Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similé par A. Rivaud

Survival, Water, Medical Field Manuals

Military Manuals

Jacob, P. L., 1806 1884, Séré, Ferdinand, 1818 1855

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in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/lemoyengeetlar03jaco 


LE 


MOYEN  AGE 


RENAISSANCE. 


PARIS    —  TYPOGRAPHIE  PLOX   FKKRES,   36,   RIE   DE   VAKilllARI) 


LE 


MOYEN  AGE 


RENAISSANCE, 


HISTOIRE    ET    DESCRIPTION 

[IKS    MOEURS    F.T    USAGES,    1)1     COMMERCE    ET    DE    [,'lXDUSTRlE,    DES    SCIENCES, 
DES    ARTS,    DES    LITTÉRATURES    ET    DES    BEAUX- ARTS 


33Ï   3®a35>3, 


Direction  Cinéraire  Dirrrtion  artistique 

M.  PAUL   LACROIX.  M.   FERDINAND   SERÉ. 


m  >M\>   EAC-SIMILE  PAR  M    A     RIVAIT) 


TOME   TROISIÈME. 


PARIS. 


ADMINISTRATION  :    5,    RUE  DU    PONT-DE-LOD1 
J850 


SEP  2  51972 


D 


In 


I 


PREMIERE   PARTIE. 


MOEURS  ET  USAGES 


TABLE  DES  CHAPITRES 


TROISIEME    VOLUME. 


PREMIERE    PARTIE. 


MOEURS  ET  USAGES  DE  LA  VIE  RELIGIEUSE. 
CÉRÉMONIES  ECCLÉSIASTIQUES,  par  M.  le  marquis  de  Vabennes. 

MOEURS   ET  USAGES  DE  LA  VIE  CIVILE. 

CÉRÉMONIAL  ,  ÉTIQUETTE,  par  M.  Vai.i.et  de  Viriville,  professeur  à  l'École  des  Chartes. 
CORPORATIONS  DE  MÉTIERS,  par  M.  A.  Mo.nteil,  auteur  de  l'Histoire  des  Français  des  divers  étals. 

et  M.  Rabutaux. 
COMMERCE  ,  par  M.  Ch.  de  GraindhiaisOiN  ,  archiviste  paléographe. 
PÉNALITÉ,  par  M.  de  la  Villegili.e,  secrétaire  du  Comité  des  Monuments  historiques. 
TRIRUNAUX  SECRETS,  par  M.  Gustave  Rruket,  de  l'Académie  de  Rordeaux. 

MOEURS  ET  USAGES  DE   LA  VIE  PRIVÉE. 

VIE    PRIVÉE    DANS    LES    CHATEAUX,   DA*S   LES    MLLES,    DANS    LES    CAMPAGNES,   par 
M.  Leroux  de  Likcy,  pensionnaire  de  l'École  des  Chartes. 


—  2   - 
MODES  ET   COSTUMES,  par  M.  le   comte  Horace  de  Vieilcastel,  secrétaire   général   des   musées 


TROISIÈME    PARTIE 


BEAUX-ARTS. 
ORFEVRERIE,  par  M.  Jules  Labarte. 


C€ll€Jit©ri3€S  €CCC€S32lôt3«Hl€ô. 


ans  les  premiers  siècles  du  chris- 
tianisme, les  Cérémonies  de  l'É- 
glise étaient  simples  et  tout  a 
fait  secrètes.  Les  chrétiens,  afin 
de  se  soustraire  aux  persécu- 
tions, se  réfugiaient  dans  des 
lieux  retirés,  dans  des  hois  im- 
pénétrables, dans  de  profondes 
catacombes,  pour  y  célébrer  en 
paix  les  mystères  de  leur  reli- 
gion. Cela  dura  ainsi  jusqu'au 
commencement  du  quatrième 
siècle,  où  Constantin,  ayant 
vaincu  Maxence,  et  s'étant  rendu 
maître  de  l'Italie  et  de  l'Afrique, 
mit  fin  aux  persécutions,  em- 
brassa le  christianisme  et  en  fit 
la  religion  de  l'empire.  Dès  lors  seulement  commencèrent  le  culte  extérieur  et  les 
Cérémonies  publiques  de  l'Église. 

Le  pape ,  évêque  de  Rome ,  est  le  chef  visible  de  l'Église  catholique  romaine ,  le 
vicaire  de  Jésus-Christ,  le  légitime  successeur  de  saint  Pierre.  Il  a  la  souveraine  auto- 
rité sur  l'Église.  Il  assemble  les  conciles,  crée  les  cardinaux,  nomme  ou  confirme  les 
évèques;  institue,  autorise  ou  supprime  à  volonté  les  ordres  religieux,  veille  au 
maintien  du  dogme,  donne  et  publie  des  bulles,  des  brefs,  des  encycliques,  dans  l'in- 
térêt de  la  foi  et  de  la  discipline;  excommunie  ou  lève  l'excommunication;  distribue 
les  indulgences,  etc.  La  suprématie  de  l'évêque  de  Rome  est  établie  dans  les  actes 
des  conciles  œcuméniques  et  dans  les  saints  canons.  Elle  fut  formellement  reconnue 
par  un  décret  de  l'empereur  Valentinien  III,  mais  elle  ne  cessa  d'être  contestée  par  les 
patriarches  de  l'Église  d'Orient.  Dans  sa  dixième  session,  le  concile  tenu  a  Florence 
en  1439  modifia  l'ordre  de  ces  patriarches  marqué  dans  les  canons  :  «  En  sorte, 
»  y  est-il  dit,  que  celui  de  Constantinople  soit  le  second  après  le  saint  pontife 
Mœurs  el  ta  CÉRÉMONIES  ECCLÉSIASTIQUES  Fol.  I. 


LE   MOYEN    AGE 
»>  romain;  celui  d'Alexandrie,  le  troisième;  celui  d'Antioche,  le  quatrième,  et  celui  de 
o  Jérusalem,  le  cinquième,  sans  toucher  à  leurs  privilèges  ou  à  leurs  droits.  » 

Le  mode  d'élection  des  papes  subit,  jusqu'au  douzième  siècle,  de  nombreuses  varia- 
tions. On  voit  les  papes  nommés  d'abord  par  le  clergé  et  la  population  chrétienne  de 
Home;  puis,  Odoacre,  chef  des  Hérules,  devenu  possesseur  de  l'Italie  par  la  défaite 
d'Augustule,  déclara  que  celte  élection  ne  se  ferait  qu'avec  son  agrément;  son  assassin 
et  son  successeur,  Théodoric,  roi  des  Ostrogoths,  nomme,  de  sa  propre  autorité,  le 
pape  Félix  IV.  En  774,  lorsque  Charlemagne  eut  fait  la  conquête  de  la  Lombardie, 
et  détrôné  Didier,  son  beau-père,  dont  il  venait  de  répudier  la  iille ,  le  pape  Adrien  Ier, 
qui  avait  appelé  à  son  secours  ce  grand  empereur,  lui  déféra,  dit-on,  de  concert 
avec  cent  cinquante  évèques  et  tout  le  peuple  romain,  la  faculté  d'élire  seul  le  sou- 
verain pontife.  Charlemagne  ordonna  que  l'élection  serait  faite  par  le  clergé  et  par  le 
peuple;  que  le  résultat  de  l'élection  serait  soumis  à  l'approbation  de  l'empereur,  et 
que  la  consécration  de  l'élu  n'aurait  lieu  qu'en  vertu  de  cette  approbation.  Louis  le 
Débonnaire,  Lolhaire  et  Louis  le  Bègue  contribuèrent  à  restituer  et  a  maintenir  com- 
plètement le  droit  d'élection  aux  Romains.  Au  dixième  siècle,  le  pape  Léon  VII  remet 
ce  droit  à  l'empereur  Othon  1",  et  Nicolas  II,  en  1059,  le  rend  aux  empereurs,  et 
règle  dans  un  concile  les  formalités  à  suivre  pour  l'élection  des  papes.  Vers  l'an  1 126, 
le  clergé,  le  peuple  et  le  sénat  élisent  les  papes  sans  le  consentement  et  la  confirma- 
lion  de  l'empereur;  enfin,  Innocent  II  transporte  aux  seuls  cardinaux  ce  droit,  objet 
de  tant  d'ambitions  et  de  conflits. 

Honoré  III,  élu  pape  en  1216,  ordonna  que  l'éleclion  des  papes  aurait  lieu  dans  un 
conclave;  son  prédécesseur,  Innocent  III,  passe  pour  avoir  décidé  qu'elle  pourrait  se 
faire  de  trois  manières  :  par  le  scrutin,  par  le  compromis  et  par  Vinspiration. 

