demeureront prosternés. Lorsqu'il
aura fini l'oraison et que tous auront répondu : Amen, l'archidiacre dira : Levez-
vous. Tous se lèveront, et les évêques et les prêtres s'assoiront, avec crainte de Dieu
et modestie; tous garderont le silence. Un diacre, revêtu de l'aube, apportera au milieu
de l'assemblée le livre des canons et lira ceux qui parlent de la tenue des conciles.
Puis, l'évêque métropolitain prendra la parole et exhortera ceux qui auront quelque
plainte à former ou quelque affaire à proposer. On ne passera point à une autre affaire,
avant que la première ne soit expédiée. Si quelqu'un du dehors, prêtre, clerc ou laïque,
veut s'adresser au concile, il le déclarera a l'archidiacre de la métropole, qui dénon-
cera l'affaire au concile. Alors , on permettra à la partie d'entrer et de proposer son
affaire. Aucun évèque ne sortira avant l'heure de la levée de la séance; aucun ne
quittera le concile, que tout ne soit terminé, afin de pouvoir souscrire aux décisions;
car on doit croire que Dieu est présent au concile quand les affaires ecclésiastiques
se terminent sans tumulte, avec application et tranquillité. »
Pierre Sarpi, dit fra Paolo, a écrit V Histoire du concile de Trente, le dernier des
conciles œcuméniques; nous allons, d'après lui, en rapporter les cérémonies. Ce
concile général fut d'abord convoqué, par une bulle du pape Paul III, pour le 23 mai
1537, à l'occasion du progrès rapide de l'hérésie de Luther, de Zwingle et de Calvin.
Mais le duc de Manloue, n'ayant pas voulu accorder sa ville pour la tenue du concile,
le pape prorogea cette assemblée jusqu'en mai 1538 et désigna la ville de Vicence
il
LE MOYEN AGE
pour lieu de réunion. Aucun évêque ne s'étant rendu dans cette dernière ville, le
pape prorogea de nouveau le concile jusqu'à Pâques 1539; puis, sur quelques diffé-
rends encore survenus, le remit au jour où il lui plairait de le tenir. Enfin, au bout
de trois ans, en 1542, après bien des débats sur le choix du lieu , entre le pape,
l'empereur et les princes catholiques qui voulaient Ratisbonne ou Cologne, tandis que
le pape exigeait que le concile se tînt en Italie, on accepta la ville de Trente. Une
bulle avait fixé le concile au 15 mars 1543, mais les contestations, qui survenaient
tous les jours, en firent différer l'ouverture jusqu'au 13 décembre 1545.
Ce jour-là, les légats et les évêques, au nombre de vingt-cinq, revêtus de leurs
habits pontificaux, accompagnés de leurs théologiens, du clergé de Trente et de tout
le peuple de la ville et des environs, allèrent en procession, de l'église delà Trinité à la
cathédrale, où le cardinal del Monte , premier légat , chanta la messe du Saint-Esprit ,
et l'évêque de Bilonte, au nom de Sa Sainteté, fit un discours, afin d'exhorter les Pères
à se dépouiller de toute passion et à n'avoir en vue que la gloire de Dieu. Après ce
discours, tous se mirent à genoux, firent une prière à basse voix; après quoi, le chef du
concile récita au nom de tous la prière qui commence par Adsumus , Domine, Sancle
Spirilus. On chanta ensuite les Litanies , et le diacre lut l'Évangile de la mission des
soixante-douze disciples, tiré du chapitre X de saint Luc. Après que l'on eut chanté
l'hymne Veni, Creator Spirilus, tous ayant repris leurs places, le cardinal del Monte
lut lui-même le décret de convocation, en demandant aux Pères « S'il leur plaisait
de déclarer que le sainl concile de Trente était commencé pour la gloire de Dieu, l'ex-
tirpation des hérésies, la ré formation du clergé et du peuple, et rabaissement des enne-
mis du nom chrétien. A quoi ils répondirent tous : « Placet, » les légats parlant les
premiers, puis les évêques et les autres Pères. Le même légat leur demanda ensuite :
« Si, à cause des empêchements des fêles de la fin de l'année et du commencement de la sui-
vante, ils voulaient que la seconde session se tînt le 7 de janvier prochain? •> Et ils
répondirent de nouveau : « Placet. » Hercules Severola , promoteur du concile, requit
les notaires d'en passer un acte public; on chanta le TeDeum, et les Pères, ayant
quitté leurs habits pontificaux, accompagnèrent les légats précédés de la croix,
jusqu'à leurs demeures.
Le 7 de janvier, jour de la deuxième session, tous les prélats, sortant de la maison
du premier légat, où ils s'étaient réunis en habits ordinaires, se rendirent à l'église
cathédrale, précédés de la croix, au milieu de trois cents fantassins du comté de Trente,
qui étaient armes de piques et d'arquebuses, et qui, avec quelques cavaliers, for-
maient la haie jusqu'à l'église. Lorsque le cortège fut arrivé, tous ces soldats firent
une décharge dans la place et y demeurèrent pour faire la garde durant le temps de la
session. Outre les trois légats et le cardinal de Trente, se trouvèrent rassemblés quatre
archevêques, vin^t -huit évêques, trois abbés de la congrégation du Mont-Cassin et
quatre généraux d'ordres; ce qui faisait en tout quarante-trois personnes composant le
concile général. Parmi les théologiens qui se tenaient debout, il en est deux. Olcaster
ET LÀ RENAISSANCE,
et un autre, auxquels on permit , par honneur, de s'asseoir. L'ambassadeur du roi des
Romains et le procureur du cardinal d'Augsbourg assistèrent à la séance, sur les bancs
des ambassadeurs, et, auprès d'eux, dix gentilshommes du voisinage, choisis par le car-
dinal de Trente. Jean Fonseca, évêque de Caslello-a-Mare, chanta la messe, et Coriolan
Martirano, évêque de Saint- Marc, prononça le sermon. Après la messe, les évêques
s'élant revêtus de leurs habits pontificaux, on chanta les litanies, et l'on dit les mêmes
oraisons que dans la première session. Semblable cérémonial fut suivi aux sessions
suivantes.
Le plus ordinairement, les conciles se sont tenus dans les églises cathédrales
ou dans de vastes sacristies; cependant ce n'était pas de règle obligatoire. Le premier
concile général, celui de Nicée, s'est réuni dans une salle du palais de l'empereur
Constantin , et le sixième , h Constantinople, sous le dôme impérial (mi loco qui dicitur
Trullus); aussi nomme- t-on ce concile in Trullo. Remarquons, en passant, que l'on
appelle encore, à Arles, l'ancien palais de Constantin la Trouille ou Trouillane , et
que c'est dans ce palais que s'est assemblé le deuxième concile tenu en celte
ville.
Quel que fût enfin le lieu choisi , il devait être convenablement orné. Les Pères du
concile de Trente demandèrent que la salle de la séance fût tendue de tapisseries,
« sans quoi il était a craindre, dit le Cérémonial romain, que le concile fût regardé
comme une assemblée de gens mécaniques et d'artisans. ..
» Si le concile doit se tenir dans une église, ajoute le même Cérémonial romain, on
n'y laissera qu'une seule entrée dont les portes puissent être solidement fermées. On
réservera dans la partie supérieure de cette église, auprès du maître -autel, un espace
convenable pour la célébration des messes solennelles , lequel sera séparé , par des plan-
ches ou toute autre clôture, de la partie inférieure où siégera l'assemblée. Au fond de
l'espace réservé, en face, on érigera le trône du pape, dont le siège, élevé sur trois
gradins, sera recouvert d'élolFe d'or; le dais et les pentes seront de même étoffe; le
tapis, ainsi que le grand et le petit marchepied, de drap écarlate. Sur les gradins du
trône, il y aura deux sièges pour les diacres assistants, et le premier cardinal -prêtre
se placera sur un siège plus élevé, soit à droite, soit à gauche, selon que le demandera
son office de chapelain assistant, et alors il devra être revêtu du pluvial (chape) et
non de la chasuble.
» Si l'empereur se trouve en personne au concile, les deux diacres assistants se
déplaceront et iront s'asseoir devant Sa Sainteté sur deux petits escabeaux, suivant
l'antique usage. Le siège impérial sera préparé, à la droite du pape, sur deux gradins
seulement, joints à ceux du trône papal, et on prendra garde à ce que sa hauteur ne
dépasse pas celle des pieds du pontife. Ce siège sera orné, par derrière, de drap d'or,
mais il n'y aura rien au-dessus de la tète de l'empereur; le marchepied sera de cou-
leur verte.
o Si un ou deux rois assistent au concile, ils auront des sièges à dossier montant
Mœurs et Usages CÉRÉMONIES ECCLESIASTIQUES Fol III.
LE MOYEN AGE
jusqu'aux épaules, ornés comme les bancs des cardinaux, avec des coussins cramoisis,
et le marchepied vert sans gradins. Les rois seront placés de chaque côté et pas tout
:i lait sur la même ligne que le pape, mais un peu obliquement, de façon qu'ils puis-
sent voir le visage de Sa Sainteté.
» Dans la longueur de l'emplacement, seront des bancs à dossier et d'un seul gra-
din, pour les cardinaux et les prélats : les évêques et les prêtres en occuperont la moi-
tié, à droite; l'autre-partie, à gauche (la droite du pape), qui devra être plus élevée
de quatre à cinq doigts, et ornée d'étoffes plus riches, sera réservée aux cardinaux-
diacres.
» En face du pape, et au bout de ces deux rangées de bancs, on disposera en ligne
transversale quatre sièges distincts à dossier, pour les patriarches des quatre églises de
Constantinople , d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem. Ces sièges seront à dis-
tance égale entre eux, et le milieu formera comme la porte et l'entrée du quadrilatère.
Lesdits patriarches, parés ou non, durant les messes ou les autres actes, s'asseyent,
avant les assistants du pape. Les autres patriarches, les primats, les archevêques, les
évêques, les abbés, tous parés, se placeront, de chaque côté, après les cardinaux :
ensuite, les orateurs des rois et des princes, s'ils sont parés, et le reste des prélats,
parés aussi. Le premier rang de bancs se trouvant rempli, ils se mettront derrière;
les derniers seront les généraux d'ordres.
» Les prélats, de quelque grade qu'ils soient, devront, suivant le décret du
pape Grégoire II, prendre place parmi leurs collègues, selon l'ordre de leur promo-
tion. Les assistants du pape, revêtus de leurs parements, s'assiéront, à gauche, sur les
gradins du trône pontifical, ainsi qu'il a été dit; les protonotaires apostoliques et les
clercs de la chambre, à droite; les sous-diacres, les auditeurs de rote et les acolytes,
sur le devant, aux pieds du pape. Au bas des gradins, seront, sur le sol même, deux
cubiculaires secrets, le doyen des auditeurs, qui tient la mitre, et le secrétaire du
pape, s'il n'est point prélat.
» Les orateurs laïques ou non prélats se placent sur de petits sièges simples qui for-
ment la première ligne intérieure du carré, et plus ou moins rapprochés du pape, en
raison de la dignité de leurs maîtres. Si quelque grand prince est présent . sa place sera
sur le banc des diacres et après tous les diacres. Les autres laïques, de rang inférieur,
se mettront avec ou après les orateurs non prélats, selon leur qualité, et les autres
prêtres et clercs se tiendront derrière les bancs des prélats.
» On élèvera aussi, dans un endroit convenable de la salle du concile, un autel, sur-
monté de la croix avec la sainte Eucharistie, et renfermant les reliques de quelque
saint. C'est à cet autel que le pape, lorsqu'il vient an concile, fait sa prière et appelle
la bénédiction du Saint-Esprit sur l'assemblée. Si le pape ne doit pas être présent an
(..tuile, les sièges pourront alors être rangés à partir de l'autel; et, la messe ter-
minée, le président du concile, revêtu de ses ornements sacrés, comme s'il allait
oiiic :ier, s'assiéra sur un fauteuil contre l'autel. »>
ET LÀ RENAISSANCE.
Sainl Cyrille d'Alexandrie, dans l'Apologétique des actes du concile œcuménique
d'Éphèse, dit que l'Évangile y fut posé sur le trône pontifical, comme représentant
Jésus-Christ, « dont la parole doit sans cesse retentir aux oreilles des prêtres. » Loup,
abbé de Ferrière, au neuvième siècle, rapporte aussi qu'a ce même concile le saint
Évangile occupait le milieu du trône; c'est pourquoi les légats romains, qui présidaient
cette assemblée au nom du pape, se placèrent à la gauche de ceux qui entraient : ils
se trouvaient ainsi à la droite du Christ et comme sous ses yeux.
La présence de l'empereur ou des rois ne leur donnait aucun droit de participation
aux actes de ces conciles. Ils y assistaient comme défenseurs officieux, sans aucune
juridiction d'ailleurs, veillant seulement au maintien de la tranquillité et de l'ordre,
ainsi qu'à l'exécution des décrets , et ils portaient d'ordinaire leur costume impérial ou
royal. Eusèbe, évèque de Césarée en Palestine, qui a écrit la vie de Constantin, dit
que lorsque cet empereur entra au premier concile de Nicée, il avait un habillement
pourpre, resplendissant d'or et de pierreries, et était semblable à un ange céleste au
milieu de rayons éblouissants.
L'empereur Sigismond assista, à la deuxième session du concile de Constance, en
habit de diacre, à la messe célébrée pontificalement par le pape, et il y chanta
l'Évangile de la première messe du jour de Noël, le 25 décembre 1414. Antoine Pagi
rapporte que le même empereur vint a la troisième session de ce concile, en costume
impérial, et qu'une autre fois, il siéga revêtu de la dalmalique et du pluvial,
couronné du diadème, assisté de deux légats a lalere et accompagné de quatre sei-
gneurs qui portaient : Louis, comte Palatin, le globe d'or; Henri, duc de Ba-
vière, l'épée; le burgrave Frédéric, le sceptre; et André, baron de Hongrie, la
couronne.
Le cardinal Jacobatius, au livre 1er de son Traité des conciles , dit quels doivent être
les parements des membres du concile, savoir : « Les cardinaux et les prélats, avec le
pluvial, la chape et leurs habits sacrés; les évèques, avec la mitre blanche, unie et
sans ornement; les cardinaux, avec la mitre blanche aussi, mais un peu brodée d'or;
le pape, avec ses habits pontificaux, le pluvial rouge et la mitre précieuse sur la tète,
selon le rite pratiqué au concile de Constance.»
On a souvent agité la question de savoir si, dans les premiers siècles de l'Église, on
se servait, pour les Cérémonies ecclésiastiques, d'habits distincts de ceux portés dans
la vie civile. Il parait certain que les habits de célébration des apôtres et de leurs
successeurs immédiats différaient peu du vêtement ordinaire; et l'on conçoit qu'il en
devait être ainsi, surtout au temps de la persécution des chrétiens. Cependant
Génébrard démontre, par des citations tirées de saint Clément, de Tertullien et autres
autorités, que, même dans la primitive Église, on faisait usage d'habits sacrés; et à
l'appui de cette opinion, il cite, entre autres preuves, la défense que fit, en 260, saint
Etienne, pape et martyr, de s'en servir, non plus que d'autres ornements à l'usage du
culte, « hors le pourpris de l'église o (extra ecclesiam vestes sacerdotales et legumenla alla-
IV
LE MOYEN AGE
hum). Le même pape dit aussi que ces vêtements doivent être décents, consacrés an
service divin, et que personne ne peut s'en revêtir, excepté les ecclésiastiques.
Après l'an 1000, les conciles réglèrent les fonctions et le costume de chacun dans le
synode. Le concile de Bude, en 1279, assigne aux évêques et aux abbés mitres le sur-
plis, superpelliceum (ainsi nommé, parce qu'on le mettait sur la robe fourrée que por-
taient autrefois les ecclésiastiques, surtout dans le nord, surpelisse); l'étole, qui était
d'abord une robe ouverte par devant et dont l'ouverture était garnie d'un orfroi (aurum
phrygium. or phrygien, broderie d'or dont l'invention était due aux Phrygiens); le
pluvial , chape dont le nom fait connaître l'usage , et la mitre ; aux prélats inférieurs, le
surplis, l'étole et le pluvial; aux chefs de paroisses (parochis, c'est-à-dire ceux qui
étaient chargés par les évêques de présider les assemblées des fidèles dans les villages
dont la population n'était pas assez considérable pour y établir une église diocésaine
ou épiscopale) et aux autres prêtres, le surplis et l'étole; aux moines, seulement
l'étole. Le synode de Cologne, en 4280, attribue l'aube et l'étole aux prieurs, aux
archiprêtres et aux doyens ruraux; aux prêtres, seulement le surplis.
Le Cérémonial romain décrit ainsi les vêtements du pape : « Lorsque le sou-
verain pontife parait solennellement en public, il est revêtu, ou du pluvial, ou de la
chape, comme les cardinaux, mais ouverte sur la poitrine, avec la mitre; ou du
manteau papal (manlum) avec le capuce sur la tête ; il porte la robe de laine blanche, le
roche! , les bas rouges et les sandales ornées d'une croix. »
ET LA RENAISSANCE.
Nous devons maintenant revenir à l'élection du pape par la voie du scrutin et aux
Cérémonies du conclave qui a pour objet cette élection.
Depuis la mort de Clément IV jusqu'à l'élection de Grégoire X, il y eut un interpon-
lificat de trois ans (1268 à 1271) ; les cardinaux , rassemblés à Viterbe , où était mort le
dernier pape, ne purent s'entendre sur le choix de son successeur, malgré leurs fré-
quentes réunions à cet effet; « car, en ce temps-là, dit Panvinio (dans ses annota-
tions sur la vie de Grégoire X, écrite par Platine), l'usage n'était pas que les car-
dinaux fussent renfermés en conclave, comme cela a lieu maintenant; mais, chaque
matin, ils se réunissaient, soit à Saint-Jean-de-Latran ou dans la basilique de Saint-
Pierre , s'ils étaient h Rome , soit dans la cathédrale de toute autre ville où ils pouvaient
se trouver rassemblés. » Il paraît constant néanmoins que, si Grégoire X fut le pre-
mier qui prescrivit cette forme dans sa Constitution lue au deuxième concile général
de Lyon, longtemps déjà auparavant les cardinaux avaient été ainsi renfermés en
conclave (cum claire, sous clef); par exemple, aux élections d'Honoré III, de Gré-
IV, d ..près les Bolhodil
goire IX, de Célestin IV et d'Innocent IV; mais Panvinio ajoute que ce n'était pas de
droit (lamcn id.de jure faciendum non esl).
Avant Grégoire X, il n'y avait aucune règle qui astreignit les cardinaux présents à
attendre, pendant un certain nombre de jours limité, l'arrivée des absents, pour s'oc-
cuper de l'élection du nouveau pape. On laissait passer ordinairement le troisième
jour, quelquefois moins. Innocent III fut élu le jour même de la mort de Célestin III .
Mœots ei Usages CÉRÉMOHffi ECCLÉSIASTIQUES. Fol . V
LE MOYEN AGE
et Grégoire IX le lendemain de la mort de Honoré III. Selon la Constitution de Gré-
goire X, les cardinaux doivent entrer en conclave, dix jours au moins après le décès
du pape.
Pendant la vacance du saint-siége et la tenue du conclave, quatre cardinaux de dif-
férents ordres se partagent l'administration des affaires publiques, savoir : le cardinal-
doyen ou le premier cardinal-évêque, le premier cardinal-prêtre, le premier cardinal-
diacre et le cardinal-camerlingue; les trois premiers se chargent des affaires de la
justice et de la police; le dernier brise les sceaux qui servaient au pape défunt et fait
battre la monnaie à son coin. Cette monnaie porte deux clefs en sautoir sous le gon-
lalon de l'Église, avec ces mots : Sede vacante. C'est à Rome que s'est faite le plus sou-
vent l'élection du pape, contrairement aux Constitutions de Grégoire X et de Clément V,
qui prescrivaient qu'elle se fît au lieu même du décès du pape. La grandeur du Vatican
et sa proximité de la basilique de Saint-Pierre, avaient autrefois déterminé les cardi-
naux à choisir ce palais pour y tenir le conclave.
Les derniers devoirs ayant été rendus au pape défunt, un camérier de la sainte
Église romaine et les officiers de la chambre apostolique s'empressent de préparer le
lieu du conclave; et d'abord, de faire murer les portes et les fenêtres qui s'ouvrent au
dehors, en ne laissant qu'une seule entrée, dont la porte est munie de verrous et de
quatre serrures, et au milieu de laquelle il y a un guichet pour le passage des vivres.
Paris de Grassis, maître des cérémonies de la cour de Rome , rapporte , dans son Jour-
nal manuscrit (pendant la vacance du saint-siége, après la mort de Jules II), qu'à
cause des fraudes qui se commettaient par ce guichet, quand on apportait les pro-
visions, il proposa aux cardinaux, qui y consentirent, de le remplacer par un tour,
comme chez les moines : on mit donc une porte, bien fermée, de chaque côté de ce
tour, et les gardiens du conclave eurent la clef de la porte extérieure, et le maître
des cérémonies, la clef de la porte intérieure. La moins grande des deux chapelles, à
droite en entrant dans le Vatican, chapelle dédiée à saint Nicolas (appelée Pauline,
depuis que Paul III la fit restaurer), est celle où doivent s'assembler les Pères pour
entendre les offices divins et pour procéder à l'élection. C'est dans la plus grande cha-
pelle, à gauche, que sont dressées les cellules des cardinaux. Ces cellules, formées
de montants légers en sapin, sont recouvertes de serge violette pour les cardinaux,
parents du pape défunt ou ses créatures, et de serge verte pour les autres. C'est à la
mort de Jules II que parait avoir commencé la distinction déterminée de ces deux
couleurs; car le Journal de Burchard nous apprend qu'au conclave où fui élu Inno-
cent VIII, les cellules étaient en serge verte, rouge, blanche, etc., suivant le goût de
chacun. On tire les cellules au sort, la veille de l'entrée au conclave, tant pour les
cardinaux présents que pour ceux qui peuvent arriver. Elles sont marquées chacune
d'une lettre de l'alphabet. On remet au serviteur de chaque cardinal le billet qui porte
la lettre échue à son maître, alin qu'il puisse disposer la cellule et y faire apporter les
meubles nécessaires, c'est-à-dire un lit, une table, un banc, un coffre, au besoin,
ET LA RENAISSANCE,
mais qui ne doit point avoir de couvercle, des vases pour le vin et l'eau , et d'autres
ustensiles de bois. Depuis le temps de P. Amelius, qui donne ce détail dans son
XVe Ordre romain, le mobilier parait s'être amélioré, car, dans V Histoire des concla-
ves, on voit que les sièges, le lit et la table sont couverts de la même étoffe que la
cellule. Le jour et l'air entrent dans cette petite pièce par une ouverture pratiquée à
sa partie supérieure, et par une autre, ménagée au-dessus de l'entrée. Chaque cardi-
nal fait mettre ses armes sur sa porte. Ces cellules sont toutes rangées sur une même
ligne, et séparées entre elles par une petite ruelle d'environ un pied de large. Il y a
dans chacune un réduit pour les eonclavisles, au nombre de deux et même de trois
si le cardinal est infirme. A gauche en entrant dans cette grande chapelle, sont des
chambres où loge le sacristain du palais, et dont la première est la garde-robe du
conclave; le tout fermé de façon que le jour n'y pénètre point, aussi doit-il y avoir
toujours des lampes allumées. Augustin Patrizi, auteur du Cérémonial romain, et qui
fut lui-même maître des cérémonies sous plusieurs papes, dit expressément que les
maîtres des cérémonies devaient dormir dans cet endroit même, in ipsis lalrinis.
Paris de Grassis y place un médecin , et ajoute que ce lieu doit être très-bien gardé :
<> parce qu'il s'est aperçu que des conclavistes y avaient souvent des intelligences avec
des gens du dehors. »
Pendant ces préparatifs, les Pères se réunissent, soit dans la sacristie de l'église où les
obsèques du pape défunt ont eu lieu, soit dans la maison du premier camérier, si elle
est convenable, et s'il fait partie du collège des cardinaux, car le camérier peut n'être
pas cardinal. Le gouvernement temporaire de la ville et de la cour romaine appar-
tient au Sacré -Collège, et particulièrement au camérier.
Le palais du Vatican renfermant plusieurs cours supérieures entourées de murs, on
place à toutes les issues, aux fenêtres comme aux portes, des gardiens nommés par
les cardinaux. La garde de la première porte du palais est confiée a quelque prélat de
distinction ou noble personnage, aussitôt après la mort du pape, et l'on met deux ou
trois cents fantassins sous ses ordres. Les autres gardiens, pris parmi les dignitaires
de la cour de Rome, les conservateurs , les chefs de quartiers et les citoyens nobles,
n'entrent en fonctions qu'à l'ouverture du conclave : ils s'engagent par serment à visiter
scrupuleusement tout ce qui sera apporté aux cardinaux, à ne recevoir d'eux ni pour
eux aucune lettre (les Pères devant demander de vive voix tout ce dont ils peuvent
avoir besoin) ; enfin , à ne laisser pénétrer personne dans le conclave, à moins que ce
ne soit un cardinal qui arrive , et alors celui-ci est introduit avec un prêtre et un clerc.
Le lieu du conclave ainsi disposé, le dixième jour après la mort du pape les Pères
assistent à une messe solennelle du Saint-Esprit dans la basilique de Saint-Pierre. Un
prélat prononce un discours, afin d'exhorter les cardinaux à choisir un digne succes-
seur du prince des apôtres. Après ce discours, les cardinaux , revêtus de leurs chapes
violettes, se rendent en procession au conclave, marchant deux à deux, escortés de
gardes et accompagnés de tout le peuple. Le maître des cérémonies est en avant avec
VI
LE MOYEN AGE
la croix, la figure du Christ tournée du côté du cortège; les cardinaux viennent
ensuite; puis, les évèques, les prélats et les diacres. Les serviteurs laïques des cardi-
naux précèdent la croix , et sont suivis immédiatement des chantres et des musiciens,
qui chantent l'hymne : Venij Creator.
« La messe terminée , raconte Paris de Grassis, en ma qualité de maître des cérémo-
nies et couvert de mon surplis je pris la croix, et nous commençâmes à nous mettre
en marche. Il y avait tant de foule, que j'avais peine à me mouvoir et à sortir de la
chapelle. Nous nous dirigeâmes vers la grande porte qui est à gauche du portique de
Saint-Pierre, du côté du palais, dans lequel nous entrâmes. Nous montâmes les degrés
qui conduisent aux étages supérieurs où devait se tenir le conclave, Mon collègue, à
cause de la fatigue que j'éprouvais d'avoir porté la croix pendant une si longue
marche, me relaya et continua de la porter jusqu'à l'autel de la grande chapelle où
étaient les cellules des cardinaux. Il n'y avait, sur l'autel (cum monilibus), qu'une
nappe et deux candélabres allumés, sans plus de pompe. Quand l'hymne fut achevée,
Le Et. cardinal de Saint-Georges, debout (in cornu Evangelii) du côté de l'Évangile,
chanta l'oraison, et les cardinaux, ayant déposé leurs grandes chapes , entrèrent cha-
cun dans sa cellule, à l'exception de quelques-uns, qui, habitant le palais, s'en allè-
rent dîner chez eux. »
Après la prise de possession des cellules, les cardinaux se rendent à la chapelle
Pauline, où l'on fait la lecture des bulles concernant l'élection du pape, et le doyen
du Sacré- Collège exhorte l'assemblée à s'y conformer. Les cardinaux ont la permission
d'aller dîner chez eux, à la condition d'être de retour au conclave avant trois heures
de nuit (c'est-à-dire trois heures après le coucher du soleil). Le gouverneur et le
maréchal du conclave placent des soldats partout où ils le jugent nécessaire pour la
sûreté de l'élection. Les ambassadeurs des puissances et tous ceux qui sont intéressés
à cette élection peuvent paraître, ce jour-là seulement, au conclave, jusqu'à trois heu-
res de nuit. Alors un maître des cérémonies sonne la cloche, pour avertir tous ceux qui
n'ont point droit de rester au conclave, qu'ils doivent se retirer. Ceci fait, la porte du
conclave est fermée en dedans et en dehors ; les maîtres des cérémonies ont les deux clefs
intérieures, et celles de l'extérieur sont entre les mains des prélats gardiens. On allume
ensuite des flambeaux et l'on visite partout, afin de s'assurer qu'il n'est resté personne
d'étranger au conclave. Ceux qui doivent y demeurer sont ainsi désignés par la Con-
stitution de Pie IV : le sacristain, avec un clerc pour l'aider dans le service de la
sacristie; deux maîtres des cérémonies, un confesseur, élu au scrutin par la majorité
des cardinaux; un secrétaire du Sacré-Collège, deux médecins., un chirurgien, un
apothicaire avec un ou deux garçons, un charpentier, un maçon, deux barbiers avec
un ou ileux garçons; enfin, huit ou dix hommes de service pour porter le bois, net-
toyer, etc. fous sont nommés au scrutin secret (per fabas sécrétas) par les cardinaux.
Ils doivent être pris en dehors des domestiques des cardinaux et sont payés par le
Sacré-Collège.
ET LA RENAISSANCE.
Matin el soir, les gens de chaque cardinal lui apportent des vivres. Ces provisions
sont renfermées dans des coifres de bois, ordinairement ronds, sur lesquels sont
peintes les armoiries du cardinal. On donne à ces coffres le nom de cornues, à cause
de la ressemblance de leurs anses avec des cornes de bouquetin. Deux palefreniers
(parafrenarii) , placés l'un devant l'autre, portent sur leurs épaules le coffre, h l'aide
d'un bâton passé dans les anses; ils sont précédés de deux eslafîers (sculiferi), de
chapelains, et suivis d'un grand nombre de parents et de clercs , qui marchent grave-
ment, deux à deux, la tête découverte. Jînéas Sylvius (Pie 11) dit, dans son discours
à l'empereur Frédéric III, en parlant de ce cortège ridicule (dignam risu cœre-
moniam) , qu'on croirait voir passer des convois funèbres, el que les courti-
sans qui les accompagnent sont arrivés à ce point d'habitude de flatterie, que, le
cardinal leur manquant, ils flattent ses cornues et leur rendent les mêmes hommages
qu'à lui-même. Les porteurs s'arrêtent enfin au tour placé près de la porte du conclave,
où les prêtres gardiens visitent scrupuleusement les viandes, les pâtisseries, le pain
et le vin, lequel doit être dans des flacons de verre non bouchés, afin de s'assurer
qu'ils ne contiennent aucun billet. Ensuite, le maître des cérémonies, qui a ouvert la
porte intérieure du tour, appelle les serviteurs du cardinal dont les provisions sont
apportées, et les leur remet.
D'après la Constitution de Grégoire X, si l'élection n'était pas terminée au bout de
trois jours, les cardinaux, pendant les cinq jours suivants, devaient se contenter d'un
seul plat :i chaque repas; si, passé ce temps, ils ne s'étaient pas encore mis d'accord , on
les réduisait au pain, au vin el h l'eau. Clément VI (1351) établit pour les repas une
règle plus sévère, défend de dîner deux dans la même cellule et de partager ses plats
avec un autre. Lorsque les Pères mangent ou travaillent clans leurs cellules, les
rideaux en doivent rester ouverts, excepté ceux du lit, qui sont fermés pendant le
jour.
Chaque matin, deux messes sont dites : l'une, par le sacristain, c'est la messe du
jour courant; l'autre, par le chapelain, c'est une messe particulière à la circonstance
du siège vacant.
Le costume des cardinaux en collège se composait d'une espèce de chlamyde noire
(nommée en latin crocea) tombant jusqu'à terre, ouverte par-devant el plissant autour
du cou, semblable aux chapes de prélat, moins le capuchon; sous cette chlamyde,
ils portaient la mozette violette et le rochet, mais ils pouvaient, soit dans leur cellule,
soit en se promenant clans les salles, ne garder que ces deux derniers habils. L'an-
cien usage de ce costume des cardinaux nous est prouvé par les témoignages de
Pie II, de Burchard, de Paris de Grassis el autres.
Lorsqu'il s'agit de procéder à l'élection, les cardinaux, après avoir entendu la
messe, demeurent seuls dans la chapelle el à leurs places. « Devant l'autel, dit
» A. Patrizi clans le récit de celle cérémonie après la moi t de Sixte IV, nous apportâmes
» une petite table couverte d'un lapis rouge, sur laquelle nous mimes une horloge,
'.: h ut tas CÉBÉMONIES ECCLESIASTIQUES Fol. Vil
LE MOYEN AGE
» une sonnette, une écritoire avec des plumes, des roseaux (calamis) et un cahier
» de papier. Le sacristain, ayant ôté ses habits sacrés, posa sur le milieu de l'autel
» le calice vide, avec la patène par-dessus, et le serviteur de chaque cardinal plaça
» devant son maître un escabeau formant pupitre, une écritoire contenant une plume
» ou un roseau, une petite chandelle, et une feuille de papier où étaient écrits les noms
» de tous les cardinaux présents au conclave. » Au livre Yr des Commentaires de Pie II,
nous voyons qu'au quinzième siècle on se servait du calice pour l'élection : « On posa,
» y est-il dit, le calice d'or sur l'autel, sous la garde de trois cardinaux : l'évèque de
» Rodez, le cardinal -prêtre de Rouen et le cardinal-diacre de Cologne; afin de pré-
>> venir toute fraude, les autres cardinaux, quittant leurs places par ordre de
» dignité, allèrent, à la suite l'un de l'autre, déposer dans le calice les billets sur lesquels
>» ils avaient inscrit les noms de ceux qu'ils portaient au pontificat. Lorsque tous l'eu-
» rent fait, on plaça une table au milieu de la chapelle; les trois cardinaux ci -dessus
» nommés renversèrent le calice sur cette table et lurent à haute voix les noms inscrits
» sur les billets. »
Cependant, les sacristains, les serviteurs des cardinaux et tous autres qui se trou-
vent dans le conclave, sont renfermés dans la chapelle des cellules; les seuls, maîtres
des cérémonies se tiennent en dehors de la porte de la chapelle de l'élection , prêts à
venir dans le cas où on les appellerait.
A ces détails, le Cérémonial romain (édition de 1516) en ajoute d'autres qui préci-
sent les Cérémonies usitées depuis le temps dont nous parlons, et du moins avant 1496,
époque de la mort de celui qui l'a rédigé : « Préfère -t-on pour l'élection la voie du
» scrutin, il convient d'abord de délibérer si, après le scrutin, on emploiera, au
» besoin, dans le même jour, le moyen de l'accès (accessus), afin de parfaire l'élection.
» Ensuite, tous les Pères étant assis dans la chapelle, le doyen des cardinaux-évèques,
» son bulletin à la main, s'avance jusqu'à l'autel, et prie quelque temps, age-
» nouille; puis, il se relève, et il dépose son bulletin, après l'avoir baisé, dans le
» calice, dont le doyen des cardinaux-diacres, qui se tient au côté gauche de l'autel
» (où se lit l'épitre), a enlevé la patène. Ces bulletins sont, en général, ainsi formules
a (en latin) : Moi , évéque de. . . cardinal.. . , j'élis pour souverain pontife. . . Ici, le nom et
» la qualité de celui que l'on nomme. On peut inscrire deux ou plusieurs noms, pris
o dans le Collège, sur le même bulletin ; mais le nom de celui qu'on élirait en dehors du
» Collège devrait être écrit sur le verso de ce bulletin, que le cardinal cachette avec son
» anneau et porte comme nous venons de le dire. Ainsi font-ils tous l'un après l'autre.
» Les bulletins déposés dans le calice, les Pères reprennent leurs places, où chacun a
o devant lui un pupitre avec du papier, des tablettes (pugillares) et la liste de ceux qui
» sont présents; alors le doyen des cardinaux-évêques et le doyen des cardinaux- dia-
• cres, portant le calice, de l'autel sur la table, devant laquelle le doyen des cardinaux-
» piètres s'assied, se placent à la droite de celui-ci. Ensuite le doyen des cardinaux-
» évêques, prenant le calice de la main droite et appuyant la gauche sur la patène qui
ET LA RENAISSANCE.
le recouvre, le retourne, en ayant soin que rien n'en tombe, l'enlève et le repose
» sur la table; puis, élevant un peu la patène, il prend avec deux doigts de la main
» droite le premier bulletin venu, et, le montrant au doyen des cardinaux-prêtres, il
» le passe au cardinal-diacre, lequel l'ouvre et le lit de façon à être entendu de
» tous. Chacun, y compris les trois dont nous venons de parler, fait, à mesure, une
» marque à la suite du nom qu'il a sur sa liste. Les trois premiers scrutateurs comptent
o et proclament le nombre des suffrages. Si les voix ne sont pas suffisantes et qu'on
» ne puisse pas compléter l'élection par l'accès, les Pères se séparent , sans plu- s'en
» occuper jusqu'au lendemain. » L'accès consiste à reporter sa voix sur celui ou ceux
qui en ont obtenu le plus grand nombre. Un prêtre se lève , en disant : Ego accedo ad
reverendissimum dominum... (alem, et aussitôt ceux qui sont de cet avis se réunissent à
lui. Jacob Gajélan, auteur du XIVe Ordre romain, nous apprend, au chapitre x, que,
lorsque l'on se trouvait d'accord, le doyen des diacres ôtait à l'élu la chape ou la chla-
mvde qu'il portait, et le revêtait de l'aube , s'il ne l'avait pas déjà, du rochet, de la tuni-
que de lin (camisia) et de l'étole , placée sur ses deux épaules, s'il était prêtre, et sur
l'épaule gauche, s'il n'était que diacre; ensuite, il le couvrait du manteau (mantinn). vu
disant : <■ Je f investis de la papauté romaine, afin que lu commandes à la ville el au monde, »
Alors il lui remettait l'anneau de ses prédécesseurs et le coiffait de la mitre. Ce man-
teau, de couleur rouge, et la mitre étaient les insignes de la papauté. Censius, camé-
rier de Célestin 111 au douzième siècle, dit, dans son Ordre romain : « Tous les
membres du conclave étant d'accord sur le choix du cardinal qui leur parait le mieux
convenir, le doyen des diacres le revêt du manteau rouge (pluviali rubeo ammanlah.
Le Cérémonial romain s'exprime ainsi : « Le doyen des cardinaux-évèques le déclare
pontife romain, au nom de tout le Collège, et lui demande son assentiment; ce qu'ayant
obtenu , tous les Pères se lèvent et vont adresser des félicitations au nouveau pape.
Ensuite, on lui enlève sa chlamyde, le petit capuce, et on le conduit, ainsi vêtu seule-
ment du rochet, jusqu'à un siège orné que l'on place devant la table où les premiers
se tenaient. On lui met au doigt Vanneau du pêcheur et on lui demande quel nom il
veut porter. Après quoi, il jure le maintien des Constitutions et signe, d'ordinaire sans
les lire, les suppliques qui lui sont présentées. »
Pendant ce temps-là, le premier cardinal-diacre, ayant fait ouvrir la petite fenêtre
murée de la sacristie , d'où peut le voir le peuple qui attend au dehors , s'écrie, en éle-
vant la croix qu'il lient à la main : « Je vous annonce une grande joie; nous avons un
pape; le 1res -révérend cardinal... est nommé souverain pontife, el il a pris (el nom! »
Sergius IV, élu en l'an 1009, est. à ce que l'on croit, le premier pape qui ait
changé de nom; il s'appelait d'abord Ptelro Bocca di Porca (groin de porc).
On voit, au livre II, chapitre lvii, de la Vie de Frédéric /", dit Barberousse(dans la
continuation, par Kadevic, de cet ouvrage d'Olhon, évèque de Freisingen), qu'au
douzième siècle la nouvelle de la nomination du pape n'était pas seulement annoncée,
mais que le peuple même et le clergé étaient consultés. A l'élection de l'anli-
LE MOYEN AGE
pape Victor IV (1 170), un des quatre compétiteurs que cet empereur suscita à Alexan-
dre III , « l'archiviste (scriniarius), montant en haut (in altum), selon l'antique usage
des Humains, cria de toutes ses forces: Écoutez, citoyens de la république romaine:
noire Père Adrien est mort, et, le samedi suivant, N. S. Octavien, cardinal de Sainte-
Cécile, a été élu et investi du manteau papal, sous le nom de Victor; vous convient-il?
(placel vobis?) » Cette question fut répétée par trois fois, et à chacune le peuple et le
clergé répondirent : « Il nous convient (placel). » Le pape fut ensuite reconduit au
palais, escorté de troupes et avec tous les honneurs dus a sa dignité. Le Cérémonial
de Burchard nous montre celte coutume de proclamer ainsi la nomination du pape,
conservée au quinzième siècle lors de l'élection d'Innocent VIII, mais une seule fois
seulement et non sous la forme consultative. « A ces paroles, ajoute-t-il, le peuple,
rassemblé dans la cour du palais , poussa des cris et des acclamations , les cloches son-
nèrent à grande volée, et les gardes du palais firent entendre, sans interruption, des
décharges d'escopelle jusqu'à ce que le pontife fût rentré de l'église au palais. » «Après
son élection, dit Aug. Patrizi, l'élu est conduit dans la sacristie; les cardinaux-diacres
lui ôtent ses vêtements, que l'ancien usage abandonne aux maîtres des cérémonies,
et on lui met la robe de laine blanche, les bas rouges, les sandales rouges ornées de la
croix d'or, la ceinture rouge avec les agrafes d'or, la barrette rouge et le rochet blanc ;
ensuite , l'amict, l'aube, la ceinture, ainsi que l'élole ornée de perles, placée sur le
cou ou sur l'épaule, suivant l'ordre auquel il appartient, et sans étole, s'il n'est que
dans les ordres mineurs. Après avoir signé les suppliques, il est revêtu , par les cardi-
naux qui ont repris leurs chapes, du pluvial rouge et de la mitre d'or ornée de pier-
res précieuses; on le place sur l'autel, et tous les cardinaux lui font la révérence et lui
baisent les pieds, la main droite et la bouche. »
11 parait, d'après le XIIe Ordre romain de Censius, qu'en 1188 ce n'était pas sur
l'autel que se plaçait le pape, mais sur un siège, un fauteuil (faldistorio). Le XIVe Ordre
romain (commencement du quatorzième siècle) nous fournit la même remarque. Ce
n'est qu'au quinzième siècle, à l'élection de Pie II, que nous voyons le pape assis sur
l'autel. Quant à la révérence, appelée aussi adoration, Burchard dit que les cardinaux
vinrent, suivant leur rang, en commençant par le vice-chancelier, et baisèrent
d'abord le pied droit, ensuite la main et la bouche de l'élu ( Innocent VIII); Paris de
Grassis, dans le récit de l'élection de Léon X. en 1513, nous les montre, lui baisant
le pied, la main nue el les deux joues.