L'élection  se  faisait  par  compromis,  lorsque  l'on  s'en  rapportait  au  choix  de  quelque 
cardinal  en  s'engageant  à  reconnaître  pour  pape  celui  qu'il  aurait  élu.  En  1314,  les 
cardinaux  assemblés  à  Lyon ,  après  la  mort  de  Clément  V,  ne  pouvant  s'accorder 
sur  le  choix  d'un  pape,  déférèrent  l'élection  à  la  voix  de  Jacques  d'Euse,  cardinal, 
qui  se  nomma  lui-même,  en  disant  :  Ego  sum  papa.  Il  occupa  le  saint  -siège,  sous  le 
nom  de  Jean  XXII.  L'élection  par  compromis  ne  fut  toutefois  employée  que  très-rare- 
ment, de  même  que  celle  de  l'inspiration,  qui  consistait  à  crier,  comme  si  l'on  était 
subitement  inspiré  :  Un  tel  est  pape!  Le  concile  de  Lyon,  en  1274,  sous  le  pontifical 
de  Grégoire  X,  règle,  dans  sa  cinquième  session,  la  forme,  les  lois  et  la  procédure 
de  l'élection  des  papes  par  scrutin. 

Avant  d'entrer  dans  le  détail  de  cette  sorte  d'élection,  la  seule  vraiment  en  usage 
et  canonique,  nous  croyons  devoir  parler  des  conciles,  puisque  ce  sont  les  décisions 
de  ces  assemblées  qui  sont  la  loi  de  l'Église,  tant  pour  les  questions  touchant  la  foi 
(pic  pour  la  discipline  et  le  cérémonial. 

Le  premier  concile  eut  lieu,  l'an  de  Jésus-Christ  51,  à  l'occasion  d'une  division  que 
la  doctrine  de  Çérinthe,  gnostique  juif,  suscita  parmi  les  fidèles  d'Antioche.  On  réso- 


ET    LA   RENAISSANCE. 

lut  d'aller  à  Jérusalem  consulter  les  apôtres,  qui  s'y  rencontrèrent  au  nombre  de 
cinq  :  saint  Pierre,  saint  Jean ,  saint  Jacques,  saint  Paul  et  saint  Barnabe.  Le  reste  du 
concile  se  composait  de  leurs  disciples  et  de  l'Église  de  Jérusalem.  On  rédigea  par  écrit 
leur  décision  qui  commençait  par  ces  mots  :  Visutn  est  enfin  S'pirilui  Sancto  et  nobis 
(il  a  semblé  bon  au  Saint-Esprit  et  à  nous),  etc.  Cette  première  assemblée  des  apôtres 
h  Jérusalem  servit  de  modèle  dans  la  tenue  des  conciles  généraux  ou  œcuméniques. 
Les  conciles  généraux  devaient  être  réunis  tous  les  dix  ans,  dans  un  lieu  désigné  par 
le  pape.  Le  quatrième  concile  (national)  de  Tolède,  en  633,  indique  ainsi  la  forme  de 
leur  tenue  : 

«  A  la  première  heure  du  jour,  avant  le  lever  du  soleil ,  on  fera  sortir  tout  le  monde 
de  l'église,  dont  on  fermera  les  portes.  Tous  les  portiers  se  tiendront  h  la  porte  par 
laquelle  doivent  entrer  les  évêques,  qui  entreront  tous  ensemble  et  prendront  séance 
suivant  leur  rang  d'ordination.  Après  les  évêques,  on  appellera  les  prêtres  que  quelque 
raison  obligera  de  faire  entrer;  puis ,  les  diacres ,  avec  le  même  choix.  Les  évêques 
seront  assis  en  rond;  les  prêtres  assis  derrière  eux,  et  les  diacres  debout  devant  les 
évêques.  Puis,  entreront  les  laïques  que  le  concile  en  jugera  dignes.  On  fera  aussi 
entrer  les  notaires,  pour  lire  et  écrire  ce  qui  sera  nécessaire,  et  l'on  gardera  les 
portes.  Après  que  les  évêques  auront  été  longtemps  assis  en  silence  et  appliqués  à 
Dieu,  l'archidiacre  dira  :  Priez.  Aussitôt,  ils  se  prosterneront  tous  à  terre,  prieront 
longtemps  en  silence  avec  larmes  et  gémissements,  et  un  des  plus  anciens  évêques  se 
lèvera  pour  faire  tout  haut  une  prière;  les  autres  demeureront  prosternés.  Lorsqu'il 
aura  fini  l'oraison  et  que  tous  auront  répondu  :  Amen,  l'archidiacre  dira  :  Levez- 
vous.  Tous  se  lèveront,  et  les  évêques  et  les  prêtres  s'assoiront,  avec  crainte  de  Dieu 
et  modestie;  tous  garderont  le  silence.  Un  diacre,  revêtu  de  l'aube,  apportera  au  milieu 
de  l'assemblée  le  livre  des  canons  et  lira  ceux  qui  parlent  de  la  tenue  des  conciles. 
Puis,  l'évêque  métropolitain  prendra  la  parole  et  exhortera  ceux  qui  auront  quelque 
plainte  à  former  ou  quelque  affaire  à  proposer.  On  ne  passera  point  à  une  autre  affaire, 
avant  que  la  première  ne  soit  expédiée.  Si  quelqu'un  du  dehors,  prêtre,  clerc  ou  laïque, 
veut  s'adresser  au  concile,  il  le  déclarera  a  l'archidiacre  de  la  métropole,  qui  dénon- 
cera l'affaire  au  concile.  Alors ,  on  permettra  à  la  partie  d'entrer  et  de  proposer  son 
affaire.  Aucun  évèque  ne  sortira  avant  l'heure  de  la  levée  de  la  séance;  aucun  ne 
quittera  le  concile,  que  tout  ne  soit  terminé,  afin  de  pouvoir  souscrire  aux  décisions; 
car  on  doit  croire  que  Dieu  est  présent  au  concile  quand  les  affaires  ecclésiastiques 
se  terminent  sans  tumulte,  avec  application  et  tranquillité.  » 

Pierre  Sarpi,  dit  fra  Paolo,  a  écrit  V Histoire  du  concile  de  Trente,  le  dernier  des 
conciles  œcuméniques;  nous  allons,  d'après  lui,  en  rapporter  les  cérémonies.  Ce 
concile  général  fut  d'abord  convoqué,  par  une  bulle  du  pape  Paul  III,  pour  le  23  mai 
1537,  à  l'occasion  du  progrès  rapide  de  l'hérésie  de  Luther,  de  Zwingle  et  de  Calvin. 
Mais  le  duc  de  Manloue,  n'ayant  pas  voulu  accorder  sa  ville  pour  la  tenue  du  concile, 
le  pape  prorogea  cette  assemblée  jusqu'en  mai  1538  et  désigna  la  ville  de  Vicence 

il 


LE    MOYEN    AGE 

pour  lieu  de  réunion.  Aucun  évêque  ne  s'étant  rendu  dans  cette  dernière  ville,  le 
pape  prorogea  de  nouveau  le  concile  jusqu'à  Pâques  1539;  puis,  sur  quelques  diffé- 
rends encore  survenus,  le  remit  au  jour  où  il  lui  plairait  de  le  tenir.  Enfin,  au  bout 
de  trois  ans,  en  1542,  après  bien  des  débats  sur  le  choix  du  lieu  ,  entre  le  pape, 
l'empereur  et  les  princes  catholiques  qui  voulaient  Ratisbonne  ou  Cologne,  tandis  que 
le  pape  exigeait  que  le  concile  se  tînt  en  Italie,  on  accepta  la  ville  de  Trente.  Une 
bulle  avait  fixé  le  concile  au  15  mars  1543,  mais  les  contestations,  qui  survenaient 
tous  les  jours,  en  firent  différer  l'ouverture  jusqu'au  13  décembre  1545. 