\ous devons parler aussi, en passant, d'un singulier abus qui exista pendant long-
temps, et dont fait mention le livre Ier des Commentaires de Pie 11 : « Aussitôt que
l'élection lut proclamée du haut de la fenêtre au conclave, rapporte-t-il , les gens des
cardinaux pillèrent la cellule ^\u nouveau pape, le peu qu'il avait d'argent, ses livres,
et la vile multitude de 1 1 vide (in urbe vilissima plebs) ne se contenta pas de saccager
1:1 maison, mais elle \ brisa et emporta des marbres. .. Il ajoute .pie d'autres cardi-
naux se trouvèrent quelquefois victimes de ces excès, qui se reproduisirent, justement,
ET LA RENAISSANCE,
à la nomination de ce même pape : le peuple, qui stationnait au dehors, ayant
entendu que l'élu était le cardinal -évèque de Gènes, au lieu de Sienne, dont jEnéas
Sylvius occupait le siège, courut piller le palais du premier. Aussi, Mucantius, maître
des cérémonies du pape Urbain VII, nous apprend-il , dans son Journal de 1580, que
l'élection de ce pape, bien que terminée vers la quatorzième heure du 15 septembre,
ne fut cependant pas publiée aussitôt, « afin de laisser le temps aux conclavistes de
mettre en sûreté les biens de leurs maîtres et de prévenir les dilapidations qui ont lieu
en pareil cas. »
Le conclave étant démuré, le nouveau pontife, précédé de la croix et des cardi-
naux, descend à l'église de Saint -Pierre, et là , prosterné , il rend grâces à Dieu et aux
saints apôtres. Lnsuite, coiffé de la mitre précieuse, on le place, sur un coussin, au
milieu de l'autel, et le premier cardinal -évêque entonne le Te Deum, qui est conti-
nué par tous les clercs. Pendant ce temps, a lieu une nouvelle adoration, et , après les
prières d'usage, le pape descend de l'autel, qu'il baise respectueusement, et donne
solennellement sa bénédiction au peuple ; puis, il retourne à ses appartements, dans le
même ordre qu'il en était sorti , en bénissant sur son passage. Il paraît démontré que
les pontifes , dans les premiers siècles , bénissaient en étendant les mains ou seule-
ment la main droite ; plus tard , ce fut en faisant le signe de la croix avec trois doigts
levés, c'est-à-dire le pouce et les deux premiers, l'annulaire et l'auriculaire étant
repliés sur la paume de la main. Le livre de la Vie des papes , attribué à Luitprand,
prouve (au liv. I,chap. vin) qu'il en était ainsi au neuvième siècle. Il y est rapporté
que le pape Etienne VI (890), après avoir fait exhumer, pour le mettre en jugement,
le pape Formose, son prédécesseur, lui fit couper les trois doigts avec lesquels il avait
donné la bénédiction au peuple, et ordonna que son cadavre serait jeté dans le Tibre
(tribus abeissis digilis, in Tiberim, etc.).
« Le pape élu, dit le Cérémonial romain, peut être un simple laïque (merus laïeus ,
comme Jean XIX); il suffit qu'il soit chrétien et catholique (dummodo sil chrislianus et
calholicus). » Dans ce cas, il reçoit les ordres mineurs et majeurs, selon le rit observé
pour tout autre néophyte, avec celte différence pourtant qu'il porte, par -dessus le
rochet, le manteau rejeté derrière le cou; qu'il est couvert de la mitre et qu'il reçoit,
assis sur son fauteuil, les insignes, ainsi que les habits des ordres, tandis que les
autres ordinands portent ces habits sur le bras gauche et les reçoivent à genoux. Il
peut, en outre, être promu à tous les ordres dans le même jour, si cela lui convient.
Après avoir été tonsuré, le nouveau pape, vêtu comme nous venons de le dire,
avec l'amict attaché de façon à pouvoir être relevé sur la tête, s'avance à l'autel, s'y
prosterne en priant, puis fait sa confession avec le consécrateur et retourne à son
siège, où, à un certain instant de la messe, l'évêque lui présente et lui fait toucher
des deux mains le calice et la patène vides, les burettes avec le vin et l'eau, le bassin
et l'essuie-main. 11 lui relève ensuite l'amict sur la tète, en lui disant: Accipe amiclum
(Recevez l'amict), etc. L'amict (du mol latin amicire) est un linge pour couvrir le cou,
UiEun et Usages. CÉBÉMOMES ECCLESIASTIQUES. Fol. IX.
LE MOYEN AGE
que, jusqu'au huitième siècle, les ecclésiastiques, comme les laïques, tenaient décou-
vert. Le pape reprend sa mitre et reçoit le manipule sur le bras gauche; on le
découvre de nouveau et on lui enlève le pluvial , afin de le revêtir de la tunique. Après
quoi, on lui remet le livre des Èpitres, ce qui termine l'ordination du sous-diaconat.
Primitivement, cet ordre se conférait par le seul signe de la croix, et il est probable
qu'avant le douzième siècle cette cérémonie s'arrêtait à la présentation des vases
sacrés et des autres objets nécessaires a la messe.
Le manipule était alors une petite nappe (mappula), un mouchoir, que le diacre
portait sur le bras gauche, et qui devait servir au pontife pour s'essuyer le visage et se
moucher (ad (ergendum sudorem et narium sordes). On a donné aussi à ce linge le nom
de suaire, sudarium (Ferrarius, De revesliariâ, lib. I). Au onzième siècle, c'était
encore un mouchoir (Yvo Carnot. , De signifie, indum. sacerd.); au douzième, ce
n'était plus qu'un ornement, un morceau d'étoffe (paunus , fanon), large d'environ
deux pouces, ayant une croix à l'endroit où il s'attachait et garni de franges aux extré-
mités. L'ordination du diaconat consiste dans l'imposition de la main droite sur la
tête nue de l'ordinand , et dans la remise de l'étole, placée sur l'épaule gauche , du vête-
ment appelé dalmatique , et du livre des Évangiles. Les Romains avaient adopté ce der-
nier vêtement, qui était celui des Dalmates au deuxième siècle, à l'époque sans doute
où Metellus, surnommé le Dalmatique, sou-
mit le reste de la Dalmatie. C'était une robe
ample et longue avec des manches fort larges ,
qui ne descendaient que jusqu'au coude. Les
empereurs se revêtirent de la dalmatique;
elle fut décernée comme honneur aux évê-
ques , et le pape Sylvestre Ier en décora les
diacres de Rome. Cet habit, devenu sacré, se
mettait par-dessus la tunique, dont les man-
ches étaient beaucoup plus étroites. Saint
Isidore, au septième siècle, dit que la dal-
matique est un habit sacré, blanc, orné de
bandes de pourpre, cum clavis ex purpura
(XIXe liv. des Origines, chap. xxn).
Le pape, ainsi en costume de diacre, mais
sans la tunicelle, ni la dalmatique. ni les san-
dales, et seulement avec Pamict, l'aube el le
manipule, va recevoir la prêtrise: le eonsé-
crateur, coiffé de la mitre, s'approche de lui
et lui impose les deux mains sur la tète découverte, sans prononcer de paroles. Les
cardinaux- évoques ou prêtres présents font de même, mais tète nue et avec de
grandes marques de respect. Les prières, indiquées dans le Pontifical, étant achevées,
ET LA RENAISSANCE.
le prélat ramène en avant l'étole de l'élu, la lui croise sur la poitrine, en disant :
Accipe jugum Domini (Recevez le joug du Seigneur), etc.; puis, il le revêt de la
chasuble, retenue sur les épaules par derrière et dont la partie antérieure retombe
seule , et lui dit : Recevez la robe sacerdotale , afin qu'elle augmente en vous la charité. Il
consacre ensuite les mains de l'ordinand, avec l'huile des catéchumènes , en lui faisant,
avec le pouce, dans l'intérieur des mains, une onction en forme de croix, depuis le
pouce de la main droite jusqu'à l'index de la gauche, et du pouce de la gauche à
l'index de la droite, et il finit par étendre l'onction sur les deux mains; puis, il les lie
l'une contre l'autre, les enveloppe avec un linge blanc, et l'ordinand les lient appuyées
sur une bande de linge nouée à son cou et pendante comme un large collier. Alors
1 évèque lui donne le pouvoir d'offrir le sacrifice divin, en lui faisant toucher le calice
plein de vin, ainsi que la patène qui le recouvre et sur laquelle est une hostie; il
reçoit de lui l'offrande, qui consistait, au treizième siècle, en deux grands pains,
deux fioles de vin (duas phiolas) et deux cierges (duo lorticia), et lui baise la main, à
la réception de chacune de ces choses (Cœremon. Gregorii A"). Suivant l'ancien usage,
l'élu célèbre la messe avec le consécrateur, lequel lui fait une nouvelle imposition des
mains et lui conlère le pouvoir de lier et de délier, par ces paroles : Accipe Spiri-
tum Sanction, etc. La chasuble, jusque-là retenue sur les épaules, est en ce moment
déroulée par l'évêque, qui dit : Slolà innocenliœ indual le Dominus! (Que le Seigneur
vous couvre delà robe d'innocence!) Enfin, la messe terminée, l'élu se place, sans
mitre, au milieu de l'autel , et, ayant la croix devant lui, donne à tous la bénédic-
tion. Le consécrateur s'approche ensuite, se meta genoux et lui répète trois fois ce
souhait : Ad multos annos (beaucoup d'années). La dernière imposition des mains n'est
point mentionnée dans les anciens Ordres romains, au delà du neuvième siècle.
La chasuble, qui conserva jusqu'au seizième siècle sa forme primitive, était une
longue robe sans manches, n'ayant en haut qu'une ouverture pour y passer la tète.
Son nom lui vient de son ampleur, casula, pour ainsi dire : petite maison. On la
nomme aussi planète, parce que, rien n'en indiquant le devant ou le derrière, elle
tournait, errait facilement autour du cou. Comme, pour agir, on la relevait de côté sur
les bras, de là vient l'usage d'aider le prêtre à tenir les brasen l'air, en la retroussant par
derrière. Au Moyen Age, la planète était le vêtement commun , et c'est pour cela que
le prêtre la recevait par -dessus ses autres habits, « comme emblème de la charité. »
Jean Diacre, qui a écrit cinq livres de la Vie de saint Grégoire-le-Grand (mort en (i() \ ■),
dit que le costume de ce Père était une planète de couleur marron, et, sous la planète,
une dalmatique (Feiuuiuus, De re vesliarid, lib. I). Mais, ainsi que nous l'avons déjà
dit, ces vêtements, semblables par la forme à ceux que l'on portait habituellement,
en différaient pourtant, comme habits sacrés, soit par la couleur, soit par les orne-
ments. L'abbé Sabbathier dit que la chasuble était blanche, mouchetée de pourpre, et
qu'on a souvent confondu ce vêtement sacerdotal avec la dalmatique (Dictionnaire pour
l'intelligence des auteurs classiques).
LE MOYEN AGE
Il était d'usage que l'ordination de la prêtrise eût lieu le samedi, et la consécration
comme évêque le lendemain. Cette cérémonie est publique et entourée de beaucoup
de pompe. Le pontife, arrivé à l'église de Saint-Pierre, est conduit processionnelle-
rnent à la chapelle de Saint-Grégoire par les chanoines, après avoir reçu la révérence
des cardinaux ; là, pendant le chant d'un psaume , il est chaussé des bas et des sanda-
les. Dans les premiers temps, les bas des évêques étaient bleu-ciel, coloris cœrulei,
sive cœleslis (G. Durand, Ralionale divin, of/icior., lib. III); mais ceux du souverain
pontife romain, toujours de drap rouge, ainsi que ses sandales. On le revêt de
l'aube, du cordon, de la ceinture, du pectoral, du manipule, de l'étole, de la tuni-
celle; et il reçoit successivement les gants, la chasuble et la mitre, mais non le pal-
lium et l'anneau, qu'il recevra en son temps. Ensuite, entouré de tous les cardinaux -
évêques, prêtres, diacres, et des autres prélats ayant chacun le costume de leur
dignité, il arrive au grand autel, précédé de la croix papale, qu'accompagnent sept
Qambeaux et l'encensoir, en bénissant selon l'usage (ul moris est), et fait sa confes-
sion. Lorsqu'elle est terminée, il s'assied, la mitre sur la tête, au fauteuil qui lui a
été préparé entre l'autel et les degrés du trône pontifical; puis, la messe commence.
Cependant l' évêque d'Ostie, que les plus anciennes traditions montrent en posses-
sion du privilège de consacrer l'évêque de Home, ayant chaussé les bas et les sanda-
les, dans un lieu convenable près de l'autel, et revêtu tous les ornements pontificaux
avec la mitre simple ou précieuse, suivant l'exigence du temps, s'approche, ainsi que
les cardinaux -archevêques, évêques et prêtres, afin de donner la consécration épi-
scopale à l'élu, lequel, assisté de deux diacres, se prosterne, sur son fauteuil; tous en
l'ont autant, sur leurs sièges ; ceux qui en manquent, sur le tapis, en tenant leurs livres
et gardant la tête un peu élevée (erecld aliquantulùm facie). Lorsque la litanie,
entonnée par le chapelain, est finie, tous se relèvent, et l'évêque d'Ostie, accom-
pagné à droite et à gauche des évêques d'Albano et de Porto, ouvre le livre des
Evangiles, le place, la couverture en dehors, derrière le cou de l'ordinand , et deux
cardinaux-diacres l'y maintiennent jusqu'à la fin de la consécration; alors le con-
sécrateur impose silencieusement la main droite (le Cérémonial de 1516 dit les
deux mains) sur la tête découverte du pape, ce que tous les évêques présents font
:i leur tour.
Le rite de l'imposition de l'Évangile est prescrit par le deuxième canon du quatrième
concile de Cailhage en l'an 38S. Dans ces temps reculés, on ouvrait le livre au hasard,
et le texte sacre-', qui se présentai! sur la première page, était interprété comme pronos-
tic pour celui qui recevait l'ordination. (E. iMautene, De anliq. Ecoles, rit.)
L'Évangile ainsi placé, un diacre entoure la lête de l'élu avec une bande de linge
lin nouée par derrière et dont les bouts retombent sur le cou. Cette précaution étant
prise afin que l'huile ne louche pas aux cheveux, le consécraleur. (ouvert de la mine.
trempe le pouce de la main droite dans le saint chrême, cl fait l'onction de la tète, en
forme de croix, sur la couronne ou tonsure, en prononçant les paroles d'usage; puis]
ET LA RENAISSANCE,
après une oraison, il continue l'onction sur les mains, que le pape tient l'une contre
l'autre appuyées sur une bande de linge, comme h l'ordination de la prêtrise. On ne
lui remet point le bâton pastoral, ainsi qu'aux autres évèques, mais le consacrant
bénit et lui met au doigt annulaire de la main droite l'anneau précieux. Ensuite, aidé
des évèques assistants, il enlève de dessus les épaules du pape le livre des Évangiles
et le lui présente , en disant : Accipe Evangelium , etc. ; après quoi, le souverain pontife
lave ses mains avec de la mie de pain et de l'eau , et un cardinal -diacre lui nettoie
la tète aussi avec de la mie de pain, lui arrange les cheveux avec un peigne d'ivoire,
et replace la mitre.
Le pape, couvert alors du pallium , remonte sur son siège et reçoit au baiser de la
bouche et du pied tous les cardinaux et prélats. La messe se poursuit jusqu'à la lecture
de l'offertoire, après laquelle l'évèque consacrant reçoit de l'élu deux cierges allumés,
deux pains blancs et deux amphores pleines de vin. Ce rite est des plus anciens, car il
est indiqué dans l'Ordre du pape Melchiade en l'an 311, et il en est aussi mention
dans le Pontifical de Mayence, écrit cent cinquante ans auparavant. L'évèque, à cha-
que objet qu'il reçoit, baise la main de l'élu. Le pape termine la messe avec le consé-
( rateur, et, lorsqu'elle est finie, il se place, sans gants et sans mitre, au milieu de
l'autel, ayant devant lui la croix papale, et donne la bénédiction. Il reprend ensuite
sa mitre, et va s'asseoir sur son siège. Alors le consécrateur, faisant trois génu-
flexions, lui adresse le même souhait qu'à la prêtrise : Ad multos awtos.
Si l'élu est déjà évèque, on ne le consacre pas de nouveau, mais il est seulement
béni, un jour de dimanche, en même temps qu'il est couronné. Ce jour là, il se rend
de grand matin à la chambre du parement (paramenli) , où il est revêtu de l'amie t,
de l'aube longue, de la ceinture, de l'étole, du pluvial rouge et de la mitre précieuse.
Les cardinaux l'entourent, ainsi que tous les prélats et officiaux ayant leurs chapes de
laine. Le pontife, ainsi paré, se dirige vers l'église de Saint-Pierre, précédé de la
croix. Les cardinaux tiennent de chaque côté les bords du pluvial, dont le personnage
le plus noble présent, fût-il empereur ou roi, doit porter la queue, si le pape est à
pied. Au-dessus du pape, est un baldaquin soutenu par huit nobles ou délégués (oc/o
nobiles sive oratores) , et, en avant, deux sergents d'armes (servienles armorum) por-
tent un fauteuil avec un grand coussin; un troisième porte un tapis, un coussin et
un petit marchepied.
Lorsque le pape est arrive à la dernière porte du palais, près du portique de Saint-
Pierre, il s'assied pour recevoir au baisement du pied les chanoines de la basilique.
Ensuite il s'avance jusqu'au second rond de porphyre incrusté dans le pavé de l'église,
se prosterne sur son fauteuil et y fait sa prière la tète découverte. De là, on le trans-
porte à la chapelle de Saint-Grégoire, où il prend place sur son trône, environné
des ambassadeurs étrangers et des personnages de distinction. Les cardinaux, en
chapes rouges, viennent lui baiser la main sous l'orlioi (sub auriphrigio porrectam) ,
et les autres prélats, le pied droit. Le saint-père donne ensuite sa bénédiction. Un des
fa ni CERÉM0N1BS ECCLÉSIASTIQUES. Fol . XI.
LE MOYEN AGE
sous-diacres va à l'autel recevoir du sacristain les bas et les sandales, qu'il porte révé-
rencieusement en les tenant élevés; puis, aidé d'un cubiculaire secret, il en chausse le
pape, lequel quitte ses parements rouges pour en prendre de blancs. Tous les cardi-
naux et prélats en prennent de même couleur, et la procession se met en marche pour
se rendre au grand autel , conduite par le premier cardinal-diacre, qui porte en signe
de commandement un petit bâton blanc que l'on nomme férule. Le maître des céré-
monies précède le pape et tient à la main deux roseaux : au bout de l'un est de
l'éloupe; à l'autre, est adaptée une mèche allumée. Au départ, il se tourne vers le
pape, fait une génuflexion et enflamme l'étoupe, en disant à haute voix : Pater sancte,
sic transit gloria mundi (Saint-père, c'est ainsi que passe la gloire de ce monde) ; ce
qui se renouvelle trois fois pendant le trajet.
Ce rite date de l'élection d'Alexandre V (1409), ainsi que le témoigne Luc d'Achery,
dans le tome VI de son Spicilége.
Le pape, après avoir fait sa confession, se couvre de la mitre et s'assied sur le fau-
teuil, préparé entre le trône et l'autel. Alors les évoques d'Albano, de Porto et d'Ostie
s'avancent et disent chacun une oraison, en commençant par le plus jeune. Le pape
ensuite se découvre, monte à l'autel, et le premier diacre, prenant le pallium sur
l'autel, en revêt le pontife et le lui attache sur le devant, par derrière et au côté gau-
che, avec trois épingles d'or à tête enrichie d'byacinthes, en disant : Accipe pal-
lium, etc. Ainsi paré, le pape célèbre la messe, pendant laquelle l'Épitre et l'Évangile
sont chantés en latin et en grec. (Censius, Ord. Rom. XII. — 12p siècle, Célestin 111, etc.)
Après la messe, le pape, en grand costume, est porté à une tribune construit1
au-dessus des degrés de l'église; tout le peuple sort et inonde la place; le diacre de
gauche enlève la mitre de la tète du saint-père, que le diacre placé à droite couronne
de la tiare ou regnum, aux acclamations répétées du Kyrie eleison. Les deux diacres
assistants publient en latin et en langue vulgaire les indulgences plénières, et le pape
se retire pour aller prendre quelque nourriture , pendant que se prépare la procession
qui doit se rendre a Latran.
On croit que le premier couronnement de pape remonte à Nicolas 1er (808); du
moins le I'. Pagi ne se souvenait-il point d'avoir lu que cette cérémonie ait eu lieu avant
l'élection de ce pontife. D'après le P. Mabillon cependant, lequel cite le IX'' Ordre
romain, les papes, après leur consécration, recevaient un ornement de tète appelé
regnum, qui était une coiffure d'étoffe blanche ayant la forme d'un casque (ad simi-
liludinem aissidis, ex albo indumenlo). Cet Ordre romain est écrit du temps de Léon III.
vers la lin du huitième siècle. (Mabill. , Muséum flàlicum, loin. II.) L'auteur anonyme
d'un manuscrit du Vatican, cité par Raronius, dit « qu'Alexandre III, élu en 11S9,
après avoir reçu la consécration comme souverain pontife, fut, selon la coutume
de l'Église, couronné du regnum, c'est-à-dire d'une mitre ronde, se terminant en
pointe (lurbinata ) et entourée d'une couronne. » Cette mitre est la tiare, à laquelle
lioniface \ III (1294) ajouta une seconde couronne, et Urbain V (1362), une troisième.
ET LA RENAISSANCE.
Ainsi , les peintres , qui ont représenté les papes coiffés du trirègne , avant cette der-
nière époque, ont fait un anachronisme.
Tous les prélats sont à cheval. Le cheval du pape est blanc, de haute taille, et cou-
vert, sur la partie postérieure seulement, d'une housse écarlate (magnum equum
phaleralum , etc.); pour y monter, comme pour en descendre, le pontife se sert d'un
marchepied couvert de drap rouge, et pendant ce temps, l'empereur, le roi ouïe
prince présent doit tenir l'étrier et conduire ainsi quelques instants le cheval par la
bride. Si le pape est en litière, empereur, roi ou prince présent doit aussi mettre la
main au brancard, comme pour le porter un moment. Calalani, dans ses Commen-
taires, cite l'auteur de la Vie d'Etienne III, lequel dit que « ce pape fut porté, sur les
épaules des siens, à la basilique de Latran, d'où la coutume est venue, dans plusieurs
solennités, de porter ainsi le pape. » Cette coutume daterait donc de l'an 768.
Le maréchal de la cour, qui circule autour du pape , a deux sacs de monnaie sur le
devant de sa selle, et il jette de temps à autre quelques pièces au peuple , aûn d'écarter
la foule qui se presse sur sou passage. (Cérém. Rom.)
Dans l'angle du château Saint-Ange, les Juifs de Rome présentent à genoux la loi
de Moïse et ils en font l'éloge en langue hébraïque, en exhortant le pape à la respec-
ter. Le pape leur répond qu'il la respecte, mais qu'il improuve et condamne leur
manière de l'interpréter. Les Juifs se retirent, et le cortège continue sa marche.
Burchard, dans le récit du couronnement d'Innocent VIII, dit que ceci avait lieu
autrefois (bien avant 1484 — voir Censius), lorsqu'on était arrivé au mont Jordano
(ad monlem Jordanum), mais que, comme le peuple se ruait sur les Juifs et les pour-
suivait, ceux-ci obtinrent la permission de se mettre à l'abri de ces outrages, en se
tenant sur le rempart du château Saint- Ange, à l'angle près de la route.
Lorsque le pontife arrive au portique de Saint-Jean de Latran, le premier chanoine
lui présente la croix à baiser; le cardinal-diacre la reçoit et l'approche de la bouche
du pape, auquel il a retiré la tiare, que l'on donne à porter à un auditeur. Le pape,
ayant pris la mitre, est conduit par les chanoines, devant la porte principale de l'église,
à un siège de marbre placé à gauche. Il s'y pose plutôt comme couché qu'assis; aussi-
tôt les cardinaux s'avancent et le relèvent révérencieusement , en disant : Suscitât de
pulvere egenum et de stercore erigil pauperem (Il tire l'indigent de la poussière, et le
pauvre de dessus le fumier), etc. Le nom de chaise stercoraire parait avoir été vulgai-
rement imposé à ce siège, à cause du mot stercore de l'antienne.
Le pontife, en se relevant, prend dans une bourse, que lui présente le camérier qui
est auprès de lui . autant de pièces de monnaie qu'il en peut tenir dans sa main, mais
parmi lesquelles il n'y en a aucune d'or ou d'argent. Il les jette au peuple, en disant :
« Je n'ai ni or ni argent; ce que j'ai , je vous le donne. » Il entre ensuite dans l'église ,
en passant sur un pont construit exprès depuis la porte jusqu'au grand autel, et assez
élevé pour que le pape puisse être dégagé de la foule. Après avoir lait sa prière devant
cet aulel et béni le peuple, il se place sur un trône, où les chanoines de Saint -Jean
LE MOYEN AGE
viennent lui baiser le pied. 11 se rend ensuite au palais de Latran par le même pont,
continué jusqu'à la sortie de l'Église. Arrivé dans la salle dite du Concile, il s'assied
sur un fauteuil, placé devant une table de pierre appelée mensura Chrisli, et là on
chante landes. Après cette cérémonie, le pape va à la chapelle de Saint- Sylvestre.
Devant la porte de cette chapelle, il y a deux sièges de porphyre qui sont percés (ce
sont des sièges antiques de thermes romains, selon Mabillon, Pagi et divers archéo-
logues); le pape s'assied dans le premier, et le prieur de Latran vient lui offrir à
genoux une férule, symbole de la correction et du gouvernement, ainsi que les clefs
de l'église et du palais, pour marquer le pouvoir qu'il a de fermer et d'ouvrir, de lier
et de délier. Le pape s'assied ensuite sur le second siège, et là il rend au chanoine la
férule et les clefs. Celui-ci lui attache une ceinture tle soie rouge où pend une bourse,
de même étoffe et couleur, dans laquelle il y a douze sceaux en pierres précieuses et
du musc. Alors le pontife reçoit de son camérier une poignée d'argent qu'il jette au
peuple, en disant : Dispersit, dedil pauperibus (Il a répandu ses biens sur les pau-
vres), etc. Le pape va faire ensuite sa prière à l'église de Saint-Laurent, dite Sancla-
Sanclorum; puis, il est ramené à la chapelle de Saint-Sylvestre. Il quitte la mitre, les
gants, le pallium , la planète, et, ayant pris le pluvial et la mitre simple, il se place sur
un trône, devant lequel les cardinaux viennent s'incliner profondément, en présentant
leur mitre ouverte, dans laquelle le souverain pontife jette deux pièces d'or et deux
pièces d'argent; puis, il leur donne sa main à baiser. Les autres prélats font une génu-
flexion, reçoivent dans l'ouverture de leur mitre une pièce d'or et une d'argent, et
baisent le genou droit du pape. Ceux qui ne sont ni archevêques ni évêques reçoivent
l'argent clans la main et baisent les pieds de Sa Sainteté. Ces dons s'appelaient presby-
leria, parce qu'ils n'étaient faits qu'aux prêtres.
Le pape, après cette cérémonie, donnait ordinairement un grand festin au palais de
Latran, tant aux cardinaux qu'aux autres prélats et grands personnages; il y assistait
sur un siège élevé, la mitre en tète et dans son costume. Des vases d'or et d'argent cou-
vraient les tables, et rien n'égalait la magnificence de ce festin. Douze cardinaux
reconduisaient ensuite le pontife à sa chambre, où il se reposait; puis, le cortège se
mettait en marche pour le retour, éclairé par les feux resplendissants des illuminations.
Le consistoire est le conseil du pape, qui le convoque quand il lui plaît, et d'ordi-
naire, après son avènement, pour remercier le sacré collège. Le pape tient consis-
toire, pour recevoir les souverains et les ambassadeurs, pour proposer la canonisation
de quelque saint, la création de nouveaux cardinaux, et traiter enfin toutes les affaires
importantes. C'est le premier tribunal de Home. Lorsque le pape va tenir consistoire
public, il porte la mitre précieuse, ainsi que l'amict, la ceinture, l'aube, l'étole, le
pluvial rouge, et marche, précédé de la croix et des cardinaux. 11 se place sur un
trône à Mois gradins couverts d etarlate. et dont le siège, ainsi que le dais, sont de
drap d'or. Celle assemblée se réunit dans la grande salle du palais apostolique. Les
archevêques, évêques et tous les prêtais se placent sur les degrés du trône, et, avec
ET LA RENAISSANCE,
eux, sur le dernier, les sous-diacres, les auditeurs, les clercs de la chambre et les
acolytes, tous avec leurs chapes de laine. Les officiers ecclésiastiques de la cour du
pape (curiales logali) s'asseyent h terre, sur des coussins, entre les sièges des car-
dinaux ; les cubiculaires et les secrétaires, avec leur capuce , s'asseyent aussi au milieu
d'eux, sur le plancher même de la salle. Les neveux du pape, s'il en a , et les princes
qui peuvent s'y trouver, se tiennent aux deux côtés du trône : à la droite, sont les
ambassadeurs et les principaux nobles, entre les degrés et la muraille; à gauche,
les autres gentilshommes et les officiers de la maison du pape. Les avocats consistoriaux
se placent derrière les cardinaux-diacres, et les procureurs des princes, avec le pro-
cureur fiscal, derrière les évèques. La garde du pape occupe le passage qui conduit
au trône; le maître du sacré palais se tient devant les gardes, a l'extrémité du rang
des cardinaux-prêtres; les clercs des cérémonies sont en tète du rang des diacres.
Lorsque le consistoire a lieu pour des causes judiciaires seulement, l'avocat propo-
sant se lient, derrière les cardinaux-prêtres, en face du pape : il expose la cause et jette
sa requête (in terrain projicil), du côté des officiers ecclésiastiques, qui la prennent et
la remettent au vice-chancelier. Si un avocat défendeur veut répondre, il le peut. Enfin,
lorsque le consistoire est fini , le pontife, soutenu par les deux plus anciens cardinaux -
diacres, se lève et s'en retourne dans le même ordre qu'il est venu.
Le consistoire secret se tient dans quelque chambre écartée du palais. Le trône pon-
tifical n'a pas de dais ni de degrés; il a seulement un grand et un petit marchepied.
Le siège cependant est couvert de drap d'or; mais les bancs des cardinaux sont sim-
plement peints en rouge avec les armes du pape. S'il est question d'une promotion de
cardinaux ou de prélats, le pape se rend au consistoire, avec le pluvial (pahidalus) et la
mitre. Dans les autres affaires, il n'a que son rochel et le petit capuce. Lorsque l'on
traite les affaires, tout le monde soit, excepté les cardinaux. Le pontife fait ses propo-
sitions, et chacun se lève à son tour pour exprimer son vote. Le pape décide d'après
l'avis de la majorité des cardinaux présents.
Le mot cardinal, qui veut dire : premier, principal, parait dériver du latin carda,
qui signifie : gond, pivot, sur lequel s'appuie et tourne une chose; de là l'emploi de
ce mot au figuré. On appelait cardinaux, dans l'origine, les curés des principales
paroisses de Rome, les évèques suburbicaires, suflragants du patriarcat de Rome :
leur nombre s'augmenta des titulaires de diaconies , qui étaient des chapelles jointes
;i des hôpitaux desservis par des diacres; puis, des prêtres attachés à de simples
oratoires : d'où sont venus les litres de cardinaux-évèques et de cardinaux-diacres ou
prêtres (Thomassin , Disciplina' ceci., III pars, lib. II). Il y avait, en plusieurs lieux,
des curés à qui l'on donnait le litre de cardinal en certaines circonstances; ainsi, les
curés d'Angers, assistant leur évéque dans les solennités, s'intitulaient cardinaux. Dans
les premiers temps, les cardinaux avaient rang après les évèques; mais ils reprirent
leur prééminence sur ceux-ci au onzième siècle. Leur nombre a varié jusqu'en 1586,
où Sixte Vie fixa à soixante dix, partagés en trois ordres, savoir : six cardinaux-
Itanns- [IQUES. Fol. XIII.
LE MOYEN AGE
évèqucs, cinquante cardinaux- prêtres et quatorze cardinaux-diacres. Innocent IV, en
1245, leur donna le chapeau rouge, et Boniface VIII, en 1294, la pourpre. Paul II,
en 1464, régla que, dans les cérémonies où ils paraissent à cheval, chacun d'eux en
monterait un blanc, dont la bride serait dorée.
Bien qu'au pape appartînt le droit d'élever, quand il le voulait, à la dignité de car-
dinal ceux qu'il en jugeait dignes, cependant l'usage était qu'il proposât leur promo-
tion à l'époque des Qualre-Temps et qu'il la soumit au consentement de la majorité
du sacré collège. Plus anciennement, cette promotion était publiée et annoncée au
peuple, par un lecteur, du haut de Vambon ou jubé; c'était une véritable publication
de bans, afin que si quelqu'un avait opposition à y mettre, il en fit connaître les motifs.
Nous ne pouvons mieux faire que de citer ici la traduction textuelle d'un passage du
curieux journal de Jean Burchard, maître des cérémonies de la chapelle du pape
Alexandre VI, pour décrire la promotion d'un cardinal au quinzième siècle.
» Le vendredi 16 janvier ( 1495), le pape se fit porter du château Saint- Ange au
palais apostolique. Le roi (Charles VIII), apprenant son arrivée, vint à sa rencontre
jusqu'à l'extrémité du second jardin secret: dès qu'il aperçut le saint, Père, il s'arrêta,
éloigné de Sa Sainteté l'espace de deux cannes, et mit deux fois de suite le genou en
terre, ce que le pape feignit de ne pas voir. Le roi s'approchait pour faire une troi-
sième génuflexion, lorsque le pape se découvrit, s'avança vers lui , et, l'empêchant de
s'agenouiller de nouveau , l'embrassa. Tous deux demeurèrent la tète nue. Ainsi, le
roi ne baisa ni le pied ni la main de Sa Sainteté. Le pape refusa de se couvrir avant le
roi; enfin ils se couvrirent ensemble, le pape portant la main au chapeau du roi pour
l'obliger à le mettre. Dès que le roi eut été reçu par le pape, comme nous venons de le
dire, il pria Sa Sainteté d'élever au cardinalat l'évêque de Saint -Malo (Guillaume Bri-
connet, premier ministre de Charles VIII, etson conseiller). Le pape y consentit, et
me donna ordre, à cet effet, de lui procurer une robe et un chapeau de cardinal; le
cardinal Valentin prêta la robe, et on apporta un chapeau, du palais du révérendis-
sime cardinal de Sainte- Anastasie. Le roi, pensant qu'on devait procéder de suite «à
la cérémonie, me demanda où et comment elle aurait lieu. Je répondis que ce serait
dans la chambre de Papagallo, où sans délai le pape conduisit le roi en lui donnant
la main. Avant d'y entrer, le saint Père feignit de tomber en défaillance; toutefois,
étant entré, il s'assit sur une chaise basse qui avait été placée devant la fenêtre : le
roi était près de lui sur un escabeau , mais le pape lui fit apporter aussitôt une chaise
semblable à la sienne. Alors, comme je représentai fortement au saint Père qu'il ne
convenait pas de procéder ainsi à une pareille cérémonie, il prit place sur la chaise
consistoriale que j'avais fait apporter, suivant la règle. Il avait auparavant quitté
son bonnet et son camail rouge pour un bonnet et un camail blanc, et il avait passé
une riche étole. On apporta, à la droite du pape, un siège où se plaça le roi, et.
devant et derrière ce prince, furent disposés en cercle les sièges où s'assirent les
cardinaux, comme dans un consistoire. Le pape ne voulut s'asseoir qu'après le roi.
ET LA RENAISSANCE.
et l'invita de la main à s'asseoir le premier. Ensuite le révérendissime cardinal de
Naples prit place, à la droite du pape, contre le mur, sur un escabeau, comme a cou-
tume de s'asseoir le cardinal -diacre, qui est à la droite du pape quand il l'assiste dans
sa chapelle. Les autres cardinaux prirent leur place , selon l'ordre du consistoire , après
lui ou un peu en avant. Ainsi, le roi n'était pas sur la même ligne que les cardinaux,
mais devant eux ou plutôt au milieu d'eux. Chacun étant assis, le pape dit que tous les
cardinaux lui avaient témoigné naguère le désir de voir élever à la dignité de cardinal
de la sainte Église romaine le révérendissime évèque de Saint-Malo, ce dont Sa Majesté
royale, ici présente, le priait instamment, et ce qu'il était prêt à faire si les cardinaux
y consentaient. Alors le révérendissime cardinal de Naples et après lui tous les car-
dinaux répondirent d'un commun accord que non-seulement ils approuvaient cette
nomination, mais encore qu'ils suppliaient Sa Sainteté d'avoir .égard en cela au bon
plaisir du roi. En conséquence, je fis venir ledit seigneur évêque de Saint-Malo, qui
aussitôt quitta son manteau, son camail et son bonnet noir; alors, ayant été revêtu
de la chape, il s'agenouilla devant le pape, qui, s'étant découvert, le créa cardinal ,
suivant la formule accoutumée : Auclorilale Deiomnipotenlis, etc., et le confirma dans la
possession de l'église de Saint-Malo, ainsi que des monastères et des bénéfices dont il
jouissait déjà. L'évèque baisa le pied et la main du pape, qui le releva pour l'embras-
ser; alors, l'évèque s'étant de nouveau agenouillé devant le pape, le saint Père lui mit
sur la tête le chapeau rouge en prononçant les paroles d'usage. Ensuite l'évèque de
Saint-Malo rendit ses actions de grâces à Sa Sainteté, qui lui dit de remercier le roi,
aux pieds duquel il se prosterna, oubliant son titre d'évêque et sa nouvelle dignité de
cardinal. Enfin il se releva et embrassa tous les cardinaux. L'évèque de Saint-Malo
ayant quitté son manteau , les valets de chambre Jacques de Casanova et François Ala-
bagne se l'approprièrent sans aucun droit et h mon insu ; quant au camail et au bon-
net, ils restèrent entre mes mains. Cependant le pape se leva et témoigna le désir de
reconduire le roi jusqu'à ses appartements; mais le roi, ne voulant pas le souffrir, fut
accompagné par tous les cardinaux. La première porte du palais et toutes les avenues
furent confiées à la garde écossaise, qui , chargée de ce service auprès du prince, ne
laissait entrer que les Français et très -peu des nôtres. »
Afin qu'un cardinal ne mourût sans recevoir les sacrements, les médecins, dès qu'ils
reconnaissaient le danger de mort , devaient, sous peine d'excommunication , cesser de
lui donner leurs soins après la troisième visite, et ne les continuer que sur le vu d'un
billet de son confesseur, constatant que le malade avait rempli ses devoirs religieux.
Les cérémonies qui avaient lieu à la mort des cardinaux ne diffèrent de celles qui
suivent la mort du pape, que par une moins grande pompe; nous ne parlerons donc que
de ces dernières. Aussitôt que le pape est mort, les cardinaux viennent l'un après l'au-
tre le visiter, et chacun se retire, après lui avoir donné l'absoute. Cette cérémonie ter-
minée, on transporte le défunt dans une autre chambre : on le rase ; le corps est lavé avec
du vin blanc chaud et des aromates, puis embaumé. Les pénitenciers le revêtent de ses
nv
LE MOYEN AGE
habits ordinaires jusqu'au rochet, et ensuite des habits pontificaux de couleur rouge
avec la mitre simple. « Il faut, dit Amélius, que le camérier, qui soigne le pape dans
ses derniers moments, ait bien l'attention de mettre tout ce qui appartenait à celui-ci ,
en lieu de sûreté et à l'abri de la rapacité des domestiques. » En effet, Burchard rap-
porte qu'aussitôt que le corps de Sixte IV fut transporté de la chambre où ce pape
était mort dans celle où il devait être lavé et embaumé, en un moment (unico momenlo,
ut ila dicam) , tout fut enlevé , au point qu'on ne put trouver un vase quelconque pour
y mettre le vin parfumé qui devait servir à laverie corps, ni une serviette, ni une che-
mise blanche; qu'enfin le barbier Andréas fut obligé de prêter un bassin de sa bou-
tique, et que, comme le linge manquait pour essuyer le corps, il fallut bien déchirer
en deux la chemise que le défunt portait et lui laisser les braies avec lesquelles il était
mort, faute de pouvoir en changer.
On place le corps sur une litière couverte de drap d'or aux armes du pape et de
l'Église; sous la tête est un coussin de même étoffe, et deux autres coussins sont aux
pieds, avec deux chapeaux pontificaux.
Si le pape est mort dans la nuit, les pénitenciers veillent et psalmodient près du
défunt, dans la chambre de Popagallo, où il est déposé. A l'heure convenable, le
sous-diacre apostolique, en chape violette, vient, avec la croix, accompagné des
chantres de la chapelle, chercher le corps, que les pénitenciers portent dans la grande
chapelle. Les estafiers du pape et les gens de sa maison suivent avec des cierges. Les
religieux des congrégations et des couvents se succèdent alors pour chanter les vêpres
des morts et donner l'absoute; puis, le pape est exposé pendant deux ou trois jours
dans l'église de Saint -Pierre, afin que le peuple puisse le visiter et lui baiser la main.
An bout de ce temps, on le dépose, durant la nuit, dans le cercueil, que l'on place sous
un catafalque appelé castrum dotoris, de chaque côté duquel deux palefreniers agitent
des llabelles, comme pour en chasser les mouches, même en hiver {videanlur abigere
mttscas, eliam sillempus hyemale, dit le Cérémonial). Les obsèques du pape durent neuf
jours, pendant lesquels de larges aumônes sont distribuées parle camérier et le tréso-
rier de la chambre apostolique. Le premier jour, on dit deux cents messes. La messe
solennelle est chantée par le premier des cardinaux -évèques; on y entend l'oraison
funèbre du défunt, et cette cérémonie se termine par l'absoute. Pendant la neu vaine,
cenl messes seulement sont dites par jour; mais ce n'est qu'au premier et au dernier
jour que l'église et le catafalque sont illuminés. Chaque jour, après la messe . les cardi-
naux se réunissent dans un lieu convenable pour s'occuper du choix d'un pape. La
neuvaine, instituée par Grégoire X, pour les funérailles des pontifes , n'a pas toujours été
observée, car les obsèques de Martin IV, mort en P2S.';, ne durèrent que trois jours.
Le pape , après son exaltation et lors de la canonisation d'un saint, accordait ordi-
nairement un jubilé. C'est une indulgence plénière obtenue par les fidèles, moyennant
certaines pratiques de dévotion. Ce jubilé spécial était indépendant des jubilés régu-
liers qui avaienl lieu a des époques déterminées , mais dont l'intervalle a plusieurs fois
ET LA RENAISSANCE,
varié. L'origine du jubilé remonte à Moïse. Il est dit au chapitre XXV du Lévitique :
« Vous compterez aussi sept semaines d'années , sept fois sept ans ; ces sept semaines
faisant quarante-neuf ans. Puis, vous ferez sonner du cor, le dixième jour du septième
mois, qui est le jour de l'expiation : vous ferez retentir le son de la trompette dans
tout voire pays. Vous sanctifierez cette année qui sera la cinquantième. Cette cin-
quantième année sera pour vous celle du jubilé et vous sera sainte. »
Jubilé dériverait donc de l'hébreu jobel, qui signifie bélier. D'anciens vers français
rappellent l'étymologie hébraïque du nom donné à l'année sainte :
Jobel, Bélier, l'an jubilé,
Le cinquantième est appelé ;
Car, pour l'annoncer, la trompette
De sa corne seule était faite.
Les époques des jubilés, jusqu'au treizième siècle, sont tout à fait perdues : ce qui
parait certain, c'est que l'année 1300 vit accourir à Rome un nombre immense de
pèlerins qui venaient y visiter les tombeaux des Apôtres, et que Boniface VIII, ayant
appris, de la bouche d'un vieillard de cent sept ans, que l'an 1200 il y avait eu
pareil concours , statua , par une bulle , qu'un jubilé aurait lieu au commencement de
chaque siècle, et que ceux qui, après s'être confessés et avoir communié, visiteraient
les saints tombeaux, gagneraient une indulgence plénière. Clément VI réduisit la
période jubilaire a cinquante ans; Urbain VI, en 1389, h trente-trois ans; Paul II, à
vingt-cinq.