Ce  jour-là,  les  légats  et  les  évêques,  au  nombre  de  vingt-cinq,  revêtus  de  leurs 
habits  pontificaux,  accompagnés  de  leurs  théologiens,  du  clergé  de  Trente  et  de  tout 
le  peuple  de  la  ville  et  des  environs,  allèrent  en  procession,  de  l'église  delà  Trinité  à  la 
cathédrale,  où  le  cardinal  del  Monte ,  premier  légat ,  chanta  la  messe  du  Saint-Esprit , 
et  l'évêque  de  Bilonte,  au  nom  de  Sa  Sainteté,  fit  un  discours,  afin  d'exhorter  les  Pères 
à  se  dépouiller  de  toute  passion  et  à  n'avoir  en  vue  que  la  gloire  de  Dieu.  Après  ce 
discours,  tous  se  mirent  à  genoux,  firent  une  prière  à  basse  voix;  après  quoi,  le  chef  du 
concile  récita  au  nom  de  tous  la  prière  qui  commence  par  Adsumus ,  Domine,  Sancle 
Spirilus.  On  chanta  ensuite  les  Litanies ,  et  le  diacre  lut  l'Évangile  de  la  mission  des 
soixante-douze  disciples,  tiré  du  chapitre  X  de  saint  Luc.  Après  que  l'on  eut  chanté 
l'hymne  Veni,  Creator  Spirilus,  tous  ayant  repris  leurs  places,  le  cardinal  del  Monte 
lut  lui-même  le  décret  de  convocation,  en  demandant  aux  Pères  «  S'il  leur  plaisait 
de  déclarer  que  le  sainl  concile  de  Trente  était  commencé  pour  la  gloire  de  Dieu,  l'ex- 
tirpation des  hérésies,  la  ré  formation  du  clergé  et  du  peuple,  et  rabaissement  des  enne- 
mis du  nom  chrétien.  A  quoi  ils  répondirent  tous  :  «  Placet,  »  les  légats  parlant  les 
premiers,  puis  les  évêques  et  les  autres  Pères.  Le  même  légat  leur  demanda  ensuite  : 
«  Si,  à  cause  des  empêchements  des  fêles  de  la  fin  de  l'année  et  du  commencement  de  la  sui- 
vante, ils  voulaient  que  la  seconde  session  se  tînt  le  7  de  janvier  prochain?  •>  Et  ils 
répondirent  de  nouveau  :  «  Placet.  »  Hercules  Severola ,  promoteur  du  concile,  requit 
les  notaires  d'en  passer  un  acte  public;  on  chanta  le  TeDeum,  et  les  Pères,  ayant 
quitté  leurs  habits  pontificaux,  accompagnèrent  les  légats  précédés  de  la  croix, 
jusqu'à  leurs  demeures. 

Le  7  de  janvier,  jour  de  la  deuxième  session,  tous  les  prélats,  sortant  de  la  maison 
du  premier  légat,  où  ils  s'étaient  réunis  en  habits  ordinaires,  se  rendirent  à  l'église 
cathédrale,  précédés  de  la  croix,  au  milieu  de  trois  cents  fantassins  du  comté  de  Trente, 
qui  étaient  armes  de  piques  et  d'arquebuses,  et  qui,  avec  quelques  cavaliers,  for- 
maient la  haie  jusqu'à  l'église.  Lorsque  le  cortège  fut  arrivé,  tous  ces  soldats  firent 
une  décharge  dans  la  place  et  y  demeurèrent  pour  faire  la  garde  durant  le  temps  de  la 
session.  Outre  les  trois  légats  et  le  cardinal  de  Trente,  se  trouvèrent  rassemblés  quatre 
archevêques,  vin^t -huit  évêques,  trois  abbés  de  la  congrégation  du  Mont-Cassin  et 
quatre  généraux  d'ordres;  ce  qui  faisait  en  tout  quarante-trois  personnes  composant  le 
concile  général.  Parmi  les  théologiens  qui  se  tenaient  debout,  il  en  est  deux.  Olcaster 


ET  LÀ  RENAISSANCE, 
et  un  autre,  auxquels  on  permit ,  par  honneur,  de  s'asseoir.  L'ambassadeur  du  roi  des 
Romains  et  le  procureur  du  cardinal  d'Augsbourg  assistèrent  à  la  séance,  sur  les  bancs 
des  ambassadeurs,  et,  auprès  d'eux,  dix  gentilshommes  du  voisinage,  choisis  par  le  car- 
dinal de  Trente.  Jean  Fonseca,  évêque  de  Caslello-a-Mare,  chanta  la  messe,  et  Coriolan 
Martirano,  évêque  de  Saint- Marc,  prononça  le  sermon.  Après  la  messe,  les  évêques 
s'élant  revêtus  de  leurs  habits  pontificaux,  on  chanta  les  litanies,  et  l'on  dit  les  mêmes 
oraisons  que  dans  la  première  session.  Semblable  cérémonial  fut  suivi  aux  sessions 
suivantes. 

Le  plus  ordinairement,  les  conciles  se  sont  tenus  dans  les  églises  cathédrales 
ou  dans  de  vastes  sacristies;  cependant  ce  n'était  pas  de  règle  obligatoire.  Le  premier 
concile  général,  celui  de  Nicée,  s'est  réuni  dans  une  salle  du  palais  de  l'empereur 
Constantin ,  et  le  sixième ,  h  Constantinople,  sous  le  dôme  impérial  (mi  loco  qui  dicitur 
Trullus);  aussi  nomme- t-on  ce  concile  in  Trullo.  Remarquons,  en  passant,  que  l'on 
appelle  encore,  à  Arles,  l'ancien  palais  de  Constantin  la  Trouille  ou  Trouillane ,  et 
que  c'est  dans  ce  palais  que  s'est  assemblé  le  deuxième  concile  tenu  en  celte 
ville. 

Quel  que  fût  enfin  le  lieu  choisi ,  il  devait  être  convenablement  orné.  Les  Pères  du 
concile  de  Trente  demandèrent  que  la  salle  de  la  séance  fût  tendue  de  tapisseries, 
«  sans  quoi  il  était  a  craindre,  dit  le  Cérémonial  romain,  que  le  concile  fût  regardé 
comme  une  assemblée  de  gens  mécaniques  et  d'artisans. .. 

»  Si  le  concile  doit  se  tenir  dans  une  église,  ajoute  le  même  Cérémonial  romain,  on 
n'y  laissera  qu'une  seule  entrée  dont  les  portes  puissent  être  solidement  fermées.  On 
réservera  dans  la  partie  supérieure  de  cette  église,  auprès  du  maître -autel,  un  espace 
convenable  pour  la  célébration  des  messes  solennelles ,  lequel  sera  séparé ,  par  des  plan- 
ches ou  toute  autre  clôture,  de  la  partie  inférieure  où  siégera  l'assemblée.  Au  fond  de 
l'espace  réservé,  en  face,  on  érigera  le  trône  du  pape,  dont  le  siège,  élevé  sur  trois 
gradins,  sera  recouvert  d'élolFe  d'or;  le  dais  et  les  pentes  seront  de  même  étoffe;  le 
tapis,  ainsi  que  le  grand  et  le  petit  marchepied,  de  drap  écarlate.  Sur  les  gradins  du 
trône,  il  y  aura  deux  sièges  pour  les  diacres  assistants,  et  le  premier  cardinal -prêtre 
se  placera  sur  un  siège  plus  élevé,  soit  à  droite,  soit  à  gauche,  selon  que  le  demandera 
son  office  de  chapelain  assistant,  et  alors  il  devra  être  revêtu  du  pluvial  (chape)  et 
non  de  la  chasuble. 

»  Si  l'empereur  se  trouve  en  personne  au  concile,  les  deux  diacres  assistants  se 
déplaceront  et  iront  s'asseoir  devant  Sa  Sainteté  sur  deux  petits  escabeaux,  suivant 
l'antique  usage.  Le  siège  impérial  sera  préparé,  à  la  droite  du  pape,  sur  deux  gradins 
seulement,  joints  à  ceux  du  trône  papal,  et  on  prendra  garde  à  ce  que  sa  hauteur  ne 
dépasse  pas  celle  des  pieds  du  pontife.  Ce  siège  sera  orné,  par  derrière,  de  drap  d'or, 
mais  il  n'y  aura  rien  au-dessus  de  la  tète  de  l'empereur;  le  marchepied  sera  de  cou- 
leur verte. 

o  Si  un  ou  deux  rois  assistent  au  concile,  ils  auront  des  sièges  à  dossier  montant 
Mœurs  et  Usages  CÉRÉMONIES  ECCLESIASTIQUES  Fol  III. 


LE    MOYEN  AGE 
jusqu'aux  épaules,  ornés  comme  les  bancs  des  cardinaux,  avec  des  coussins  cramoisis, 
et  le  marchepied  vert  sans  gradins.  Les  rois  seront  placés  de  chaque  côté  et  pas  tout 
:i  lait  sur  la  même  ligne  que  le  pape,  mais  un  peu  obliquement,  de  façon  qu'ils  puis- 
sent voir  le  visage  de  Sa  Sainteté. 

»  Dans  la  longueur  de  l'emplacement,  seront  des  bancs  à  dossier  et  d'un  seul  gra- 
din, pour  les  cardinaux  et  les  prélats  :  les  évêques  et  les  prêtres  en  occuperont  la  moi- 
tié, à  droite;  l'autre-partie,  à  gauche  (la  droite  du  pape),  qui  devra  être  plus  élevée 
de  quatre  à  cinq  doigts,  et  ornée  d'étoffes  plus  riches,  sera  réservée  aux  cardinaux- 
diacres. 