Boniface VIII désigna comme églises de stations la basilique de Saint- Pierre, du
Vatican, et celle de Saint-Paul hors des murs, sur la voie d'Ostie; Clément VI y
joignit Saint-Jean-de -Latran; Grégoire XI, Sainte-Marie-Majeure.
Les plus grands personnages se rendaient en pèlerinage h Rome, pour prendre part
aux stations du jubilé. A celui de 1300, on vit venir Charles de Valois, frère de Phi-
lippe-le-Bel; Charles Martel, roi de Hongrie; à celui de 1475, Ferdinand, roi de
Naples; Christian Ier, roi de Danemark et de Norvège; Charlotte, reine de Chypre;
Catherine, reine de Bosnie; Jean, duc de Saxe; à celui de 1575, Torquato Tasso et
le saint archevêque de Milan, Charles Borromée, lequel, suivant l'exemple donné
par Nicolas V et plusieurs cardinaux, alla nu-pieds visiter les églises. Ce jubilé offrit
le spectacle d'une magnifique procession figurant le triomphe de l'Église, dont le char
était précédé et suivi par les pénitents île Ninive , les Prophètes , les Apôtres, les Évan-
gélistes, les Docteurs. Celui de 1000 eut une procession à peu près semblable : on y
représentait les mystères de l'Ancien Testament, le sacrifice d'Abraham, l'échelle de
Jacob, Judith portant la tète d'Holopherne, outre les personnages allégoriques du
précédent jubilé. Ces processions se composaient d'une foule prodigieuse d'assistants.
On porte h cinquante mille le nombre des individus des deux sexes qui suivirent la
procession, le jour de la fête du Saint- Bosairc de celte même année 1000. Il fallait
Mœurs et Usages. CÉRÉMONIES ECCLÉSIASTIQUES. Fol XV.
LE MOYEN AGE
être à Rome, afin de gagner l'indulgence plénière. Pour donner une idée de l'affluence
des pèlerins qui y accouraient, nous dirons qu'on en compta jusqu'à douze cent mille
au jubilé de 1550; mais, à la fin du seizième siècle, les pontifes ayant dispensé les
fidèles de visiter la capitale du monde chrétien, en étendant la faveur du jubilé à tous
les pays catholiques, et en n'exigeant, pour le pèlerinage, que les stations aux églises
désignées par les Ordinaires des lieux, le nombre des pèlerins diminua considérable-
ment à Rome.
A Rome, l'approche du jubilé était annoncée par un auditeur de rote, après l'Évan-
gile de la messe solennelle, le jour de l'Ascension , qui précédait l'ouverture de cette
année sainte, dont Alexandre VI inaugura le premier le cérémonial. Aux vêpres de la
vigile de Noël, le pape, revêtu du pluvial et couronné de la mitre, arrive porté sur la
sedia geslaloria jusqu'au vestibule de Saint-Pierre. Il est accompagné du sacré collège
et tient un cierge, comme tous les cardinaux. Là, il députe des légats à latere, pour
aller ouvrir les portes saintes des autres basiliques; puis, s'approchant de la dernière
des cinq portes, à droite, murée depuis l'année révolue du dernier jubilé, il chante
l'antienne Aperile portas, etc., et donne trois coups d'un marteau d'argent dans cette
maçonnerie, que des ouvriers s'empressent de démolir entièrement et dont le peuple
se dispute les débris. Le pape alors, la croix à la main droite et le cierge dans l'autre,
entre le premier dans l'église par cette porte , et l'on chante le Te Deum. La clôture de
la porte sainte se l'ait, avec le même cérémonial, aux vêpres de Noël de l'année sui-
vante : le pape prend à trois reprises un peu de mortier avec une truelle d'argent,
l'étend sur le seuil, et le recouvre de trois pierres en y ajoutant plusieurs médailles.
Les pèlerinages étaient fort suivis au Moyen Age. Comme exemple du zèle que l'on
avait pour ces dévotions, l'abbé Fleury rapporte, d'après le témoignage de saint
Paulin, que l'on pouvait compter plus de vingt villes ou provinces d'Italie, dont les
habitants venaient tous les ans, en grandes troupes, avec leurs femmes et leurs
enfants, à la fête de Saint-Félix, le 14 janvier, nonobstant la rigueur de la saison, et
cela pour un seul confesseur, dans la ville de Noie : « On peut juger, continue -t- il,
ce que ce devait être à Rome, aux fêtes de Saint-Hippolyte, de Saint-Laurent, des
Apôtres saint Pierre et saint Paul; on y venait de fort loin et en tout temps. »
Les pèlerinages les plus célèbres étaient ceux de la Terre-Sainte, la visite des tom-
beaux des Apôtres, le voyage de Notre-Dame deLorelte, celui de Saint- Jacques de
Compostelle. « Dès que l'Église a été en paix, dit le P. Lebrun, on a fait beaucoup de
processions pour aller au tombeau des martyrs, pour transporter leurs reliques, poui
faire aller les fidèles tous ensemble, les jours de jeûne, aux lieux de stations, et y
demander des grâces particulières. » Ces confréries mêlèrent souvent à leurs proces-
sions des représentations de mystères et de pieuses farces, qui ne tardèrent pas à
dégénérer en licence et en abus les plus monstrueux. Il suffit de citer la procession
qui se faisait à Nivelle, le lendemain de la Pentecôte, en l'honneur de sainte Ger-
trude, patronne de la ville, procession où une jeune fille, assise en croupe derrière
ET LA RENAISSANCE,
un cavalier, jouait le personnage delà sainte, tandis que, devant elle, un jeune
homme alerte, remplissant celui du diable, faisait mille sauts et mille cabrioles, afin
de lâcher, par ses gestes bouffons , de faire rire la prétendue sainte, laquelle de son
côté s'efforçait de conserver la gravité qui convenait à son caractère; — la procession
de Courtrai, le vendredi-saint, où un pauvre homme recevait vingt-cinq livres, de la
ville, pour représenter les souffrances du Sauveur, et se soumettait non-seulement à
porter par les rues une lourde croix, mais encore à subir réellement les coups et les
tourments que lui infligeaient six capucins d'un côté, et six récollets de l'autre, fai-
sant l'office de bourreaux; — la procession de Bruxelles, où semblable représentation
avait lieu, ainsi que l'imitation du crucifiement, dans l'église des Augustins; — la
procession de Venise, le même jour aussi; — celle des Disciplinaires et de la Fête-
Dieu, en Espagne, où s'alliaient aux cérémonies de la religion les pantomimes les plus
burlesques et les plus inconvenantes; — celle du Rosaire, à Venise, dont l'invention
est attribuée aux dominicains... Mais nous n'avons pas à décrire ces ridicules niome-
ries qui ne sont point du nombre des Cérémonies ecclésiastiques et qui n'auraient
jamais dû s'y trouver mêlées.
La procession des Palmes ou des Rameaux, qui a lieu le dimanche avant la fête de
Pâques pour rappeler l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem, était depuis longtemps en
usage dans l'Orient, quand, vers le sixième ou septième siècle, elle fut aussi adoptée
par l'Église latine. Ce dimanche reçut des dénominations différentes : les uns lui
donnaient le nom d'Hozanna, en souvenir des acclamations du peuple de Jérusalem;
d'autres, celui de dimanche des Indulgences , h cause des indulgences que l'Église
distribuait à l'occasion de cette grande fête. On l'appelait aussi la Pdque des compétents,
parce que ce jour-là les catéchumènes allaient tous ensemble demander (compelere)
le baptême, que l'on administrait le samedi suivant, et entendre le Symbole, selon la
prescription du concile d'Agde, en 500 (ut Symbolum anle oclo dies Paschœ compelen-
tibus prœdicelur, Can. XIII); ou bien, le jour des têtes lavées (capitalivium) , parce
que la coutume était alors, dit saint Isidore, et après lui Alcuin, de laver la tète des
enfants qui. devaient recevoir l'onction; enfin, Amalaire et d'autres écrivains lui don-
nent le nom de jour des Rameaux de palmiers. A cette procession, du temps d'Alcuin
(huitième siècle), deux piètres en aube portaient en grande pompe, sur une espèce
de civière richement ornée et entourée de palmes, le texte sacré de l'Évangile.
D'après les statuts de Lanfranc, archevêque de Cantorbéry au onzième siècle, le corps
du Christ devait y être porté également. Le chroniqueur anglais Matthieu Paris, dans
la Vie des abbés du monastère de Saint- Alban, décrit le vase ou l'écrin , élégamment
travaillé par l'abbé Simon, et destiné à contenir l'hostie à la procession des Hameaux.
Cette procession se dirigeait vers quelque église ou lieu de station, et là, après la
lecture de l'Évangile, on bénissait et distribuait les rameaux. L'usage ordinaire était
que les cendres employées pour la cérémonie du premier mercredi de carême pro-
vinssent de ces rameaux brûlés.
XVI
LE MOYEN AGE
Robert, évoque de Liège, jugea qu'il y avait beaucoup de convenance à célébrer
l'institution de l'Eucharistie d'une manière plus solennelle qu'on ne pouvait le faire le
jeudi-sain I, l'Église étant occupée ce jour-là à la réconciliation des pénitents et à plu-
sieurs autres fonctions qui l'empêchent d'honorer uniquement ce mystère: il ordonna,
par un statut de l'an 1249, que, tous les ans, la fête du Corps du Christ serait célé-
brée le jeudi après la semaine de la Pentecôte, et il composa l'office de cette fête,
qu'Urbain IV, en 1262, étendit h toute la chrétienté. La ville d'Angers, oùBérenger
de Tours, archidiacre , au commencement du onzième siècle, avait publié ses erreurs
contre les mystères de l'Eucharistie et de la transsubstantiation, tint à honneur de se
distinguer parmi toutes les Églises et de protester contre cette hérésie par la magni-
ficence de la procession des Rameaux.
La procession appelée Litanies majeures , créée par Pelage II, doit son origine à une
peste qui désola Rome, en 389, à la suite d'une inondation; c'est cette même peste
dont les symptômes diagnostiques se révélèrent par une suite d'éternuements : de là est
venue la coutume de dire à quelqu'un qui éternue : « Dieu vous bénisse! ■> Pelage fut
lui-même victime de l'épidémie, avec soixante-dix personnes, au milieu de la pro-
cession qu'il avait ordonnée pour apaiser la colère de Dieu. Saint Grégoire -le -Grand ,
qui succédait à ce pape, décida que semblable cérémonie serait renouvelée tous les ans,
le 25 avril. Il parait que, dans certains diocèses, le lieu de la station était fort éloi-
gné, et qu'après la messe les fidèles faisaient un frugal repas d'œuls et de comestibles
maigres dont ils avaient eu soin de s'approvisionner; on revenait ensuite à l'église
paroissiale.
Saint Mamert, archevêque de Vienne en Dauphiné, avait institué dans son diocèse,
en 474, la procession des Rogations (dite depuis Litanies mineures, pour la distinguer
de celle dont nous venons de parler), afin de remercier Dieu d'avoir délivré ce pays
des fléaux qui le désolaient et des bêtes féroces qui y commettaient d'horribles rava-
ges. Elle se faisait pendant les trois jours qui précèdent l'Ascension, et elle lut ordon-
née par toute la France, en 5 H, parle concile d'Orléans; mais, à Rome, l'usage n'en
commença que vers la fin du huitième siècle sous le pape Léon III. On portait, en
tête de cette procession, dit Guillaume Durand dans son nationale divinorum o/fîciorum,
un énorme serpent ou dragon , de bois ou de carton peint, qui avait, pendant les deux
premiers jours, la gueule ouverte, mais qui la Ici niait, le troisième jour, comme
marque de défaite, et cette fois le dragon ne venait plus que derrière la procession.
A Rouen, on promenait ainsi deux grands serpents, appelés Gargouilles parle peu-
ple. Il en était de même à Paris, à Laon , à Provins et dans beaucoup d'autres villes.
On niellait quelquefois des fusées dans la gueule et les yeux de ces monstres; les acci-
dents qui en résultèrent ont contribué, plus encore que les défenses de l'autorité épis-
copale, à faire abandonner l'usage des pièces d'artifice dans ces processions.
Quant aux fêtes ou jours fériés de l'Église qui donnaient lieu à des Cérémonies
ecclésiastiques, leur nombre était considérable au Moyen Agi'. Le concile de Mayence.
LE MOTEN AGE KT LA RENAISSANCE
Cérémonies religieuses
K. Sere et R<tcioel del
PROCESSION DE RELIQUES.
Fac-similé d'une miniature d'un missel exécuté, entre Hi9 et (456, par Jacques-Juvénal des Ursms, pair de France
(Collection de M. Debruge-Duménil.)
L'édifice tendu de driperiej e>l la Maison oui Piliers , iDCien llntel-de-l'ille de Pjns
F. Sere dîreul
ET LÀ RENAISSANCE.
en 813, ordonna de célébrer les suivantes : Pâques et tonte la semaine, l'Ascension,
la Pentecôte et toute la semaine, Saint-Pierre et Saint-Paul, Saint- Jean-Baptiste, l'As-
somption, la Dédicace, Saint-Michel, Saint-Remi, Saint-Martin, Saint-André, Noël et
les quatre jours suivants, la Circoncision , l'Epiphanie, la Purification, et les anniversai-
res de tous les saints dont on a des reliques. Nous nous bornerons h parlerdes fêtes qui
présentaient quelques singularités. On appelait autrefois Pâques toutes les grandes fêtes;
celle de la Résurrection était la grande Pâque, et l'on disait aussi Pâques de la Nativité,
de l'Epiphanie, de l'Ascension, de la Pentecôte. On se préparait à la célébration de la
grande Pâque, en se purifiant le corps par des bains , comme symbole du soin que l'on
devait prendre de purifier son âme de toute souillure; on se coupait les cheveux et
la barbe, en signe de retranchement des vices et de la déposition du vieil homme,
selon les expressions de Guillaume Durand dans son Ralionale.
Cette fête donnait lieu, dans certaines églises, à des représentations par person-
nages du mystère même de la Résurrection. On allait en procession à un tombeau
figuré dans un roc; là on trouvait trois femmes et plusieurs hommes en costume,
faisant les rôles des trois Marie et des disciples Jean et Pierre, ainsi que des anges
qui s'entretenaient avec eux. Tous les acteurs revenaient avec la procession, et on
entonnait le Te Deum. Le sieur de Moléon , dans ses Voyages liturgiques, parle d'une
semblable représentation scénique, qui se célébrait aussi, le jour de Pâque, dans la
cathédrale d'Orléans : o Rien n'y manquait, dit-il; il y avait jusqu'aux soldats qui
avaient gardé le sépulcre, et qui terminaient toute la cérémonie en rompant leurs
lances ou piques à la troisième stalle d'auprès M. le chantre, et allaient par toute
l'église, avec leurs épées nues; après quoi, le sous-doyen commençait le Te Deum ;
ce jour-là, on portait deux croix aux processions, tant de la messe que des vêpres.»
Un ancien manuscrit de l'église de Saint- Benoit-sur-Loire nous transmet un mystère
analogue, avec les paroles et le rôle assignés à chacun des personnages de ce drame
religieux.
La procession qui précède la messe du jeudi de X Ascension, en commémoration de
la marche des disciples du Sauveur vers la montagne d'où il s'éleva au ciel en leur
présence, est de la plus haute antiquité. Pendant plusieurs siècles, il y eut pareille
procession tous les jeudis de l'année, dans la même intention. Les pèlerins accou-
raient en foule pour assister à la célébration de cette fêle dans l'église que sainte
Hélène, mère de Constantin, avait fait construire, au commencement du quatrième
siècle, à l'endroit même où s'était accompli le mystère, et pour vénérer l'empreinte
des pieds de Jésus-Christ, qui restait gravée dans la pierre sur laquelle il les avait
posés.
La Pentecôte ou Pâque des roses (Pasqua rôsata), regardée par Eusèbe comme la
plus grande de toutes les fêtes , offrait , au Moyen Age, le même mélange dramatique et
religieux. A la messe de ce jour, pendant le Vent sancte Spirilus, en beaucoup d'églises,
on sonnait tout à coup de la trompette, pour imiter le grand bruit qu'entendirent les
XVII
LE MOYEN AGE
apôtres lorsque le Saint-Esprit descendit sur eux; et, pour continuer l'imitation du
mystère, des langues de feu tombaient du haut de la voûte et venaient expirer au-
dessus des fidèles; ou bien, c'était une pluie de feuilles de roses rouges, et on lâchait
des colombes, symboles du Saint-Esprit, qui voltigeaient dans l'église.
On s'accorde à penser que les apôtres ne commencèrent à offrir le sacrifice de la
messe (missa) qu'à partir du jour de la Pentecôte, où les promesses (promissa) de
Jésus-Christ se trouvèrent entièrement accomplies.
Le nom de messe, qui signifie en latin renvoi, congé, fut donné aux saints mystères,
parce que, dans l'origine, au moment de leur célébration, les fidèles seuls demeu-
raient, tandis que l'on renvoyait les catéchumènes, ainsi que l'exprime saint Augus-
tin : (( Post sermonem fit missa calechumenis, manebunt fidèles. » Gilb. Génébrard, dans
son Traité de la Liturgie, décrit en ces termes l'ordre de la messe, « selon l'usage et
» forme des aposlres et de leur disciple sainct Denys, apostre des François :
» MYSTERJUM SYNAXIS.
» La messe des catéchumènes , ou première partie de la messe.
» Le hiérarque, ayant parachevé sa divine prière auprès du saint autel , commence
» à l'encenser, et en continuant cette action, passe tout a l'entour du lieu sacré.
» Estant de retour au saint autel, il commence de rechef à psalmodier, et tout l'or-
» dre ecclésiastique chante avec lui les sacrés versets.
» Puis après, les ministres récitent par ordre quelques leçons des saintes Écritures.
» Et cela l'ait, les catéchumènes, ensemble les possédez et tourmentez de mauvais
» esprits avec ceux qui font pénitence publique, sont mis hors du saint lieu; y demeu-
» rent seulement ceux qui méritent d'assister et de participer au divin sacrifice.
» La messe des fidèles, ou bien la seconde partie de la messe.
» Au surplus, quelques ministres se tiennent près des portes fermées, les autres font
» quelque autre charge particulière, et certains ministres esleuz avec les prebstres pré-
» sentent sur le sacro-saint autel le pain sacré et le calice de bénédiction, ayant pré-
» cédé par forme de confession l'Hymne et Louange catholique.
» Après cela , le divin hiérarque, parachevant sa prière sacrée, annonce la sainte
» paix à tous. S'esta nt tous réciproquement entre-saluez , on récite la mystique com-
» inémoration des saintes tablettes. Puis, le hiérarque et ses prebstres ayant lavé leurs
» mains, il se place au milieu du saint autel.
» Au reste, seulement les ministres choisis l'environnent avec les prebstres et le
o pontife; après avoir, avec hymnes et cantiques, honoré et célébré les divins présens
» ou offrandes, il consacre les sacro-saints et très-augustes mystères, proposant à la
» veue des assistants et inonstrant les divins présens cachez soubs les vénérables signes
» et espèces, après qu'il les a auparavant célébrez par hymnes et louanges.
ET LA RENAISSANCE.
» En après, il se prépare et dispose à la sacrée communion et réception d'iceux, et
» invite les autres à les recevoir.
» Finalement, ayant receu et distribué la divine communion, il rend grâce à Dieu
» et impose fin aux mystères. » (Édit. de 1592, pag. 85, chap. xm.)
Comme on vient de le voir, à la première partie de la messe, dite des catéchumènes,
c'est-à-dire ceux que l'on instruisait à la foi avant de leur donner le baptême, on
admettait les possédés ou énergumènes et les pénitents. Après le chant de l'Évangile ou
après la prédication , s'il y en avait, le diacre disait à haute voix : « Que les catéchisés,
possédés et pénitents sortent en paix ! »
Il y avait quatre classes de pénitents : celle des pleurants, lesquels se tenaient à la
porte de l'église sans pouvoir en franchir le seuil, et se voyaient réduits à réclamer
les prières des fidèles qui entraient; celle des écoutants, auxquels on permettait l'en-
trée de la partie de l'église appelée nx^vl ou férula , sorte de vestibule obscur, entre
la porte extérieure et la nef, pour y entendre la lecture des livres saints et les
instructions; les pénitents prosternés, sur lesquels on faisait des prières en leur impo-
sant les mains; enfin, la quatrième classe était celle des consis'tants , qui avaient le
droit de rester dans l'église pendant toute la durée des offices, mais qui ne pouvaient
présenter leurs offrandes comme les autres.
Ces offrandes, que dans la primitive Église les fidèles avaient coutume d'apporter
chaque jour, consistaient en pain et en vin. Elles étaient présentées, au commence-
ment de la seconde partie de la messe, après la lecture de l'Évangile et du Symbole.
Les Capitulaires des rois de France ordonnent d'aller à l'offrande au moins tous les
dimanches. Le second concile de Maçon, en 585, prescrit aux hommes et aux
femmes d'y venir au moins tous les dimanches et d'y offrir du pain et du vin. Saint
Césaire invitait les fidèles à paraître à l'offrande, surtout quand ils communiaient et
il leur disait qu'un chrétien doit rougir de communier avec le pain qu'un autre aurait
offert.
Jusqu'au huitième ou neuvième siècle, on se servait pour la messe indifféremment
de pain levé ou de pain azyme ordinaire ; mais depuis lors, cet usage ne fut plus per-
mis dans l'Église romaine, quoique l'Église d'Orient l'ait conservé; et le pain de l'of-
frande ne servit plus qu'à être distribué au peuple, comme symbole de communion
et prit le nom d'eulogie ou de pain bénit.
On apportait ces offrandes sur des nappes ourles serviettes blanches; les assistants
venaient les premiers et s'arrêtaient à la porte du chœur; les prêtres et les diacres
venaient ensuite : ils n'offraient que du pain et s'avançaient jusque devant l'autel- les
femmes ne quittaient pas leurs places, et les prêtres allaient autour de l'église recevoir
leurs oblations.
Ces pains étaient de forme ronde; Sévère d'Alexandrie les appelle des cercles,- saint
Grégoire, des couronnes; d'autres les ont nommés des roues. Le prêtre ne consacrait
ÏVIH
LE MOYEN AGE
pas toutes ces oblations: il mettait en réserve pour les clercs et les pauvres tout ce qui
n'était pas nécessaire pour la communion.
L'offrande du pain et du vin, présentée avec un cierge, s'est conservée pour les enter-
rements, dans beaucoup de diocèses.
L'autel était couronné d'une coupole appelée ciboire , soutenue par quatre colonnes
entre lesquelles régnaient des rideaux que l'on fermait au canon de la messe pour
cacher les saints mystères; une colombe creuse en or ou en argent, où l'on conservait
l'Eucharistie pour les malades, était suspendue au milieu du ciboire. Par mesure de
sûreté, l'Eglise remplaça les colombes par les tabernacles; le premier dont l'histoire
fasse mention est celui que Félix, évêque de Bourges, fit exécuter en or, et qui avait
la forme d'une tour. La consécration terminée, le sous-diacre ouvrait les rideaux et
montrait au peuple le ministre de l'autel. Après l'oraison dominicale, le diacre aver-
tissait les fidèles de se préparer a la communion, tandis que le célébrant rompait les
hosties que les prêtres distribuaient ensuite. On recevait la communion avec la main,
et l'on se communiait soi-même. (Grégoire de Tours.) Mais, depuis le sixième siècle,
il fut prescrit aux femmes de la recevoir sur un voile blanc, appelé dominical, ei
de se servir de ce voile pour la porter à leur bouche. (Fleury, Ilist. ecclés.) En 880 , le
concile de Rouen changea cette coutume , en ordonnant que les fidèles ne commu-
nieraient plus que de la main des prêtres. (Grancolas, Ane. Lillirg., t. 11.)
La communion était toujours précédée du baiser de paix. Les hommes s'embras-
saient entre eux; les femmes, entre elles. Cet usage se retrouve encore au treizième
siècle. (Cl. de Vert, Cérém. de l'Égl. — - Le P. Lebrun, Explic. desCérém. de la messe.)
Après la distribution du pain eucharistique, venaient les diacres portant le calice puni
donner l'espèce du vin, qui s'aspirait au moyen d'un chalumeau d'or appelé fislula
pngilaris. Les calices étaient ordinairement h deux anses et d'une grande capacité;
on en faisait circuler plusieurs a la fois dans toutes les parties de l'église. Ils servaient
aussi à recevoir le vin d'offrande que chacun apportait dans de petits vases appelés
par les Latins amulœ. Au témoignage de saint Grégoire de Tours, il y avait dans les
églises principales un calice particulier pour la communion des princes, qui ne la
recevaient pas, comme les autres fidèles, avec un chalumeau. (Hist. Franc, lib. III .
cap. xxxi.)
On concevra facilement qu'il y eût des patènes d'argent du poids de trente livres,
comme le dit Anastase, si l'on se reporte au temps où la communion se donnait sous
forme de fraction de pain ; ces patènes avaient deux anses et se portaient à deux mains
pour ('ire présentées aux fidèles : elles se nommaient patènes ministérielles. Les grands
calices dont nous venons de parler recevaient aussi cette dénomination.
Le temps d'épreuve des catéchumènes qui se disposaient à recevoir le baptême
n'était pas limité; il dépendait de leur degré d'instruction; et souvent eux-mêmes,
par scrupule de conscience, relardaient leur inscription sur la liste des élus, c'est-à-
dire ceux qui, après un sévère examen, devaient enfin être admis à la prochaine
ET LÀ RENAISSANCE.
administration de ce sacrement. C'est ainsi que saint Augustin différa pendant long-
temps de se faire baptiser; que saint Martin, fait catéchumène «à dix ans, ne fut baptisé
qu'à dix-huit; que saint Ambroise ne l'était pas encore lorsqu'il fut élu évêque de
Milan, et que Constantin ne reçut le baptême, h Nicomédie, que peu de temps avant
sa mort.
Hors les cas de nécessité, le baptême ne se donnait que deux fois dans l'année: le
samedi saint et la veille de la Pentecôte. Il ne reste plus de cette ancienne discipline
que la bénédiction de l'eau baptismale en ces deux jours-là, ainsi que la prière faite
à la messe pour les nouveaux baptisés. Ces époques de baptême solennel se multi-
plièrent cependant, mais ce ne fut que vers le douzième ou treizième siècle que la
coutume de baptiser en tout temps devint générale.
Le baptême était précédé des scrutins. Il y avait ordinairement sept scrutins :
c'est-à-dire sept jours consacrés «à examiner ceux qui demandaient à être baptisés,
et à leur donner les dernières instructions; alors leurs noms étaient placés dans les
dyptiques pour être lus en mémento avec les noms des parrains et marraines qu'ils
s'étaient choisis. L'enfant mâle était présenté par un parrain ; celui de l'autre sexe, par
une marraine. Suivant le premier Ordre romain, vers la troisième heure du jour, les
catéchumènes se rendaient en procession à l'église, afin de subir le dernier examen.
Ils se tenaient rangés, les garçons à droite et les filles à gauche. Le prêtre leur faisait
à tous un signe de croix sur le front avec le pouce, leur imposait la main sur la tète
en prononçant sur chacun d'eux ces mots : « Nec te lalel Salamis, » et leur mettait dans
la bouche du sel qu'il avait béni en leur présence. Saint Augustin fait mention de ce
dernier rite, dont ne parle pas YOrdre romain I. Le prêtre les touchait ensuite, avec
de la salive, aux narines et aux oreilles, en disant: Eplieta (Ouvrez-vous). Suivait une
prière d'exorcisme; puis, une onction sur la poitrine et sur les épaules, avec l'huile
des catéchumènes, en demandant à chacun s'il renonçait à Satan et à ses pom-
pes. Le prêtre, alors, imposant de nouveau la main, récitait sur chacun d'eux aussi
les paroles du Symbole, et l'archidiacre les congédiait tous jusqu'à ce que l'heure du
baptême fût arrivée. Celte heure venue, les élus rentraient dans l'église proces-
sionnellement, s'arrêtaient à distance du baptistère, puis s'avançaient un à un, con-
duits par les parrains ou marraines, suivant leur sexe. Ces baptistères étaient au bas
de l'église, le plus souvent à gauche. Les fonts baptismaux consistaient en des cuves
remplies d'eau, chauffée selon que le demandait la saison ou le climat. Ces cuves,
enfoncées en terre, ne s'élevaient environ que d'un pied et demi au-dessus du soi.
Il y avait, pour les deux sexes, des cuves séparées par des rideaux. L'élu se dépouillait
de ses habits et entrait dans l'eau , avec l'aide de ses parrains ou marraines ; le piètre,
pour donner à celte immersion la forme d'une croix, faisait incliner la lêle de l'élu,
de l'orient à l'occident et du nord au midi, en disant : « Je vous baptise au nom du
Père et du Fils et du Saint-Esprit. » En quelques diocèses l'élu faisait trois immersions
successives, pendant que le prêtre prononçait les paroles sacramentelles.
Koson et Usants. MES ECC1 ÏSIASTIPS. Fol . XI.
LE MOYEN AGE
Le néophyte sortait ensuite de la cuve, aidé par ses parrains ou marraines (suscep-
tores) : ceux-ci le présentaient au prêtre, qui lui donnait l'onction du saint chrême,
en lui versant sur la tète l'huile sainte, qu'on laissait couler sur les reins. On essuyait
celte onction et on couvrait la tète du haptisé avec le chrémeau (galea); puis on le
revêtait dune robe blanche, qu'il portait pendant huit jours : il ne la quittait qu'au
huitième. C'est là ce qui a fait donner au premier dimanche après Pâques cette déno-
mination : In albis depositis.
Les nouveaux baptisés, ainsi revêtus de leur robe blanche, s'avançaient en rang
vers le chœur, et on leur faisait manger du lait et du miel, pour marquer, dit l'abbé
Fleury, l'entrée de la vraie terre promise et l'enfance spirituelle, car c'était la pre-
mière nourriture des enfants sevrés. Enfin, ils assistaient à la messe des fidèles, un
cierge à la main , et y communiaient pour la première fois. Après la messe , l'évèque
leur donnait la confirmation, en leur imposant les mains, et leur lavait les pieds, à
l'exemple de Jésus-Christ, cérémonie dont l'Église rappelle la mémoire au jeudi saint.
Dans les premiers siècles de l'Église, on ne baptisait guère que des adultes; aussi,
les fonctions dont les diacres ne pouvaient décemment être chargés auprès des
femmes, étaient- elles remplies par des diaconesses. C'étaient des veuves ou des
vierges consacrées au service de l'Église par une bénédiction spéciale. Ces pieuses
femmes prenaient soin des pauvres et des malades et visitaient les prisonniers. Dans
les assemblées religieuses, elles étaient préposées aux portes du côté des femmes et
avaient mission de veiller au maintien du bon ordre. Au onzième siècle, sous le pape
Jean XIX, on ordonnait encore des diaconesses dans l'Église d'Occident.
L'Église a changé le moins possible son ancienne liturgie; cependant les sept sacre-
ments que nous allons passer en revue dans l'ordre canonique où les place le Caté-
chisme du concile de Trente, étaient autrefois accompagnés de certaines Cérémonies
qui sont tombées en désuétude par la force du changement naturel des mœurs.
1° Le Baptême avait lieu de trois manières : par immersion, ainsi qu'on vient de le
voir; par aspersion, comme le donna saint Pierre aux trois mille personnes qui, dès
sa première prédication, crurent en Jésus-Christ; par infusion, tel qu'il se confère
de nos jours.
2° La Confirmation était administrée immédiatement après le Baptême, par la raison
que, dans les premiers siècles, on ne baptisait que des adultes, instruits pendant
leur catéchuménat et préparés à recevoir les deux sacrements; mais, depuis l'époque
où l'on ne baptisa plus que des nouveau-nés, la confirmation dut être renvoyée au
temps où ils auraient l'âge de raison.
3° L' Eucharistie était administrée sous le nom de communion aux fidèles en bonne
santé, et sous le nom de viatique aux malades en danger de mort.
4° La Pénitence, dont l'usage a été prescrit une fois l'an par le quatrième concile
de Latran, eut toujours pour but l'absolution : « Il y a pénitence, dit Origène. lorsque
li' pécheur ne rougit point de révéler son péché au prêtre du Seigneur et de lui en
ET LA RENAISSANCE.
demander le remède. » — Ce mot signifie donc, outre la confession de la faute, le
remède même par lequel le pécheur expie celte faute. Nous avons parlé des quatre
classes de pénitents publics; nous devons dire comment cette pénitence leur était impo-
sée et comment avait lieu leur réconciliation avec l'Église. Les pénitents se présen-
taient h l'évèque, couverts d'un sac, nu-pieds et le visage courbé vers la terre. « L'é-
vêque lui-même, prosterné et fondant en larmes (dit le canon 03 du concile d'Agde,
exprimant ainsi l'esprit paternel de l'Église), doit chanter avec le clergé les sept psaumes
pénitentiaux pour obtenir leur absolution. » Après la récitation des versets et collectes
on bénissait des cendres, que l'on répandait sur la tète des pénitents; lesquels étaient
aspergés d'eau bénite et chassés de l'enceinte sacrée, dont les portes se refermaient de-
vant eux. C'est en imitation de ces pénitents publics que les fidèles se présentent encore
à l'église, le premier mercredi du carême, pour recevoir des cendres sur le front.
V excommunication se prononçait h la lueur d'un cierge, que l'on éteignait ensuite et
qu'on foulait aux pieds. Dans certains pays, le peuple avait coutume de porter une
bière devant la porte de celui qui venait d'être excommunié; on lançait des pierres
contre sa maison en vomissant contre lui un torrent d'injures. Quant à l'excommuni-
cation solennelle, fulminée par le pape, en vertu de la bulle dite In cœnd Domini,
contre tous ceux qui appelleraient au concile général des décrets et ordonnances des
papes, contre les princes et autres qui exigeraient des ecclésiastiques certaines con-
tributions indues, contre les hérétiques , les pirates, les falsificateurs des lettres aposto-
liques, etc. , etc., celte excommunication n'avait lieu que le jeudi saint. Un cardinal-
diacre, du haut de la loge du Vatican, lisait la bulle, en présence du pape, qui, pour
marque d'anathème, jetait sur la place une torche de cire jaune allumée. On attribue
cette bulle et ce cérémonial à Martin V (1417). L'Église gallicane, en 1510, déclara
qu'elle n'acceptait point cette bulle, et la publication en fut complètement suspendue
par Clément XIV au dix- huitième siècle.
C'était à la fin du carême, au jeudi saint aussi, qu'avait lieu la réconciliation des
pénitents, afin qu'ils pussent participer aux saints mystères de la fête de Pâques.
L'évèque se tenait assis a la porte de l'église et les pénitents attendaient, sous le por-
tique , que l'archidiacre demandât leur rentrée en grâce. L'évèque alors priait pour
eux, puis les rappelait à lui, et tous se prosternaient à ses pieds. Ils se relevaient
ensuite et les curés les conduisaient par la main à l'archidiacre pour être présentés
à l'évèque, qui les rendait au giron de l'Église (Ecclesiœ gremio).
Lorsqu'un lieu sacré avait subi quelque profanation (comme l'église de Cantorbéry,
par le meurtre de Thomas Becket, en 1 172, laquelle fut dépavée, dépouillée de tous les
ornements qui la décoraient, et demeura près d'un an sous la peine de l'interdit), la
réconciliation s'en faisait avec un appareil des plus imposants. L'évèque, au milieu du
chant de psaumes de douleur, aspergeait extérieurement et intérieurement les murs
de l'église, avec de l'eau bénite mêlée de sel, de cendres et de vin. Cette eau porte le
nom de Grégorienne , ce qui en ferait remonter l'origine à la fin du sixième siècle.
n
LE MOYEN ÂGE
Enfin, après d'humbles prières pour conjurer le Seigneur de rendre à ces lieux pol-
lués leur pureté primitive, on reprenait un chant de triomphe et de glorification, qui
était suivi de la messe et d'une bénédiction solennelle.
5° V Extrême -Onction, qui s'administra dans les mêmes cas de nécessité que le via-
tique, était donnée autrefois avant ce dernier sacrement. La matière de l'extrême-
onclion est Y huile des infirmes. On voit, d'après d'anciens rituels, que la place et le
nombre des onctions ont beaucoup varié. En général, on faisait ces onctions sur le
front, aux épaules et aux endroits où le malade souffrait. Le Rituel romain indique
sept onctions : sur les yeux, les narines, la bouche, les oreilles, les mains, les
pieds, les reins; d'autres, quinze. Selon le Rituel de Rouen de 1610, avant d'admi-
nistrer le sacrement on devait mettre de la cendre en croix sur la poitrine du
malade et figurer ensuite une croix sur cette cendre en prononçant les mêmes paro-
les qu'au premier jour du carême : Mémento, fiomo, quia putois es, etc. D'autres rituels,
enfin , prescrivaient de coucher le malade sur la cendre même , et de lui en mettre
sur la bouche et la poitrine.
6° L'Ordre. Nous avons parlé en détail des ordres majeurs; l'Église compte quatre
ordres mineurs, qu'elle confère aux clercs tonsurés : ce sont ceux de portier , lecteur ,
exorciste et acolyte. On voit qu'il n'était pas nécessaire, pour recevoir le pouvoir
d'exorciser, d'être dans les ordres sacrés. Mais ce pouvoir ne devait pas s'exercer sans
la permission de l'évêque. La forme de l'exorcisme des possédés, auquel on recourait
si fréquemment au Moyen Age, a toujours été la prière, l'aspersion d'eau bénite, et
l'adjuration faite au démon de sortir du corps qu'il possédait. Lorsque l'exorcisme
avait lieu par le ministère d'un prêtre, celui-ci était vêtu d'un surplis el de l'étole
violette, dont il plaçait les extrémités sur le cou de l'énergumène en lui faisant des
signes de croix au front et à la poitrine.
La consécration des abbés el des abbesses, bien que faite avec beaucoup d'appareil,
n'était pas considérée comme une ordination , mais seulement comme une bénédic-
tion. L'évêque, après avoir donné à l'abbé la communion sous l'espèce du pain, le
bénissait, lui posait la mitre sur la tête, et lui remettait les gants, avec les prières
d'usage. La crosse abbatiale et l'anneau lui avaient été remis avant l'offertoire.
Ce fut Alexandre II, élu pape en 1 OUI , qui le premier accorda le privilège de la
mitre aux abbés en faveur d'Egelsinus, abbé du monastère de Saint -Augustin près
Canlorbéry. Des abbesses eurent aussi le droit de (russe : elles la recevaient île
l'évêque, ainsi que la croix pastorale et l'anneau. D'après un règlement de Clément IV.
les abbés ne (levaient porter, dans les synodes et conciles, qu'une mitre garnie d'or-
froij sans perles, ni pierreries, ni lames d'or ou d'argent. Dans les assemblées les
évêques portaient la mitre précieuse, c'est-à-dire ornée de perles ci de pierreries.
7" Enfin, le Mariage, dont le cérémonial a peu changé d'ailleurs, était autrefois
célébré à la porte de l'église. Au neuvième siècle, dans l'Église d'Occident et surtout
en Italie, le prêtre posail sur la tète des époux des couronnes faites en tonne de
ET LA RENAISSANCE.
lour (lurritœ), qui étaient ensuite conservées prés de l'autel. Les anciens Gaulois
se fiançaient « par le sol et le denier (per solidum et denarium ) : » la pièce d'argent , que
le prêtre bénit encore aux messes de mariage, est un souvenir de celte coutume.
M. l'abbé Pascal, auquel nous sommes redevables de beaucoup de matériaux inté-
ressants, nous fournira encore un curieux document relatif au Mariage. D'après un
Rituel de la province de Reims, imprimé en 1583 , lorsque l'époux présente l'anneau
nuptial a sa femme, il le lui place d'abord sur le pouce et l'index, en disant : « De cet
anneau, je vous épouse; » puis, il touche avec l'anneau le doigt du milieu, et quand
il le met au quatrième doigt, il ajoute : « Et de mon corps je vous honore. » Dans un
manuscrit plus ancien de la même église , l'époux dit les vers suivants, en mettant
l'anneau successivement à chaque doigt, depuis le pouce jusqu'au doigt annulaire :
Par cet anel, l'Église enjoint
Que nos deux cueurs en un soient joints
Par vray amour et loyale foy :
Pour tant je le mets en ce doy.
Tel est le précis des Cérémonies ecclésiastiques et liturgiques du Moyen Age et de
la Renaissance.
M,s Edmond de VARENXES.
Obliqua d
Mîms et Dsajes.
CÉRÉMONIES ECCLESIASTIQUES Fol XKI
LE MOYEN AGE
(Jonas Porré.) Traita des anciennes Cérémonies, ou His-
toire contenant leur naissance et accroissement, leur entrée
en l'Église, et par quels degrés elles ont passé jusqu'à la
superstition. Quevilly (Rouen), 1673, in-8.
La l'crdil. est celle i'Amlt., 1616. p. in-8; la dernière . ibid. . 1717,
în-12, est intitulée :. Hist. des Cérémonies et des superstitions qui se sont
introduites dans l'Eglise.
Dohen. et Caroli Magri, Hierolevicon, sive sacrum dic-
tionarinm, in quo ecclesiasticœ voces earumque etymologia;,
origines, symbola, Cseremoniae, etc. Romœ, 1677, in-fol.
La Ire édil., sons le tilre de Xotizia de' voeaboli ecclesiasliei , esl de
Messine , 16'i4, in-4.
Voy. aussi . dans la grande collection des dielionnaires tbéologiqoes de
l'abbé Migne. le Dict ion nuire de liturgie, par l'abbé Pascal ( Montrouge,
1842, gr. in-8)
(J. Fréo. Bernaro, Bruzen de la Martiniere, etc.) Cé-
rémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du
monde, représentées par des ligures, avec des explicat. his-
toriques. Amsterdam, 1723-43, 15 part, en 9 vol. in-fol. ,fig.
Les tom. I et II contiennent les Cérémonies ecclésiastique!.
Voy. aossi les eiplicat. des abbés Banier et Le Mascrier, dans l'édition
pobliée à Paris, 1741. 7 vol. io-fol. , sons ce tilre : llist- générait des
Cérémonies . mœurs et coutumes r< lit/irutcs , le nouveau telle , rédigé par
Poneelin, dans les Cérémonies religieuses (Par., 178:1. 4 vol. in-fol ) ;
. les additions de telle , pal Grégoire, de l'Aulnay e et Tbéoph. Mandar,
dans l'edit de 1810 (Par.. Prudhomme, 13 vol. in-fol.), etc.
Voy. encore le Dict. hislor. des cultes religieux établis dans le monde.
par J.-Fr. de Lacroii (Paris. 1777. 3 vol. iu-8, fïg ) . dont la première
érlit., pobl. en 1770, tans nom d'aoteur, ne forme qu'où volome.
T. M. Mayiaciii De' costumi de' primitivi cristiani lilt. III.
llnma, 1753, 3 vol. in-8.
Voy. aossi les Mœurs des chrétiens, par l'abbé Fleury; souvent réimpr.