»  En  face  du  pape,  et  au  bout  de  ces  deux  rangées  de  bancs,  on  disposera  en  ligne 
transversale  quatre  sièges  distincts  à  dossier,  pour  les  patriarches  des  quatre  églises  de 
Constantinople ,  d'Antioche,  d'Alexandrie  et  de  Jérusalem.  Ces  sièges  seront  à  dis- 
tance égale  entre  eux,  et  le  milieu  formera  comme  la  porte  et  l'entrée  du  quadrilatère. 
Lesdits  patriarches,  parés  ou  non,  durant  les  messes  ou  les  autres  actes,  s'asseyent, 
avant  les  assistants  du  pape.  Les  autres  patriarches,  les  primats,  les  archevêques,  les 
évêques,  les  abbés,  tous  parés,  se  placeront,  de  chaque  côté,  après  les  cardinaux  : 
ensuite,  les  orateurs  des  rois  et  des  princes,  s'ils  sont  parés,  et  le  reste  des  prélats, 
parés  aussi.  Le  premier  rang  de  bancs  se  trouvant  rempli,  ils  se  mettront  derrière; 
les  derniers  seront  les  généraux  d'ordres. 

»  Les  prélats,  de  quelque  grade  qu'ils  soient,  devront,  suivant  le  décret  du 
pape  Grégoire  II,  prendre  place  parmi  leurs  collègues,  selon  l'ordre  de  leur  promo- 
tion. Les  assistants  du  pape,  revêtus  de  leurs  parements,  s'assiéront,  à  gauche,  sur  les 
gradins  du  trône  pontifical,  ainsi  qu'il  a  été  dit;  les  protonotaires  apostoliques  et  les 
clercs  de  la  chambre,  à  droite;  les  sous-diacres,  les  auditeurs  de  rote  et  les  acolytes, 
sur  le  devant,  aux  pieds  du  pape.  Au  bas  des  gradins,  seront,  sur  le  sol  même,  deux 
cubiculaires  secrets,  le  doyen  des  auditeurs,  qui  tient  la  mitre,  et  le  secrétaire  du 
pape,  s'il  n'est  point  prélat. 

»  Les  orateurs  laïques  ou  non  prélats  se  placent  sur  de  petits  sièges  simples  qui  for- 
ment la  première  ligne  intérieure  du  carré,  et  plus  ou  moins  rapprochés  du  pape,  en 
raison  de  la  dignité  de  leurs  maîtres.  Si  quelque  grand  prince  est  présent .  sa  place  sera 
sur  le  banc  des  diacres  et  après  tous  les  diacres.  Les  autres  laïques,  de  rang  inférieur, 
se  mettront  avec  ou  après  les  orateurs  non  prélats,  selon  leur  qualité,  et  les  autres 
prêtres  et  clercs  se  tiendront  derrière  les  bancs  des  prélats. 

»  On  élèvera  aussi,  dans  un  endroit  convenable  de  la  salle  du  concile,  un  autel,  sur- 
monté de  la  croix  avec  la  sainte  Eucharistie,  et  renfermant  les  reliques  de  quelque 
saint.  C'est  à  cet  autel  que  le  pape,  lorsqu'il  vient  an  concile,  fait  sa  prière  et  appelle 
la  bénédiction  du  Saint-Esprit  sur  l'assemblée.  Si  le  pape  ne  doit  pas  être  présent  an 
(..tuile,  les  sièges  pourront  alors  être  rangés  à  partir  de  l'autel;  et,  la  messe  ter- 
minée, le  président  du  concile,  revêtu  de  ses  ornements  sacrés,  comme  s'il  allait 
oiiic  :ier,  s'assiéra  sur  un  fauteuil  contre  l'autel.  »> 


ET    LÀ   RENAISSANCE. 

Sainl  Cyrille  d'Alexandrie,  dans  l'Apologétique  des  actes  du  concile  œcuménique 
d'Éphèse,  dit  que  l'Évangile  y  fut  posé  sur  le  trône  pontifical,  comme  représentant 
Jésus-Christ,  «  dont  la  parole  doit  sans  cesse  retentir  aux  oreilles  des  prêtres.  »  Loup, 
abbé  de  Ferrière,  au  neuvième  siècle,  rapporte  aussi  qu'a  ce  même  concile  le  saint 
Évangile  occupait  le  milieu  du  trône;  c'est  pourquoi  les  légats  romains,  qui  présidaient 
cette  assemblée  au  nom  du  pape,  se  placèrent  à  la  gauche  de  ceux  qui  entraient  :  ils 
se  trouvaient  ainsi  à  la  droite  du  Christ  et  comme  sous  ses  yeux. 

La  présence  de  l'empereur  ou  des  rois  ne  leur  donnait  aucun  droit  de  participation 
aux  actes  de  ces  conciles.  Ils  y  assistaient  comme  défenseurs  officieux,  sans  aucune 
juridiction  d'ailleurs,  veillant  seulement  au  maintien  de  la  tranquillité  et  de  l'ordre, 
ainsi  qu'à  l'exécution  des  décrets ,  et  ils  portaient  d'ordinaire  leur  costume  impérial  ou 
royal.  Eusèbe,  évèque  de  Césarée  en  Palestine,  qui  a  écrit  la  vie  de  Constantin,  dit 
que  lorsque  cet  empereur  entra  au  premier  concile  de  Nicée,  il  avait  un  habillement 
pourpre,  resplendissant  d'or  et  de  pierreries,  et  était  semblable  à  un  ange  céleste  au 
milieu  de  rayons  éblouissants. 

L'empereur  Sigismond  assista,  à  la  deuxième  session  du  concile  de  Constance,  en 
habit  de  diacre,  à  la  messe  célébrée  pontificalement  par  le  pape,  et  il  y  chanta 
l'Évangile  de  la  première  messe  du  jour  de  Noël,  le  25  décembre  1414.  Antoine  Pagi 
rapporte  que  le  même  empereur  vint  a  la  troisième  session  de  ce  concile,  en  costume 
impérial,  et  qu'une  autre  fois,  il  siéga  revêtu  de  la  dalmalique  et  du  pluvial, 
couronné  du  diadème,  assisté  de  deux  légats  a  lalere  et  accompagné  de  quatre  sei- 
gneurs qui  portaient  :  Louis,  comte  Palatin,  le  globe  d'or;  Henri,  duc  de  Ba- 
vière, l'épée;  le  burgrave  Frédéric,  le  sceptre;  et  André,  baron  de  Hongrie,  la 
couronne. 

Le  cardinal  Jacobatius,  au  livre  1er  de  son  Traité  des  conciles ,  dit  quels  doivent  être 
les  parements  des  membres  du  concile,  savoir  :  «  Les  cardinaux  et  les  prélats,  avec  le 
pluvial,  la  chape  et  leurs  habits  sacrés;  les  évèques,  avec  la  mitre  blanche,  unie  et 
sans  ornement;  les  cardinaux,  avec  la  mitre  blanche  aussi,  mais  un  peu  brodée  d'or; 
le  pape,  avec  ses  habits  pontificaux,  le  pluvial  rouge  et  la  mitre  précieuse  sur  la  tète, 
selon  le  rite  pratiqué  au  concile  de  Constance.» 

On  a  souvent  agité  la  question  de  savoir  si,  dans  les  premiers  siècles  de  l'Église,  on 
se  servait,  pour  les  Cérémonies  ecclésiastiques,  d'habits  distincts  de  ceux  portés  dans 
la  vie  civile.  Il  parait  certain  que  les  habits  de  célébration  des  apôtres  et  de  leurs 
successeurs  immédiats  différaient  peu  du  vêtement  ordinaire;  et  l'on  conçoit  qu'il  en 
devait  être  ainsi,  surtout  au  temps  de  la  persécution  des  chrétiens.  Cependant 
Génébrard  démontre,  par  des  citations  tirées  de  saint  Clément,  de  Tertullien  et  autres 
autorités,  que,  même  dans  la  primitive  Église,  on  faisait  usage  d'habits  sacrés;  et  à 
l'appui  de  cette  opinion,  il  cite,  entre  autres  preuves,  la  défense  que  fit,  en  260,  saint 
Etienne,  pape  et  martyr,  de  s'en  servir,  non  plus  que  d'autres  ornements  à  l'usage  du 
culte,  «  hors  le  pourpris  de  l'église  o  (extra  ecclesiam  vestes  sacerdotales  et  legumenla  alla- 

IV 


LE    MOYEN    AGE 

hum).  Le  même  pape  dit  aussi  que  ces  vêtements  doivent  être  décents,  consacrés  an 
service  divin,  et  que  personne  ne  peut  s'en  revêtir,  excepté  les  ecclésiastiques. 

Après  l'an  1000,  les  conciles  réglèrent  les  fonctions  et  le  costume  de  chacun  dans  le 
synode.  Le  concile  de  Bude,  en  1279,  assigne  aux  évêques  et  aux  abbés  mitres  le  sur- 
plis, superpelliceum  (ainsi  nommé,  parce  qu'on  le  mettait  sur  la  robe  fourrée  que  por- 
taient autrefois  les  ecclésiastiques,  surtout  dans  le  nord,  surpelisse);  l'étole,  qui  était 
d'abord  une  robe  ouverte  par  devant  et  dont  l'ouverture  était  garnie  d'un  orfroi  (aurum 
phrygium.  or  phrygien,  broderie  d'or  dont  l'invention  était  due  aux  Phrygiens);  le 
pluvial ,  chape  dont  le  nom  fait  connaître  l'usage ,  et  la  mitre  ;  aux  prélats  inférieurs,  le 
surplis,  l'étole  et  le  pluvial;  aux  chefs  de  paroisses  (parochis,  c'est-à-dire  ceux  qui 
étaient  chargés  par  les  évêques  de  présider  les  assemblées  des  fidèles  dans  les  villages 
dont  la  population  n'était  pas  assez  considérable  pour  y  établir  une  église  diocésaine 
ou  épiscopale)  et  aux  autres  prêtres,  le  surplis  et  l'étole;  aux  moines,  seulement 
l'étole.  Le  synode  de  Cologne,  en  4280,  attribue  l'aube  et  l'étole  aux  prieurs,  aux 
archiprêtres  et  aux  doyens  ruraux;  aux  prêtres,  seulement  le  surplis. 

Le  Cérémonial  romain  décrit  ainsi  les  vêtements  du  pape  :  «  Lorsque  le  sou- 
verain pontife  parait  solennellement  en  public,  il  est  revêtu,  ou  du  pluvial,  ou  de  la 


chape,  comme  les  cardinaux,  mais  ouverte  sur  la  poitrine,  avec  la  mitre;  ou  du 
manteau  papal  (manlum)  avec  le  capuce  sur  la  tête  ;  il  porte  la  robe  de  laine  blanche,  le 
roche!  ,  les  bas  rouges  et  les  sandales  ornées  d'une  croix.  » 


ET    LA    RENAISSANCE. 

Nous  devons  maintenant  revenir  à  l'élection  du  pape  par  la  voie  du  scrutin  et  aux 
Cérémonies  du  conclave  qui  a  pour  objet  cette  élection. 

Depuis  la  mort  de  Clément  IV  jusqu'à  l'élection  de  Grégoire  X,  il  y  eut  un  interpon- 
lificat  de  trois  ans  (1268  à  1271)  ;  les  cardinaux ,  rassemblés  à  Viterbe ,  où  était  mort  le 
dernier  pape,  ne  purent  s'entendre  sur  le  choix  de  son  successeur,  malgré  leurs  fré- 
quentes réunions  à  cet  effet;  «  car,  en  ce  temps-là,  dit  Panvinio  (dans  ses  annota- 
tions sur  la  vie  de  Grégoire  X,  écrite  par  Platine),  l'usage  n'était  pas  que  les  car- 
dinaux fussent  renfermés  en  conclave,  comme  cela  a  lieu  maintenant;  mais,  chaque 
matin,  ils  se  réunissaient,  soit  à  Saint-Jean-de-Latran  ou  dans  la  basilique  de  Saint- 
Pierre  ,  s'ils  étaient  h  Rome ,  soit  dans  la  cathédrale  de  toute  autre  ville  où  ils  pouvaient 
se  trouver  rassemblés.  »  Il  paraît  constant  néanmoins  que,  si  Grégoire  X  fut  le  pre- 
mier qui  prescrivit  cette  forme  dans  sa  Constitution  lue  au  deuxième  concile  général 
de  Lyon,  longtemps  déjà  auparavant  les  cardinaux  avaient  été  ainsi  renfermés  en 
conclave  (cum  claire,  sous  clef);  par  exemple,  aux  élections  d'Honoré  III,  de  Gré- 


IV,  d  ..près  les  Bolhodil 


goire  IX,  de  Célestin  IV  et  d'Innocent  IV;  mais  Panvinio  ajoute  que  ce  n'était  pas  de 
droit  (lamcn  id.de  jure  faciendum  non  esl). 

Avant  Grégoire  X,  il  n'y  avait  aucune  règle  qui  astreignit  les  cardinaux  présents  à 
attendre,  pendant  un  certain  nombre  de  jours  limité,  l'arrivée  des  absents,  pour  s'oc- 
cuper de  l'élection  du  nouveau  pape.  On  laissait  passer  ordinairement  le  troisième 
jour,  quelquefois  moins.  Innocent  III  fut  élu  le  jour  même  de  la  mort  de  Célestin  III . 
Mœots  ei  Usages  CÉRÉMOHffi  ECCLÉSIASTIQUES.  Fol .  V 


LE    MOYEN    AGE 

et  Grégoire  IX  le  lendemain  de  la  mort  de  Honoré  III.  Selon  la  Constitution  de  Gré- 
goire X,  les  cardinaux  doivent  entrer  en  conclave,  dix  jours  au  moins  après  le  décès 
du  pape. 

Pendant  la  vacance  du  saint-siége  et  la  tenue  du  conclave,  quatre  cardinaux  de  dif- 
férents ordres  se  partagent  l'administration  des  affaires  publiques,  savoir  :  le  cardinal- 
doyen  ou  le  premier  cardinal-évêque,  le  premier  cardinal-prêtre,  le  premier  cardinal- 
diacre  et  le  cardinal-camerlingue;  les  trois  premiers  se  chargent  des  affaires  de  la 
justice  et  de  la  police;  le  dernier  brise  les  sceaux  qui  servaient  au  pape  défunt  et  fait 
battre  la  monnaie  à  son  coin.  Cette  monnaie  porte  deux  clefs  en  sautoir  sous  le  gon- 
lalon  de  l'Église,  avec  ces  mots  :  Sede  vacante.  C'est  à  Rome  que  s'est  faite  le  plus  sou- 
vent l'élection  du  pape,  contrairement  aux  Constitutions  de  Grégoire  X  et  de  Clément  V, 
qui  prescrivaient  qu'elle  se  fît  au  lieu  même  du  décès  du  pape.  La  grandeur  du  Vatican 
et  sa  proximité  de  la  basilique  de  Saint-Pierre,  avaient  autrefois  déterminé  les  cardi- 
naux à  choisir  ce  palais  pour  y  tenir  le  conclave. 

Les  derniers  devoirs  ayant  été  rendus  au  pape  défunt,  un  camérier  de  la  sainte 
Église  romaine  et  les  officiers  de  la  chambre  apostolique  s'empressent  de  préparer  le 
lieu  du  conclave;  et  d'abord,  de  faire  murer  les  portes  et  les  fenêtres  qui  s'ouvrent  au 
dehors,  en  ne  laissant  qu'une  seule  entrée,  dont  la  porte  est  munie  de  verrous  et  de 
quatre  serrures,  et  au  milieu  de  laquelle  il  y  a  un  guichet  pour  le  passage  des  vivres. 
Paris  de  Grassis,  maître  des  cérémonies  de  la  cour  de  Rome ,  rapporte ,  dans  son  Jour- 
nal manuscrit  (pendant  la  vacance  du  saint-siége,  après  la  mort  de  Jules  II),  qu'à 
cause  des  fraudes  qui  se  commettaient  par  ce  guichet,  quand  on  apportait  les  pro- 
visions, il  proposa  aux  cardinaux,  qui  y  consentirent,  de  le  remplacer  par  un  tour, 
comme  chez  les  moines  :  on  mit  donc  une  porte,  bien  fermée,  de  chaque  côté  de  ce 
tour,  et  les  gardiens  du  conclave  eurent  la  clef  de  la  porte  extérieure,  et  le  maître 
des  cérémonies,  la  clef  de  la  porte  intérieure.  La  moins  grande  des  deux  chapelles,  à 
droite  en  entrant  dans  le  Vatican,  chapelle  dédiée  à  saint  Nicolas  (appelée  Pauline, 
depuis  que  Paul  III  la  fit  restaurer),  est  celle  où  doivent  s'assembler  les  Pères  pour 
entendre  les  offices  divins  et  pour  procéder  à  l'élection.  C'est  dans  la  plus  grande  cha- 
pelle, à  gauche,  que  sont  dressées  les  cellules  des  cardinaux.  Ces  cellules,  formées 
de  montants  légers  en  sapin,  sont  recouvertes  de  serge  violette  pour  les  cardinaux, 
parents  du  pape  défunt  ou  ses  créatures,  et  de  serge  verte  pour  les  autres.  C'est  à  la 
mort  de  Jules  II  que  parait  avoir  commencé  la  distinction  déterminée  de  ces  deux 
couleurs;  car  le  Journal  de  Burchard  nous  apprend  qu'au  conclave  où  fui  élu  Inno- 
cent VIII,  les  cellules  étaient  en  serge  verte,  rouge,  blanche,  etc.,  suivant  le  goût  de 
chacun.  On  tire  les  cellules  au  sort,  la  veille  de  l'entrée  au  conclave,  tant  pour  les 
cardinaux  présents  que  pour  ceux  qui  peuvent  arriver.  Elles  sont  marquées  chacune 
d'une  lettre  de  l'alphabet.  On  remet  au  serviteur  de  chaque  cardinal  le  billet  qui  porte 
la  lettre  échue  à  son  maître,  alin  qu'il  puisse  disposer  la  cellule  et  y  faire  apporter  les 
meubles  nécessaires,  c'est-à-dire  un  lit,  une  table,  un  banc,  un  coffre,  au  besoin, 