J.-B. Casalh. Explanatio de veteribus sacris christiano-
rum ritibus. Romœ, 1647, in-fol.
L'aoteor avait publie on abrégé de cet ouvrage dans son Liber de pro-
fanU et sacris leteribus ritibus (Roma.\ 1644, in-'r. lîg.l.
Voy. aossi le Thésaurus anliguilatnm sacro-profanarum , de Forlun.
Scacchi (Amstei.. 1725, in-fol ) , p., 1,1 d'abord en 1701 , sons le litre bi-
carré de Myrulhecia tria sacr. elœochrismaton.
Eou. Martene. De antiquis Ecclesiae ritibus libri ; edit.
secunda. Antuerpiœ {Mediolani), 1736-38, 4 vol. in-fol.
La 1" édil. de 1700-02 , /louen , avec son supplément (Lugd.. 1706) ,
ne forme que 4 vol. in 4. Le soppl. est intitulé : Tractatus de antigua
Ecclesiœ disciplina in dtfjinù celebrandis ojficiis, varias diversarvm < .
cltffiarwn ritus et usas exhibens.
Codex liturgicus Ecclesire, univers» in xv libros distri-
I ml us, in quo contiiientur lilui rituales, missales, pontifica-
les, officia, diptycha, etc., Ecclesiarum Occidentis et Orien-
tis; nunc piïmnm prodit Jos. Aloysius Assemanus, ad ni^s.
cod. Vaticanos aliosque castigavit, recensuit , latine vertit,
prœfationibus, commentariis et variantibus lectionibus illus-
travit. Romœ, 174'J 63, 12 vol. p. in-i.
Ce vaste recueil . qui inillieiiieiiseinenl est rtsle inachevé . réunit 1rs di-
serses liturgies publiées séparément , dont il eiistc une foule d'éditions.
Voy., dans le Calai, des lui, . inipriirn < il, l.i llibliath. du roi. par
l'abbé Sallier [Théologie, t. II, une liste considérable de livres relatifs ans
liturgies des églises, des ordres religiaui et des ordres rniliiaiies do tous
le> pays ,1,- I., chrétienté,
t.iii.i. Durand. Rationale divinorum ofOciorum — Per
Johannem Fust, civem itaguntinum, et Petrvm th. Gerns-
z/trijm (Moguntiœ), 1450, in-fol. gotb. à 2 col.
Souvent """|" i siems siècle, et Irad. en franc.,., I,, requête de
Charles V. pai frère J.,,„ Goulu „ . moi .■,■ litre /, ftàcional des divins
offices Par., Ani \ ■ , ,..! , i:,ii.i, ,„.i„i. ,, ., ■• Cll| , „„u, c,.,„. i„,i„c-
iiou oe contient que Vil livres , au tien de V 111.
Ane. Patricius i iolomwëos, episcopus Picentinus. Libri
lies riiuiun ecclesiasticorum mm- sacrarum Cerimoniarum
ss Romance Ecclesiœ, jussn in lentii vin conscripti;
ptimum editi stud. et labore cini-i. Marcelli, archiepisçopi
Uorcyriensis. Venetiis, Gréa de Gregorils , 1516, in-fol.
11 1" I'1"" '" '"' .ete m lien, ive, beaoconp d'addition* de
J,,.. Gitolani . Rome . n»0, ! sol In-fol.
Liber sacerdotalis , ex libris sam la? Romanœ Eccles:ae,
ad usum sacerdotum parochialium, collertus atque compo-
sons aulboritate Leonis X, l'ont. Max , studio Alb. Castel-
lani. Venetiis, hcered. P. Rabattis, 154s, in-4.
Réimpr. et augm., avec le litre de Manuale ou Uituale . par ordre des
différents papes, et Irad. danB toutes les langues.
Pontificale lîomanum, seu Liber pontilicalis, diligenliâ
Atig. Patricii de Piccolominibns et Joban. Burckardi, cor-
rectus et emendattis , jussu Innocenlii VIII. Romœ, Ste-
phan. Plannek, 1485, in-fol.
Réimpr. depuis avec des addilions el des modifications , soas différents
papes, et soovent avec des Sg.
Caire moniale episcoporum , jussu Clementis VIII refor-
matum. Romœ, 1600, in-fol., tig. de Fr. Villamena.
Soovent rérmpr.
Conradi But m, De Cieremoniis Ecclesiœ capitula tria;
édita studio Joan. Cochlaei. Moguntiœ, Fr. ISehem, 1548,
in-8.
Joan. STErn. Diranti Libri 1res de ritibus Ecclesiœ ca-
tholicae. Romœ, ex typogr. Vaticana, 1591, in-fol.
Souvent réimpr. pendant le dii-septièuie siècle.
A.nt.. Roccv. Thésaurus pontiliciarum sacrartinique anli-
quitatum, nec non rituum, praxium ac Caremoniaruiu ;
edit. secunda. Romœ, 1745, 2 vol. in-fol , fîg.
La llp édil. des reovres de Rocca , réanissanl ses di,vers oovrages lilor-
giqoes. publiés séparément à la frn du senicme siècle et au commencement
du dii-sepliéme , parut à Rome , en 1719, 2 vol. in-fol.
Cl. Villette. Les raisons de l'office et Cérémonies qui
se font en l'Église romaine; ensemble les raisons des Céré-
monies du sacie de nos rois de France. Paris , 1611, in-4.
F. B. Febrarius. De ritu sacrorum concionum. Mtdio-
liani, 1620, in-4.
Soovent réimpr. sous différents titres.
Voy. aossi (Iran. AlBaSPINI . Liorî duo observatioitum de releribits *.V-
cUsÙC ritibus (Par., 1623, in-4 .
JoAtc. Bona, cardinalis. Rerum litnrgicarum libri duo,
denuô autti, recogniti, notis, observationibus el perpetuo
fere commentario illustrati, stud. et labore Rob. Sala, «tu-
gustœ Taurinorum, typ. rrgia, 1747-55, i vol. in-fol.
Les premières édil du dit -septième siècle n'olfrenl qoe dei parlic
détachées de i
g,. il,
Franc. M au Magc.io. Disquisitiones riluales, morales, as-
cetiese, de sacris Cœremoniis obiri solitis in Dei templis ae
monasteriis. l'aitormi , 1664, in-fol.
Ci. m. Veut. Explication des Cérémonies de l'Église, l'a-
ris, 1706-13, 4 vol. in-8.
Réimpr. plosienrs fois *i réfoté par J Jos Laoonel, sons ce litre : Du
véritable esprit de l'église dans Vusagt de tes Cérémonies vParis, 1715.
in- 12).
Barthol. Gavamti. Thésaurus sacrorum rituum, cum no-
vis observationibus el addit, Caj. Mar. Uerati. Romœ,
1736 38, i M'I. in-4.
Soui, ni réimpr., in-4 el in fol. Les premières édil. du dii-septièrur
s,, eli n'avaient qu'un seul lolumc.
Trad. cl ,,l truand {Te
.1. Mabillomii, lie Liturgie gallicans libri lus. m quibus
wteris misse, quœ ante annos mille apud Gallos in nsu e«t,
forma ritusque erunntur ex antiquis monumentis. Porisifs,
16S5, in i
De Moi.i.in (.i.-i;. I.r Brum des Mari m- Voyages litur-
giques en France. Paris, 1718, i" s. in.
J. Grancolas. L'antiquité des Cérémonie- qui se prali-
quent dans l'administration des sacrements. Paris,
in-12.
ET LA RENAISSANCE.
Gasi\ Jlexix, Oiatorii presbytei i, Commentai ius historiens
cl dogmaticus de sacranientis in specie et génère; liis ad-
duntur disseitationes de censuris, de irregularitatibus et de
indulgentiis, exacte» ad veterem et hodiernaru Ecclesiœ dis-
ciplinais). Lugduni, 1705, in-fol.
Imprimé poor la première fois en 1696, Luad.. 2 vol. in-fol.
Voy. . sur les sacrements en général, les Iraités lalins de J. Cbaneisn
I5Î0). Gasp. Conlarini (1558), Tlioma rie Chava I67S . \ci;l Hunnœus
(1576). Jeau Maldooat II6I4I. Joan de l.n3o |165S), Kmman. Mascaren-
lias (10Ô6), elc., et une foule d'autres pins dogmatiques qu'historiques.
Matiiias Chardon. Histoire des sacrements ou de la ma-
nière dont ils ont été célébrés et administrés dans l'Église ,
et de l'usage qu'on en a fait depuis le temps des apôtres.
Paris, 1745, 6 vol. in-12.
C. Merlin. Traité historique et dogmatique sur les paroles
mi les formes des sept sacrements de l'Église. Paris, 174o,
in-12.
J.-B. Thiers. Traité des superstitions qui regardent les
sacrements. Paris, 1704 ou 1741 , 4 vol. in-12.
GiLii. Geneerard. Traicté de la liturgie ou saincte messe.
Paris, lf>02, in- s.
Pierre le Heddre. Entretien ecclésiastique ou Recueil des
Cérémonies et mystères de l'office divin sur les plus remar-
quables solemnitez d- l'année; ensemble les pieuses considé-
rations sur les meubles sacrés, la sainte messe et sépulture
des morts. Tout, 1628, in-12.
Gilb. Gmm.ud. La Liturgie sacrée, où toutes les parties et
( érémonies de la sainte messe sont expliquées avec les mys-
tères et antiquités, avec un Traité particulier de l'eau bé-
nite, du pain bénit, des processions et des cloches. Lyon,
1G6G, in-4.
Rélmpr. en 1618, 2 toi. in 12.
J. Grancolas Les anciennes liturgies, ou la Manière dont
on disait la messe dans chaque siècle. Paris, 1697-99, 3
vol. in-s.
Heiin. Labenazie. Histoire du saciifice de la messe et du
saint sacrement de l'autel. Agen, 1686, in-12.
Lu. ami. Bocqoillot. Traité historique de la liturgie sa-
crée ou de la messe. Paris, 1701, in-S.
J. Grancolas.) Traite de la messe et de l'olfice divin, où
l'on douve une explication littérale des anciennes pratiques
et des Cérémonies de l'Église. Paris, 1714, in-12.
Le P. Le Brin. Explication littérale, hist. et dognoat. des
prières et des Cérémonies de la messe. Paris, 1726, 4 vol.
in-8, h,;.
Reimpr. en 8 part, avec des aogmenl , 1 ~ 77.
.lus. Vicecohitis, Observationes ecclesiastic.se , de bap-
tismo et coafirmatione , de antiquis missae rilihus. Medio-
lani, 1615-26, i vol. in-4.
Joan. Nicolas, Dissertatio duplex , prior et posterior, de
baptismi antiquo rita. Parisiis, 1668, in-12.
\ m, .iii-i Dit* rt. théol. et doqm. sur les exorcisme! et les autres Cé-
rémonies du baptême (par J.-J. Ùnguel. l'tiris, 1721, iu-12).
LE.xiii 1 1 m Fresnot. Traité bistoriqne et dogmatique du
secret de la confession. Paris, 1708, in-s.
Voy. aussi But. coufess. auricularis de J. Boilean (Parts, 1684, io-8)
Ihti. Sancuez. Dissertationes de s. matrimonii sacra-
Dtento. Genuœ [Matriti), 1602, 3 vol. in-fol.
Reimpr. plusieurs fois.
J. Morihi, De sacris ordinationibus commentatius. Pari-
siis, 1655, in-fol.
Plusieurs fois reimpr., notamment avec des aujjmcDt. pir Jos.-AI. Assr-
mani, Roma:. 1156, 5 vol. in-4.
a.xt. Godeau. Discours sur les ordres sacrés, ou [ouïes
les Cérémonies de l'ordination, suivant le Pontifical romain,
sont expliquées. Paris, 1653, in-12.
Jean Le Lorrain. Traité de l'ancienne manière de prier et
d'adorer debout le jour du d imam lie et de feste et durant le
temps de Pâques, ou Abrégé historique des Cérémonies an-
ciennes et modernes. Del/t (Rouen) , 1700, 2 vol. in-12.
S. B , curé de C. La tradition de l'Église sur les bénédic-
tions, où l'on traite des bénédictions de l'Église en général
et en particulier; de leur origine et de leur antiquité; des
diverses Cérémonies qu'on y emploie, etc. Toulouse, 1679,
in-S.
L'abbé J. Lebebf. Traité historique et pratique sur le
chant ecclésiastique. Paris, 1741, in-12.
Voy. anssi, dans le recueil du cardinal J. Bona, De tlivina psalmodia
eJHSque causis , musteriis et disciplinis , etc., sive psallentis EccUsiœ
Franc, de Nei fville. De l'origine et institution des fêtes
et solemnitez ecclésiastiques, extrait tant de la Sainte Bible
et Nouveau Testament, que des anciens Pères et docteurs de
l'Église. Paris, J. Hulpeau, 1582, in-8.
(Adr. Baillet.) Histoire des fêtes mobiles dans l'Église.
Paris, 1703, 2 vol. in-8.
Nie. Jamin. Histoire des fêtes de l'Église et de l'esprit
dans lequel elles ont été établies. Paris, 1779 , in-12.
Adr. Philibert. Manuel des l'êtes et solennités principales
de l'Église, contenant leur origine, leur institution et les
particularités qui s'y rattachent. Paris, 1831, in-12.
J. Bertholet. Histoire de l'institution de la Fête-Dieu.
Luxembourg, 1746, in-4.
René Bexoist. Traitez des processions des chrestiens, au-
quel il est discouru pourquoy la croix y est eslevée et portée,
et premièrement pourquoy les chrestiens la portent pour
marque et signe. Paris, Midi, de Roïgny , 1563, in 8.
Uoy anaai le rrniffl de {"institution et usage des processions qui .*<
font en fl-:<jlise catholique , par Hubert .Meurier [Reims , Jeau de Foûjny,
1S84, iu-8).
Caroi . Guïeti, Heortologia sive de fostis propriis locoruni
cl ecclesiarum. Lutctiœ Parisiorum, 1657, in-fol.
(Glill. Vatar. ) Des processions de l'Église, de leurs
antiquitez, utilitez, et des manières d'y bien assister. Paris,
170j, in-12.
Voy. aussi De processionibus ecclesiasticis liber, par Jacq. Eveillou
(P<ir.. 1641, in-8 . et Sucri peripatetici, sire de saciis EccteSÛB procès.
libri duo, à N. Serario [Colon.-A'jripp., 1607, in-12).
Aux. Merhannii, De rogationibus ac peregrinationihus et
li\ mnis et soiennibus supplicationibns, cum lucernis et omni
religionum panoplia libri très. Lovanii, J. Bogardus, 15G6,
in-8.
Jac.. Gretseri, De sacris et religiosis peregrinationihus
libri IV; de calholicae Ecclesiœ processionibus seu suppli-
cationibus libri II; quibns adjuncti de voluntaria llagello-
; n tu crui e seu de disciplinaruin libri m. lngolstadii, 1606,
in-4, lig
p. ('mis. Lettres historiques cl dogmatiques sur les ju-
bilés cl 1rs indulgences. La. Haye, 1751, 3 vol. in-8.
Jac. Boileai , Historica disqnisitio de te vestiaria bominis
• a. n, vilain coniinuiicm moie Civili tr.iducentis. Amslelo-
dtimi, 1704, in-12.
I.- Insilé surl'elole.p.ir .1.-11. Tliiers; celui des perruques, par
.lo mi •■■■ ii i" si.ipul.iM.-. pai rhéopfa, Haynaud, [le ; la Panoplia
episcopalis . cltrkalis et sa In du SaniM] I m. I. -Puni ,
I toi. In-fol.), elc.
1 •'. ur Albertis. De sacris utensilibus. liomce, 1783, 2 vol.
in-fol., Dg,
Fr. Ant. Zvcciiaria. Bibliotheca ritualis. Rotnœ, 1776-81,
3 vol. in-4.
mi
LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE.
Voy. C6 qui concerne la bibliographie du Cérémonial eceléflîastiqnfl ,
rl;n)* la Ilibtioth. reiiHs théologien omnium materiarvm de Mai Un Lipe-
nius [Franrof., 1685, 2 wl. in fol.).
I , i il la même bibliographie dans le C«f«/. de* /irres Imprima de
lu ÏHhl. du roi, par l'abbé Sallier ; Théologie (Par., 1739-42 , 3 vol. lo-
fol.) ; dans le Catal. des livres de l'abbé Delan (1755); dans le Calot.
la Uihl. de Bordeaux (1842); dans le Catal. delà Bibt. de
Cabbè l.rqitien de l<i \etuilte, réd. par Harlh Haur. -,iu 1845 ,etfc
Voy. eolin , dans noire ouvrage , le chapitre iotilolé Ckréuuxiil el 1j
Bibliographie qui le cooeerue.
€mwmm\m£.
Mœur et : Isa
n trois grandes classes ,
se partageait la société,
au Moyen Age : le clergé,
la noblesse, le tiers état.
Chacune de ces classes,
formant un corps au sein
de l'État et vivant d'une
vie spéciale, présentait,
dans la manifestation col-
lective de son existence .
une physionomie parti-
culière et des formes dis-
tinctes. Nous suivrons
donc, pour étudier le Cé-
rémonial decette époque,
la division naturelle «pie
l'on vient de rappeler.
F.
CÉRÉMONIAL l>K L'ÉGLISE.
Les cérémonies de l'É-
glise, c'est-à-dire les pra
CÉRÉMONIAL Fol I
vffl
V
m.
LE MOYEN AGE
tiques du culte religieux, constituèrent de bonne heure une partie
essentielle de la science sacrée. Sous le titre de Liturgie , Cérémo-
nies ecclésiastiques, elles forment la matière de deux chapitres
spéciaux de cet ouvrage , auxquels nous devons renvoyer le lec-
teur. Il nous appartient toutefois de consigner ici quelques ren-
seignements relatifs à certaines solennités, dont les principaux
acteurs faisaient bien partie de l'ordre religieux, mais dont le
caractère, néanmoins, était loin d'être purement ecclésiastique.
Cette désignation s'applique, par exemple, aux pompes et céré-
monies qui accompagnaient le joyeux avènement de beaucoup de
prélats, à la fois seigneurs temporels et spirituels dans leurs
diocèses.
On n'ignore pas que, selon l'exégèse des théologiens, lepi-
thalame oriental qui se trouve dans l'Ancien Testament et qui
porte le nom de Cantique de Salomon ou Cantique des Cantiques ,
représente, sous un voile mystique, Y Église en la personne de la
Sulamile, et le Chef de l'Église , que le roi-poëte appelle le liien-
Aimé. Dans le Nouveau Testament, l'Église reçoit plus d'une fois,
du Révélateur, les noms de fiancée et autres semblables. Ces
figures ont évidemment exercé, au Moyen Age, une influence
marquée sur le symbolisme de certaines cérémonies, qui s'ac-
complissaient au grand jour entre les ministres les plus élevés du
sacerdoce et la communauté des fidèles. Telle était, surtout en
Italie, la prise de possession d'une foule d'archevêques et évê-
ques. Le 17 janvier 1519, au rapport de Michel -Ange Salvi.
historien de Pistoie, Antonio Pucci, nouvellement élu évêque
de cette ville, y fit son entrée solennelle, au milieu d'un bridant
cortège et d'un immense concours de spectateurs. Arrivé, selon
l'usage, à une abbaye de filles dite de San Pur Maggiore, e il
» descendit de cheval et entra dans l'église, qui avait été décorée
» de ses plus riches ornements. Après y avoir fait sa prière, il
» se dirigea vers le mur qui séparait l'église de l'abbaye et dans
» lequel une brèche avait été pratiquée. Là. se trouvai! préparé
> un lit de grande valeur. Il y épousa l'abbesse et lui laissa au
■> doigt un anneau très -beau et très-somptueux. Cela fait, il se
» rendit à la cathédrale, où, après d'autres cérémonies, il fut
» mis parles bons vassaux en possession de son évèché. < A Flo
rence, lorsque l'archevêque y entrait pour la première fois, il se
,<v ",'".' "\n'Z"V rendait également à une abbaye de femmes, placée sous le
vocable du premier vicaire de Jésus-Christ, et là, il épousait aussi l'abbesse de
i
il'' VT'"
ET LA RENAISSANCE.
Saint-Pierre. A cet effet, une grande estrade, surmontée d'un riche baldaquin, s'élevait
h côté du maître-autel. Le prélat se plaçait au milieu des religieuses; puis on lui appor-
tait un anneau d'or, qu'il passait au doigt de l'abbesse, dont la main était soutenue
par l'un des membres les plus âgés du clergé de la paroisse; puis, il couchait une nuit
au couvent, où une chambre lui était destinée et dans laquelle il était introduit par
l'abbesse; et le lendemain , on procédait, dans la cathédrale, à son intronisation. Des
formes analogues étaient observées lors de l'installation de l'archevêque de Milan ; des
évêques de Bergame, de Modène, etc. , etc. Tout le monde connaît cette disposition du
rituel propre au couronnement des papes, et par laquelle le souverain pontife est con-
duit en grande pompe, à l'aide d'une sorte de palanquin, porté sur les épaules d'un
certain nombre de suppôts. Polluche, auteur d'un traité sur l'intronisation des évêques
d'Orléans, fait remonter l'origine de la gestation des papes à Etienne II, qui, lors de
son élection, en 752, se fit porter sur les épaules du peuple jusqu'au temple de
Constantin.
Ces divers actes symboliques, qui se rapportent tous à une haute antiquité, s'intro-
duisirent de bonne heure en France à l'occasion de l'avènement des évêques; et le
séjour des papes h Avignon contribua sans aucun doute à entretenir parmi nous le goût
de ces pompes méridionales. La première entrée des archevêques de Rouen , de Tours,
de Bordeaux ; celle des évêques de Paris, d'Orléans, de Clermont, d'Autun, de Nantes,
de Quimper, de Rennes , de Léon , de Saint - Brieuc , etc. , etc. , réunissaient , avec cer-
taines particularités variables, les diverses circonstances qui se pratiquaient en Italie.