ET  LA  RENAISSANCE, 
mais  qui  ne  doit  point  avoir  de  couvercle,  des  vases  pour  le  vin  et  l'eau ,  et  d'autres 
ustensiles  de  bois.  Depuis  le  temps  de  P.  Amelius,  qui  donne  ce  détail  dans  son 
XVe  Ordre  romain,  le  mobilier  parait  s'être  amélioré,  car,  dans  V Histoire  des  concla- 
ves, on  voit  que  les  sièges,  le  lit  et  la  table  sont  couverts  de  la  même  étoffe  que  la 
cellule.  Le  jour  et  l'air  entrent  dans  cette  petite  pièce  par  une  ouverture  pratiquée  à 
sa  partie  supérieure,  et  par  une  autre,  ménagée  au-dessus  de  l'entrée.  Chaque  cardi- 
nal fait  mettre  ses  armes  sur  sa  porte.  Ces  cellules  sont  toutes  rangées  sur  une  même 
ligne,  et  séparées  entre  elles  par  une  petite  ruelle  d'environ  un  pied  de  large.  Il  y  a 
dans  chacune  un  réduit  pour  les  eonclavisles,  au  nombre  de  deux  et  même  de  trois 
si  le  cardinal  est  infirme.  A  gauche  en  entrant  dans  cette  grande  chapelle,  sont  des 
chambres  où  loge  le  sacristain  du  palais,  et  dont  la  première  est  la  garde-robe  du 
conclave;  le  tout  fermé  de  façon  que  le  jour  n'y  pénètre  point,  aussi  doit-il  y  avoir 
toujours  des  lampes  allumées.  Augustin  Patrizi,  auteur  du  Cérémonial  romain,  et  qui 
fut  lui-même  maître  des  cérémonies  sous  plusieurs  papes,  dit  expressément  que  les 
maîtres  des  cérémonies  devaient  dormir  dans  cet  endroit  même,  in  ipsis  lalrinis. 
Paris  de  Grassis  y  place  un  médecin ,  et  ajoute  que  ce  lieu  doit  être  très-bien  gardé  : 
<>  parce  qu'il  s'est  aperçu  que  des  conclavistes  y  avaient  souvent  des  intelligences  avec 
des  gens  du  dehors.  » 

Pendant  ces  préparatifs,  les  Pères  se  réunissent,  soit  dans  la  sacristie  de  l'église  où  les 
obsèques  du  pape  défunt  ont  eu  lieu,  soit  dans  la  maison  du  premier  camérier,  si  elle 
est  convenable,  et  s'il  fait  partie  du  collège  des  cardinaux,  car  le  camérier  peut  n'être 
pas  cardinal.  Le  gouvernement  temporaire  de  la  ville  et  de  la  cour  romaine  appar- 
tient au  Sacré -Collège,  et  particulièrement  au  camérier. 

Le  palais  du  Vatican  renfermant  plusieurs  cours  supérieures  entourées  de  murs,  on 
place  à  toutes  les  issues,  aux  fenêtres  comme  aux  portes,  des  gardiens  nommés  par 
les  cardinaux.  La  garde  de  la  première  porte  du  palais  est  confiée  a  quelque  prélat  de 
distinction  ou  noble  personnage,  aussitôt  après  la  mort  du  pape,  et  l'on  met  deux  ou 
trois  cents  fantassins  sous  ses  ordres.  Les  autres  gardiens,  pris  parmi  les  dignitaires 
de  la  cour  de  Rome,  les  conservateurs ,  les  chefs  de  quartiers  et  les  citoyens  nobles, 
n'entrent  en  fonctions  qu'à  l'ouverture  du  conclave  :  ils  s'engagent  par  serment  à  visiter 
scrupuleusement  tout  ce  qui  sera  apporté  aux  cardinaux,  à  ne  recevoir  d'eux  ni  pour 
eux  aucune  lettre  (les  Pères  devant  demander  de  vive  voix  tout  ce  dont  ils  peuvent 
avoir  besoin)  ;  enfin  ,  à  ne  laisser  pénétrer  personne  dans  le  conclave,  à  moins  que  ce 
ne  soit  un  cardinal  qui  arrive ,  et  alors  celui-ci  est  introduit  avec  un  prêtre  et  un  clerc. 

Le  lieu  du  conclave  ainsi  disposé,  le  dixième  jour  après  la  mort  du  pape  les  Pères 
assistent  à  une  messe  solennelle  du  Saint-Esprit  dans  la  basilique  de  Saint-Pierre.  Un 
prélat  prononce  un  discours,  afin  d'exhorter  les  cardinaux  à  choisir  un  digne  succes- 
seur du  prince  des  apôtres.  Après  ce  discours,  les  cardinaux  ,  revêtus  de  leurs  chapes 
violettes,  se  rendent  en  procession  au  conclave,  marchant  deux  à  deux,  escortés  de 
gardes  et  accompagnés  de  tout  le  peuple.  Le  maître  des  cérémonies  est  en  avant  avec 

VI 


LE    MOYEN  AGE 
la  croix,  la  figure  du  Christ  tournée  du  côté  du  cortège;   les  cardinaux  viennent 
ensuite;  puis,  les  évèques,  les  prélats  et  les  diacres.  Les  serviteurs  laïques  des  cardi- 
naux précèdent  la  croix ,  et  sont  suivis  immédiatement  des  chantres  et  des  musiciens, 
qui  chantent  l'hymne  :  Venij  Creator. 

«  La  messe  terminée ,  raconte  Paris  de  Grassis,  en  ma  qualité  de  maître  des  cérémo- 
nies et  couvert  de  mon  surplis  je  pris  la  croix,  et  nous  commençâmes  à  nous  mettre 
en  marche.  Il  y  avait  tant  de  foule,  que  j'avais  peine  à  me  mouvoir  et  à  sortir  de  la 
chapelle.  Nous  nous  dirigeâmes  vers  la  grande  porte  qui  est  à  gauche  du  portique  de 
Saint-Pierre,  du  côté  du  palais,  dans  lequel  nous  entrâmes.  Nous  montâmes  les  degrés 
qui  conduisent  aux  étages  supérieurs  où  devait  se  tenir  le  conclave,  Mon  collègue,  à 
cause  de  la  fatigue  que  j'éprouvais  d'avoir  porté  la  croix  pendant  une  si  longue 
marche,  me  relaya  et  continua  de  la  porter  jusqu'à  l'autel  de  la  grande  chapelle  où 
étaient  les  cellules  des  cardinaux.  Il  n'y  avait,  sur  l'autel  (cum  monilibus),  qu'une 
nappe  et  deux  candélabres  allumés,  sans  plus  de  pompe.  Quand  l'hymne  fut  achevée, 
Le  Et.  cardinal  de  Saint-Georges,  debout  (in  cornu  Evangelii)  du  côté  de  l'Évangile, 
chanta  l'oraison,  et  les  cardinaux,  ayant  déposé  leurs  grandes  chapes ,  entrèrent  cha- 
cun dans  sa  cellule,  à  l'exception  de  quelques-uns,  qui,  habitant  le  palais,  s'en  allè- 
rent dîner  chez  eux.  » 

Après  la  prise  de  possession  des  cellules,  les  cardinaux  se  rendent  à  la  chapelle 
Pauline,  où  l'on  fait  la  lecture  des  bulles  concernant  l'élection  du  pape,  et  le  doyen 
du  Sacré- Collège  exhorte  l'assemblée  à  s'y  conformer.  Les  cardinaux  ont  la  permission 
d'aller  dîner  chez  eux,  à  la  condition  d'être  de  retour  au  conclave  avant  trois  heures 
de  nuit  (c'est-à-dire  trois  heures  après  le  coucher  du  soleil).  Le  gouverneur  et  le 
maréchal  du  conclave  placent  des  soldats  partout  où  ils  le  jugent  nécessaire  pour  la 
sûreté  de  l'élection.  Les  ambassadeurs  des  puissances  et  tous  ceux  qui  sont  intéressés 
à  cette  élection  peuvent  paraître,  ce  jour-là  seulement,  au  conclave,  jusqu'à  trois  heu- 
res de  nuit.  Alors  un  maître  des  cérémonies  sonne  la  cloche,  pour  avertir  tous  ceux  qui 
n'ont  point  droit  de  rester  au  conclave,  qu'ils  doivent  se  retirer.  Ceci  fait,  la  porte  du 
conclave  est  fermée  en  dedans  et  en  dehors  ;  les  maîtres  des  cérémonies  ont  les  deux  clefs 
intérieures,  et  celles  de  l'extérieur  sont  entre  les  mains  des  prélats  gardiens.  On  allume 
ensuite  des  flambeaux  et  l'on  visite  partout,  afin  de  s'assurer  qu'il  n'est  resté  personne 
d'étranger  au  conclave.  Ceux  qui  doivent  y  demeurer  sont  ainsi  désignés  par  la  Con- 
stitution de  Pie  IV  :  le  sacristain,  avec  un  clerc  pour  l'aider  dans  le  service  de  la 
sacristie;  deux  maîtres  des  cérémonies,  un  confesseur,  élu  au  scrutin  par  la  majorité 
des  cardinaux;  un  secrétaire  du  Sacré-Collège,  deux  médecins.,  un  chirurgien,  un 
apothicaire  avec  un  ou  deux  garçons,  un  charpentier,  un  maçon,  deux  barbiers  avec 
un  ou  ileux  garçons;  enfin,  huit  ou  dix  hommes  de  service  pour  porter  le  bois,  net- 
toyer, etc.  fous  sont  nommés  au  scrutin  secret  (per  fabas  sécrétas)  par  les  cardinaux. 
Ils  doivent  être  pris  en  dehors  des  domestiques  des  cardinaux  et  sont  payés  par  le 
Sacré-Collège. 


ET    LA    RENAISSANCE. 

Matin  el  soir,  les  gens  de  chaque  cardinal  lui  apportent  des  vivres.  Ces  provisions 
sont  renfermées  dans  des  coifres  de  bois,  ordinairement  ronds,  sur  lesquels  sont 
peintes  les  armoiries  du  cardinal.  On  donne  à  ces  coffres  le  nom  de  cornues,  à  cause 
de  la  ressemblance  de  leurs  anses  avec  des  cornes  de  bouquetin.  Deux  palefreniers 
(parafrenarii) ,  placés  l'un  devant  l'autre,  portent  sur  leurs  épaules  le  coffre,  h  l'aide 
d'un  bâton  passé  dans  les  anses;  ils  sont  précédés  de  deux  eslafîers  (sculiferi),  de 
chapelains,  et  suivis  d'un  grand  nombre  de  parents  et  de  clercs ,  qui  marchent  grave- 
ment, deux  à  deux,  la  tête  découverte.  Jînéas  Sylvius  (Pie  11)  dit,  dans  son  discours 
à  l'empereur  Frédéric  III,  en  parlant  de  ce  cortège  ridicule  (dignam  risu  cœre- 
moniam) ,  qu'on  croirait  voir  passer  des  convois  funèbres,  el  que  les  courti- 
sans qui  les  accompagnent  sont  arrivés  à  ce  point  d'habitude  de  flatterie,  que,  le 
cardinal  leur  manquant,  ils  flattent  ses  cornues  et  leur  rendent  les  mêmes  hommages 
qu'à  lui-même.  Les  porteurs  s'arrêtent  enfin  au  tour  placé  près  de  la  porte  du  conclave, 
où  les  prêtres  gardiens  visitent  scrupuleusement  les  viandes,  les  pâtisseries,  le  pain 
et  le  vin,  lequel  doit  être  dans  des  flacons  de  verre  non  bouchés,  afin  de  s'assurer 
qu'ils  ne  contiennent  aucun  billet.  Ensuite,  le  maître  des  cérémonies,  qui  a  ouvert  la 
porte  intérieure  du  tour,  appelle  les  serviteurs  du  cardinal  dont  les  provisions  sont 
apportées,  et  les  leur  remet. 

D'après  la  Constitution  de  Grégoire  X,  si  l'élection  n'était  pas  terminée  au  bout  de 
trois  jours,  les  cardinaux,  pendant  les  cinq  jours  suivants,  devaient  se  contenter  d'un 
seul  plat  :i  chaque  repas;  si,  passé  ce  temps,  ils  ne  s'étaient  pas  encore  mis  d'accord ,  on 
les  réduisait  au  pain,  au  vin  el  h  l'eau.  Clément  VI  (1351)  établit  pour  les  repas  une 
règle  plus  sévère,  défend  de  dîner  deux  dans  la  même  cellule  et  de  partager  ses  plats 
avec  un  autre.  Lorsque  les  Pères  mangent  ou  travaillent  clans  leurs  cellules,  les 
rideaux  en  doivent  rester  ouverts,  excepté  ceux  du  lit,  qui  sont  fermés  pendant  le 
jour. 

Chaque  matin,  deux  messes  sont  dites  :  l'une,  par  le  sacristain,  c'est  la  messe  du 
jour  courant;  l'autre,  par  le  chapelain,  c'est  une  messe  particulière  à  la  circonstance 
du  siège  vacant. 

Le  costume  des  cardinaux  en  collège  se  composait  d'une  espèce  de  chlamyde  noire 
(nommée  en  latin  crocea)  tombant  jusqu'à  terre,  ouverte  par-devant  el  plissant  autour 
du  cou,  semblable  aux  chapes  de  prélat,  moins  le  capuchon;  sous  cette  chlamyde, 
ils  portaient  la  mozette  violette  et  le  rochet,  mais  ils  pouvaient,  soit  dans  leur  cellule, 
soit  en  se  promenant  clans  les  salles,  ne  garder  que  ces  deux  derniers  habils.  L'an- 
cien usage  de  ce  costume  des  cardinaux  nous  est  prouvé  par  les  témoignages  de 
Pie  II,  de  Burchard,  de  Paris  de  Grassis  el  autres. 

Lorsqu'il  s'agit  de  procéder  à  l'élection,  les  cardinaux,   après  avoir  entendu  la 

messe,  demeurent  seuls  dans  la  chapelle  el  à  leurs  places.   «  Devant  l'autel,  dit 

»  A.  Patrizi  clans  le  récit  de  celle  cérémonie  après  la  moi  t  de  Sixte  IV,  nous  apportâmes 

»  une  petite  table  couverte  d'un  lapis  rouge,  sur  laquelle  nous  mimes  une  horloge, 

'.:  h  ut  tas  CÉBÉMONIES  ECCLESIASTIQUES  Fol.  Vil 


LE  MOYEN  AGE 
»  une  sonnette,  une  écritoire  avec  des  plumes,  des  roseaux  (calamis)  et  un  cahier 
»  de  papier.  Le  sacristain,  ayant  ôté  ses  habits  sacrés,  posa  sur  le  milieu  de  l'autel 
»  le  calice  vide,  avec  la  patène  par-dessus,  et  le  serviteur  de  chaque  cardinal  plaça 
»  devant  son  maître  un  escabeau  formant  pupitre,  une  écritoire  contenant  une  plume 
»  ou  un  roseau,  une  petite  chandelle,  et  une  feuille  de  papier  où  étaient  écrits  les  noms 
»  de  tous  les  cardinaux  présents  au  conclave.  »  Au  livre  Yr  des  Commentaires  de  Pie  II, 
nous  voyons  qu'au  quinzième  siècle  on  se  servait  du  calice  pour  l'élection  :  «  On  posa, 
»  y  est-il  dit,  le  calice  d'or  sur  l'autel,  sous  la  garde  de  trois  cardinaux  :  l'évèque  de 
»  Rodez,  le  cardinal -prêtre  de  Rouen  et  le  cardinal-diacre  de  Cologne;  afin  de  pré- 
>>  venir  toute  fraude,  les  autres  cardinaux,  quittant  leurs  places  par  ordre  de 
»  dignité,  allèrent,  à  la  suite  l'un  de  l'autre,  déposer  dans  le  calice  les  billets  sur  lesquels 
>»  ils  avaient  inscrit  les  noms  de  ceux  qu'ils  portaient  au  pontificat.  Lorsque  tous  l'eu- 
»  rent  fait,  on  plaça  une  table  au  milieu  de  la  chapelle;  les  trois  cardinaux  ci -dessus 
»  nommés  renversèrent  le  calice  sur  cette  table  et  lurent  à  haute  voix  les  noms  inscrits 
»  sur  les  billets.  » 

Cependant,  les  sacristains,  les  serviteurs  des  cardinaux  et  tous  autres  qui  se  trou- 
vent dans  le  conclave,  sont  renfermés  dans  la  chapelle  des  cellules;  les  seuls,  maîtres 
des  cérémonies  se  tiennent  en  dehors  de  la  porte  de  la  chapelle  de  l'élection ,  prêts  à 
venir  dans  le  cas  où  on  les  appellerait. 