Dans un très -grand nombre de diocèses, l'évèque, au jour de sa venue, s'arrêtait à
une station, située le plus souvent à l'extérieur de sa ville épiscopale, et y passait une
nuit, comme pour y accomplir, à l'instar des chevaliers, une sorte de veillée des
aimes. L'archevêque de Bordeaux, la veille de son joyeux avènement, se rendait hors
les murs, à l'église de Sainte-Eulalie , et jurait préalablement d'observer les privilèges
île telle collégiale. On voit encore dans le chœur de cette église une chaire en pierre
sculptée, d'un travail admirable, qui atteste cette ancienne coutume; ce siège
monumental date du quinzième siècle, et l'on y remarque surtout sa mitre archi-
épiscopale, qui sert à la décoration : c'était là, en effet, que s'asseyait le prélat
lorsqu'il venait accomplir cette cérémonie. Ces lieux de station étaient, pour les
évêques de Paris, l'abbaye de Sainte- Geneviève; pour ceux de Clermont, le monastère
de Samt-AHyre; etc., etc. Le lendemain , quatre seigneurs , vassaux de l'évêché , venaient
lever le prélat, le portaient sur leurs épaules jusque dans son église cathédrale, et
acquittaient auprès de lui le même office que les grands officiers de la couronne
auprès de la personne royale. Dans l'archevêché de Tours, ces quatre seigneurs étaient
les sires d'Amboise, de La Haye, de Preuilly et de Sainte-Maure. Le premier servait de
sénéchal ou dapifer ; le second , d'échanson ; le troisième , de panetier, et le quatrième ,
d'écuyer. Ces mêmes vassaux portaient aussi, en raison de ces offices, le titre de
barons de la crosse, de barons chrétiens ou de premiers barons de la chrétienté (ce der-
LE MOYEN AGE
nier motétanl pris autrefois pour diocèse). Les seigneurs de Montmorency, qui rem-
plissaient auprès de l'ëvèque de Paris les fonctions (juo nous venons de dire, tiraient
église «le Vàbbaye ih Saintt-Gentvi
i Péril (détraite depuii lo
delà l'antique signification que rappelle la devise bien connue de cette famille : « Dieu
aide au premier baron chrétien. » La famille de Tallevrand et celle de Bourdeille jouis-
saient, en Périgord, des mêmes prérogatives et portaient de semblables dénomina-
tions. A Orléans et ailleurs, l'évêque avait le privilège de délivrer solennellement tous
les prisonniers renfermés dans les geôles de la justice criminelle. Mais aucun de ces
usages n'olfre peut-être, à l' observateur j de particularités plus remarquables et plus sin-
gulières que celles par lesquelles se distinguait le joyeux avènement des évêques de
ET LA RENAISSANCE.
Troyes. Lorsqu'un nouveau titulaire venait prendre possession de ce siège, il se ren-
dait, en pompe et publiquement, mais vêtu seulement du camail et monté sur une mule
ou un palefroi, à l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains , antique monastère de fem-
mes , primitivement situé à l'une des portes et en dehors de la ville. Arrivé au pourprù
de l'abbaye, c'est-à-dire aux limites du domaine de l'abbesse, il rencontrait celle-ci,
qui se présentait, pour le recevoir, à la tète de toutes ses religieuses. Aussitôt le prélat
mettait pied à terre; un sergent de l'abbaye s'emparait de sa monture, la condui-
sait toute sellée dans l'écurie abbatiale, et le palefroi y demeurait comme propriété
de l'abbesse. Cela fait, cette dernière, en présence de tout le peuple, prenait l'évèque
par la main et l'introduisait dans son monastère. Là, l'évèque
entrait au chapitre, s'agenouillait, récitait une prière que l'ab-
besse lui indiquait; puis, ayant dépouillé son camail, il recevait
de ses mains une chape somptueuse; l'abbesse lui remettait une
crosse, lui ceignait la tête d'une mitre, et, lui présentant un
magniflque texte des Évangiles, couvert de nielles et de vermeil
sculpté, qui se conserve de nos jours à la Bibliothèque
publique de la ville de Troyes, elle lui faisait prêter à
haute voix, puis transmettre par écrit, le serment dont
voici la teneur, inscrite en latin au premier feuillet
de ce précieux manuscrit : « Moi, tel, évêque de Troyes,
» je jure d'observer les droits, franchises, libertés ci
» privilèges de ce monastère de Notre- Dame-aux-Non-
» nains. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Évan-
o giles ! » L'évèque alors se relevait et donnait au peuple
sa bénédiction. Après ces formalités, l'abbesse lui ôtait
ses ornements épiscopaux , et, le reste de l'assemblée
s'étant retiré, elle le conduisait à un logement préparé
pour le recevoir, où il devait prendre son gîte. L'évèque y passait la nuit,
et le lit sur lequel il avait couché lui appartenait tout garni. Le lende-
main , les quatre barons de l'évêché de Troyes, à savoir : les seigneurs de
Saint- Just, de Marigny, de Poussey et de Méry-sur-Seine, venaient
lever le prélat et le portaient sur leurs épaules jusqu'à la cathédrale,
où s'accomplissaient les autres cérémonies de la prise de possession.
Ces privilèges tout à fait extraordinaires étaient le signe d'une préémi-
nence et d'une sorte d'autorité spirituelle que les abbesses de Notre-Dame
s'attribuèrent, pendant tout le Moyen Age, à l'égard de leur propre évê-
que. D'après la tradition locale , appuyée de textes fort anciens, l'origine
de cette étrange suprématie remontait à l'introduction même de la Foi
dans la contrée. L'abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains était, dans le principe, la
supérieure de chanoinesses séculières dont les traces historiques se suivent jusques au
Mœurs et Usages de la Vie civile. CÉRÉMONIAL Fol 111.
(Itel.l*me .).
i|i|> u tenant .1 l.i 'M ■
Ku.il.ale de Keti.
LE MOYEN AGE
delà de l'an G50. Elle était collatrice de plusieurs paroisses de la ville, dame d'un
immense territoire, et même de celui sur lequel s'éleva l'évèché; elle passait enfin
pour avoir recueilli les droits d'un collège de vestales établi en ce lieu dès le temps du
paganisme. La haute autorité et les prérogatives dont jouissaient, à Maubeuge, l'abbesse
et le chapitre noble des chanoinesses de Sainte-Aldegonde, offrent un autre exemple
qui mérite d'être rapproché du premier. Tous ces privilèges féminins avaient très-
vraisemblablement pour cause originaire la part que, dans les premiers siècles, les
femmes prenaient, sous le titre de diaconesses, aux fonctions ecclésiastiques.
IL
CÉRÉMONIAL DE LA NOBLESSE.
Nous allons retracer ici, en les comprenant sous ce titre commun, les principales
cérémonies relatives a la vie des classes les plus élevées de la société du Moyen Age.
depuis le couronnement des souverains, jusqu'aux actes analogues, mais moins impor-
tants, qui concernaient les personnes appartenant aux rangs inférieurs de la hiérarchie
nobiliaire. Un des monuments les plus intéressants qui nous soient restés de l'anti-
quité, le Nolitia ulriusque imperii, rédigé vers la fin du quatrième siècle, sous le
règne de Théodose, nous fait connaître les rangs, les attributions et les insignes
des nombreux fonctionnaires qui administraient, en Orient et en Occident, sous l'au-
torité des empereurs. Lorsque les Germains, et particulièrement les Franks, réussirent
à substituer leur domination à celle du peuple romain, ces nations presque sauvages, et les
chefs barbares qu'elles avaient à leur tète, sous le titre de rois, empruntèrent nécessai-
rement des vaincus les notions plus ou moins raffinées que suppose un Cérémonial.
L'exaltation du chef élu ou Kœnig sur le pavois , la prise solennelle des armes et de la
framée au sein de la tribu, telles sont, en effet, les seules traces de cérémonies publi-
ques que l'on puisse constater chez les Germains. L'ordre merveilleux, le spectacle
imposant de la hiérarchie politique de l'empire romain , surtout dans ses pompes exté-
rieures, durent frapper sensiblement l'imagination de ces hommes grossiers. Aussi,
voyons-nous les rois franks se faire, aussitôt après la victoire, les copistes naïfs et plus
ou moins maladroits de cette civilisation qu'ils avaient brisée. Clovis, revenu à Tours
en 507, après avoir défait Alaric , reçut dans celte ville le titre de patrice et de consul .
que lui envoya l'empereur Anastase. Dès lors, selon le témoignage des historiens, il se
para des marques de la souveraineté à l'usage des empereurs, telles que la pourpre,
la chlamydeel le diadème. Le même esprit d'imitation s'appliqua au Cérémonial inté-
rieur et extérieur des coins, au fur et à mesure qu'il se développa auprès de la personne
royale. Charlemagne, cherchant avec la sagacité du génie aux sources presque taries de
la civilisation italique, pour y puiser tout ce qui devait orner et vivilier une monarchie
chrétiei constitua autour de lui un ordre régulier, pour l'administration générale
ET LA RENAISSANCE.
et privée de son empire et pour le règlement de la discipline intérieure de ses palais.
Divers fragments que
nous ont conservés sur
ce sujet les historiens
de son règne , impri-
ment à l'esprit une cer-
taine idée de grandeur
et de majesté, unie à
celle de l'autorité et de
la hiérarchie. Lorsque
Charles prenait ses re-
pas, dit le moine de
Saint-Gall , il était servi
par les ducs, les rois et
autres chefs de différen-
tes nations. Ces derniers
lui succédaient a table
et avaient pour servi-
teurs les comtes, les
préfets et les seigneurs
revêtus des principales
dignités du palais. Ceux-
ci étaient remplacés, à
leur tour, par la jeu-
nesse militaire et par
les élèves (scholares) de
la cour impériale. Ve-
naient ensuite les maî-
tres, puis, les officiers
subalternes des divers
offices ou emplois. Un
autre document plus
explicite, émanéd'Adal-
hard, un des plus pro-
ches alliés et favoris du
grand empereur , re-
cueilli et publié par lecé-
lèbre Hincmar, docu-
ment bien connu sous le
nom de Lellre aux grands sur l'ordre du palais , nous initie d'une manière plus appro-
LE MOYEN AGE
fondie à celte organisation, qui embrassait à la fois la vie domestique du souverain et
l'administration générale de l'État. Après l'empereur et les princes, la plus hautr
dignité du palais était celle de Yapocrisiaire, ou ministre secrétaire d'Étal pour les affai-
res ecclésiastiques. Sous les Mérovingiens, il s'appelait chapelain ou archichapelain. Il
était assisté d'un grand chancelier et de plusieurs clercs. A côté de lui s'élevait, à peu
près égal en puissance, le comte dupalais, chargé des affaires temporelles : politique,
guerre et justice. Le chambellan ou grand chambrier, placé sous l'autorité directe de
la reine ou impératrice, avait soin de la tenue, du mobilier et de la décoration du
palais. Le sénéchal était préposé à la nourriture et au service de la table; il avait pour
collègue le grand bouleiller, particulièrement chargé des breuvages : vin, bière, hydro-
mel , etc. Le connétable , qui venait ensuite, était l'intendant des écuries el étables . el.
par extension, de la cavalerie; cette fonction demeura un office essentiellement mili-
taire et de premier ordre. Le dernier des grands officiers était le maître d'hôtel ou four-
rier (mansionarius), qui devait pourvoir au logement de l'empereur et de la cour, dans
leurs nombreux déplacements. Après eux venaient les officiers suivants, d'un ordre de
plus en plus inférieur : les quatre grands veneurs, un fauconnier, l'huissier, le tréso-
rier, le dépensier, l'économe; puis, les valets de vénerie, les valets de chien, les pré-
posés à la chasse des bièvres ou castors (beverarii) , etc. Pour ce qui est de l'ordre suivi
dans l'administration des affaires de l'État, deux grandes assemblées, l'une tenue à
l'automne, l'autre, plus solennelle encore, au printemps, servaient à élaborer, ou du
moins à préparer et surtout à promulguer la loi, dont le véritable auteur et arbitre
('•tait le roi ou l'empereur. Ces assemblées avaient lieu, lorsque le temps le permettait.
en plein air; en cas de pluie ou d'intempérie, elles se tenaient dans des édifices fer-
més et partagés par diverses salles en trois grandes divisions. Dans l'une résidait le
souverain, assisté de ses familiers, à qui l'on se référait perpétuellement, pour la déli-
bération même des affaires, la seconde était occupée par les conseillers ecclésiastiques,
el la troisième, par les conseillers laïques, qui délibéraient ainsi par corps. Quant au
peuple, il restait dehors , et son rôle se bornait presque exclusivement à V acclamation.
L'énumération qui précède offre un tableau à peu près exact des titres et des fonc-
tions les plus élevés qui furent usités dans les cours, et particulièrement en France,
pendant la durée de la monarchie. En ce qui louche les actes el le procédé qui consti-
tuaient l'accomplissement de ces fonctions diverses, c'est-à-dire en ce qui touche le
Céréjnonial et YéliqueUe proprement dits, les règles minutieuses qui en firent à la fois
unescienceetuneloi, ne s'établirent chez nous que lentement et tardivement. En 1389,
lorsque le roi Charles VI, jeune encore, épousa la fameuse Isabeau de Bavière, >;i
liante.' , âgée de quatorze ans à peine, il voulut lui faire à Paris une entrer magnifique
et qui répondît, par sa pompe et son éclat, à la passion dont il ('tait animé. Il pria
donc la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, de présider à l'ordonnance de la
cérémonie en se reportant aux souvenirs du temps passé ; et l'on se borna, en consé-
quente, ii consulter les records officiels, c'est-à-dire la Chronique du monastère de Sain:-
LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE
Cérémonial, Étiquetti ete
CONNETABLE DE FRANCE, EN CiRAND COSTUME.
v lu XV». siècle. -<Bibl „at.deP«.ris.-Ç«*.<los.ES..mPe.j
ET LA RENAISSANCE.
Denis, en l'absence de toute règle fixe établie à cet égard. Le premier corps de règles
sur cet objet, à l'usage des classes nobles, qui ait paru en France, ou du moins
qui nous soit connu , est intitulé les Honneurs de la cour. Il date de la fin du quinzième
siècle, et nous aurons ci-après l'occasion de nous y arrêter spécialement. En 1548, ces
matières n'avaient point encore été réglées par l'autorité législative, car, à cette épo-
que, le roi Henri II, désirant « scavoir et entendre quel rang et ordre, du temps de ses
» prédécesseurs, avoienl tenu en toutes grandes et solennelles assemblées les princes
» du sang , tant ducs que comtes , les autres princes , barons et seigneurs du royaume ,
» et semblablement les connestables, maresehaux de France et admirai, ■> donna com-
mission à Jean du Tillet, greffier civil en sa cour du parlement, de rechercher parmi
les archives royales les divers témoignages authentiques propres à éclaircir cette ques-
tion et à servir de loi pour l'avenir. (Godefroy, Cérémonial françois , 1649, t. I".)
Enfin, ce fut seulement Henri III qui, par ses lettres de provision datées du
-2 janvier 1585, créa la charge de grand -maître des cérémonies de France, en faveur
de Guillaume Pot, seigneur de Rhodes; ce dernier la transmit h sa famille, où elle
demeura héréditaire pendant pli. sieurs générations.
Cependant cette question du Cérémonial , et surtout des préséances, avait déjà plus
d'une fois éveillé l'attention des souverains, non-seulement au sein de leurs États res-
pectifs, mais aussi dans les relations internationales de la diplomatie. La célébration
Mœurs et Usages de la Vie civile. CÉRÉMONIAL Fol Y.
I l'Empereur.
2 le Roi des Romains
:s le Roi de France.
i le Roi d'Espagne.
le Roi d'Aragon.
6 le Roi de Portugal.
7 le Roi d'Angleterre,
S le Roi de Sicile.
9 le Roi d'Ecosse.
10 le Roi de Hongrie.
1 1 le Roi de Navarre.
i 2 le Roi de Chypre.
13° le Roi de Bohème.
LE MOYEN AGE
des conciles, qui réunissaient en commun, avec les députés de l'Église entière, les
ambassadeurs de toutes les puissances chrétiennes, avaient dû notamment susciter
l'examen de cette matière. Le pape Jules II, en 1504, lit publier par son maître des
cérémonies, Pierre de Crassis, un décret qui déterminait comme il suit le rang hiérar-
chique dans Lequel les différents souverains de l'Europe ou leurs représentants devaient
prendre séance.
15° le Roi de Danemark.
1 6 la République de Venise.
1 7 le Duc de Bretagne.
18° le Duc de Bourgogne.
1 9° l'Électeur de Bavière.
20" l'Électeur de Saxe.
21° l'Électeur de Brandebourg.
22 l'Archiduc d'Autriche.
23° le Duc de Savove.
14 l'Archiduc de Florence.
25 le Duc de Milan.
2 fi le Duc de Bavière.
27 le Duc de Lorraine.
I I le Roi de Pologne.
Nous devons ajouter que ce décret ne reçut jamais l'adhésion des parties intéres-
sées, dont elle blessait les prétentions rivales, et que, pendant tout le Moyen Age
cette question des préséances resta, jusque dans les plus humbles cérémonies publi-
ques, une source perpétuelle de procès et de querelles trop souvent sanglantes.
Ainsi donc, au Moyen Age, la tradition fut la plus ancienne et la principale juris
prudence en fait d'étiquette et de cérémonial. C'est d'après elle surtout , c'est-à-dire
d'après les faits, que nous allons présenter un tableau abrégé des solennités les plus
importantes de la vie des rois, princes et autres personnages appartenant à la classe de
la noblesse. H convient de placer au premier rang, parmi ces cérémonies, celles qui
avaienl pour objet l'institution même des souverains sur leur trône, et qui emprun-
taient en même temps leur sanction morale et leur plus liante majesté, de l'intervention
qu'y apportait l'autorité religieuse. Parlons d'abord du sacre et couronnement des rois
de Erance.
Quoi qu'aient pu dire sur ce sujet, de nombreux écrivains, iules époques d'enthou-
siasme et de foi crédule où la royauté était l'objet d'un culte universel . Pépin-le-Bref,
lils de Charles -Martel el fondateur de La seconde dynastie, fut le premier de nos rois
qui recul l'onction religieuse; et la forme essentielle, ainsi que le théâtre de cette
cérémonie, subit pendant longtemps de nombreuses variations, avant que d'être consa-
crée par une loi définitive; c'est ce que démontrera clairement Le résumé historique
que nous allons exposer. En 752, Pépin-le-Bref, ayant été «dit roi desFranks, a\e(
l'approbation i\u pape Zacharie et au préjudice du roi légitime Childéric III . se lit
ET LA RENAISSANCE.
sacrer une première lois par l'archevêque de Mayence, saint Boniface. dans la cathé-
drale de Soissons; puis, une seconde lois, avec ses deux fiisCharlemagne et Karloman.
en 75 i . dans l'abbaye de Saint-Denis, par le pape Etienne III; ce fut également le pre-
mier prince qui prit, dans ses actes, le titre de roi pur la grâce de Dieu. Après lui .
Charlemagne, déjà sacre comme héritier de son père, se borna à se faire oindre suc-
cessivement par le souverain pontife, d'abord comme roi des Lombards, puis comme
empereur, et procura la même consécration à ses Gis, au titre de leurs principautés
respectives. Louis-le-Débonnaire , son successeur immédiat, fut sacré à Reims, par le
pape Etienne IV, en 810, en qualité d'empereur et de roi de Fiance. En 877. LouisJe-
Bègue, roi de France, reçut à Compiègne l'onction et le sceptre, des mains d'Hincmar.
archevêque de Reims. Deux années plus tard . ses deux fils Louis III et Carloman turent
associés à la même cérémonie, ainsi qu'au trône de leur père, en présence d'Anséiàse.
archevêque de Sens, et dans l'église abbatiale de Saint-Pierre de Ferrières. Le sacre du
roi Eudes, en 888. eut lieu a Compiègne, par les mains de l'archevêque de Sens.
Uiarles-le-Simple. en 8i».'{, et Kobert I", en 922, furent sacrés et couronnés à Reims.
mais l'onction et le couronnement de Raoul (923) se célébrèrent en l'abbaye de Saint-
Médard de Soissons; et ceux de Louis d'Outre-Mer, lils de Charles-le-SimpIe (936), a
Fa<ui. De l'an 954 à l'an 1 106, et depuis L'avénemenl du roi Lothaire jusqu'à celui d<
Louis VI dit le Gros, le sicre des rois de France eut lieu tantôt en l'église métropoli-
taine de Reims et tantôt dans d'autres églises, mais le plus souvent dans la première.
Louis VI ayant été sacré dans la cathédrale d'Orléans, par les mains de l'évèque ordi
VI
LE MOYEN AGE
naire, saint Sanson, le clergé de Reims réclama contre cette prétendue infraction à
la coutume et à ses privilèges. Mais le célèbre Yves de Chartres, un des personnages
les plus considérables de son siècle, qui avait assisté comme prélat à la cérémonie
d'Orléans, réfuta ces prétentions dans une lettre curieuse, où il établit que nulle église
n'est investie, ni en droit, ni en fait, ni en équité , du privilège exclusif de conférer an
monarque nouvellement régnant la consécration religieuse. Il faut avouer cependant
qu'à défaut de titre juridique, la tradition et les souvenirs historiques constituaient en
faveur des réclamants une recommandation particulière. L'Église de Reims était, en
effet, la première métropole chrétienne de toute la Gaule Belgique, qui embrassait
dans sa circonscription le domaine primitif des rois de France. La monarchie, en la
personne de Clovis, y avait reçu le premier sceau de la vie religieuse; et, jusqu'au
sacre de Louis-le-Gros , lorsque le successeur de saint Rémi, archevêque de Reims,
n'avait pas administré
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