A  ces  détails,  le  Cérémonial  romain  (édition  de  1516)  en  ajoute  d'autres  qui  préci- 
sent les  Cérémonies  usitées  depuis  le  temps  dont  nous  parlons,  et  du  moins  avant  1496, 
époque  de  la  mort  de  celui  qui  l'a  rédigé  :  «  Préfère -t-on  pour  l'élection  la  voie  du 
»  scrutin,  il  convient  d'abord  de  délibérer  si,  après  le  scrutin,  on  emploiera,  au 
»  besoin,  dans  le  même  jour,  le  moyen  de  l'accès  (accessus),  afin  de  parfaire  l'élection. 
»  Ensuite,  tous  les  Pères  étant  assis  dans  la  chapelle,  le  doyen  des  cardinaux-évèques, 
»  son  bulletin  à  la  main,  s'avance  jusqu'à  l'autel,  et  prie  quelque  temps,  age- 
»  nouille;  puis,  il  se  relève,  et  il  dépose  son  bulletin,  après  l'avoir  baisé,  dans  le 
»  calice,  dont  le  doyen  des  cardinaux-diacres,  qui  se  tient  au  côté  gauche  de  l'autel 
»  (où  se  lit  l'épitre),  a  enlevé  la  patène.  Ces  bulletins  sont,  en  général,  ainsi  formules 
a  (en  latin)  :  Moi ,  évéque  de. . .  cardinal.. . ,  j'élis  pour  souverain  pontife. . .  Ici,  le  nom  et 
»  la  qualité  de  celui  que  l'on  nomme.  On  peut  inscrire  deux  ou  plusieurs  noms,  pris 
o  dans  le  Collège,  sur  le  même  bulletin  ;  mais  le  nom  de  celui  qu'on  élirait  en  dehors  du 
»  Collège  devrait  être  écrit  sur  le  verso  de  ce  bulletin,  que  le  cardinal  cachette  avec  son 
»  anneau  et  porte  comme  nous  venons  de  le  dire.  Ainsi  font-ils  tous  l'un  après  l'autre. 
»  Les  bulletins  déposés  dans  le  calice,  les  Pères  reprennent  leurs  places,  où  chacun  a 
o  devant  lui  un  pupitre  avec  du  papier,  des  tablettes  (pugillares)  et  la  liste  de  ceux  qui 
»  sont  présents;  alors  le  doyen  des  cardinaux-évêques  et  le  doyen  des  cardinaux- dia- 
•  cres,  portant  le  calice,  de  l'autel  sur  la  table,  devant  laquelle  le  doyen  des  cardinaux- 
»  piètres  s'assied,  se  placent  à  la  droite  de  celui-ci.  Ensuite  le  doyen  des  cardinaux- 
»  évêques,  prenant  le  calice  de  la  main  droite  et  appuyant  la  gauche  sur  la  patène  qui 


ET    LA    RENAISSANCE. 

le  recouvre,  le  retourne,  en  ayant  soin  que  rien  n'en  tombe,  l'enlève  et  le  repose 
»  sur  la  table;  puis,  élevant  un  peu  la  patène,  il  prend  avec  deux  doigts  de  la  main 
»  droite  le  premier  bulletin  venu,  et,  le  montrant  au  doyen  des  cardinaux-prêtres,  il 
»  le  passe  au  cardinal-diacre,  lequel  l'ouvre  et  le  lit  de  façon  à  être  entendu  de 
»  tous.  Chacun,  y  compris  les  trois  dont  nous  venons  de  parler,  fait,  à  mesure,  une 
»  marque  à  la  suite  du  nom  qu'il  a  sur  sa  liste.  Les  trois  premiers  scrutateurs  comptent 
o  et  proclament  le  nombre  des  suffrages.  Si  les  voix  ne  sont  pas  suffisantes  et  qu'on 
»  ne  puisse  pas  compléter  l'élection  par  l'accès,  les  Pères  se  séparent ,  sans  plu-  s'en 
»  occuper  jusqu'au  lendemain.  »  L'accès  consiste  à  reporter  sa  voix  sur  celui  ou  ceux 
qui  en  ont  obtenu  le  plus  grand  nombre.  Un  prêtre  se  lève ,  en  disant  :  Ego  accedo  ad 
reverendissimum  dominum...  (alem,  et  aussitôt  ceux  qui  sont  de  cet  avis  se  réunissent  à 
lui.  Jacob  Gajélan,  auteur  du  XIVe  Ordre  romain,  nous  apprend,  au  chapitre  x,  que, 
lorsque  l'on  se  trouvait  d'accord,  le  doyen  des  diacres  ôtait  à  l'élu  la  chape  ou  la  chla- 
mvde  qu'il  portait,  et  le  revêtait  de  l'aube ,  s'il  ne  l'avait  pas  déjà,  du  rochet,  de  la  tuni- 
que de  lin  (camisia)  et  de  l'étole  ,  placée  sur  ses  deux  épaules,  s'il  était  prêtre,  et  sur 
l'épaule  gauche,  s'il  n'était  que  diacre;  ensuite,  il  le  couvrait  du  manteau  (mantinn).  vu 
disant  :  <■  Je  f  investis  de  la  papauté  romaine,  afin  que  lu  commandes  à  la  ville  el  au  monde,  » 
Alors  il  lui  remettait  l'anneau  de  ses  prédécesseurs  et  le  coiffait  de  la  mitre.  Ce  man- 
teau, de  couleur  rouge,  et  la  mitre  étaient  les  insignes  de  la  papauté.  Censius,  camé- 
rier  de  Célestin  111  au  douzième  siècle,  dit,  dans  son  Ordre  romain  :  «  Tous  les 
membres  du  conclave  étant  d'accord  sur  le  choix  du  cardinal  qui  leur  parait  le  mieux 
convenir,  le  doyen  des  diacres  le  revêt  du  manteau  rouge  (pluviali  rubeo  ammanlah. 
Le  Cérémonial  romain  s'exprime  ainsi  :  «  Le  doyen  des  cardinaux-évèques  le  déclare 
pontife  romain,  au  nom  de  tout  le  Collège,  et  lui  demande  son  assentiment;  ce  qu'ayant 
obtenu  ,  tous  les  Pères  se  lèvent  et  vont  adresser  des  félicitations  au  nouveau  pape. 
Ensuite,  on  lui  enlève  sa  chlamyde,  le  petit  capuce,  et  on  le  conduit,  ainsi  vêtu  seule- 
ment du  rochet,  jusqu'à  un  siège  orné  que  l'on  place  devant  la  table  où  les  premiers 
se  tenaient.  On  lui  met  au  doigt  Vanneau  du  pêcheur  et  on  lui  demande  quel  nom  il 
veut  porter.  Après  quoi,  il  jure  le  maintien  des  Constitutions  et  signe,  d'ordinaire  sans 
les  lire,  les  suppliques  qui  lui  sont  présentées.  » 

Pendant  ce  temps-là,  le  premier  cardinal-diacre,  ayant  fait  ouvrir  la  petite  fenêtre 
murée  de  la  sacristie ,  d'où  peut  le  voir  le  peuple  qui  attend  au  dehors ,  s'écrie,  en  éle- 
vant la  croix  qu'il  lient  à  la  main  :  «  Je  vous  annonce  une  grande  joie;  nous  avons  un 
pape;  le  1res -révérend  cardinal...  est  nommé  souverain  pontife,  el  il  a  pris  (el  nom!  » 

Sergius  IV,  élu  en  l'an  1009,  est.  à  ce  que  l'on  croit,  le  premier  pape  qui  ait 
changé  de  nom;  il  s'appelait  d'abord  Ptelro  Bocca  di  Porca  (groin  de  porc). 

On  voit,  au  livre  II,  chapitre  lvii,  de  la  Vie  de  Frédéric  /",  dit  Barberousse(dans  la 
continuation,  par  Kadevic,  de  cet  ouvrage  d'Olhon,  évèque  de  Freisingen),  qu'au 
douzième  siècle  la  nouvelle  de  la  nomination  du  pape  n'était  pas  seulement  annoncée, 
mais  que  le  peuple  même  et  le  clergé    étaient   consultés.  A    l'élection   de   l'anli- 


LE  MOYEN  AGE 
pape  Victor  IV  (1 170),  un  des  quatre  compétiteurs  que  cet  empereur  suscita  à  Alexan- 
dre III ,  «  l'archiviste  (scriniarius),  montant  en  haut  (in  altum),  selon  l'antique  usage 
des  Humains,  cria  de  toutes  ses  forces:  Écoutez,  citoyens  de  la  république  romaine: 
noire  Père  Adrien  est  mort,  et,  le  samedi  suivant,  N.  S.  Octavien,  cardinal  de  Sainte- 
Cécile,  a  été  élu  et  investi  du  manteau  papal,  sous  le  nom  de  Victor;  vous  convient-il? 
(placel  vobis?)  »  Cette  question  fut  répétée  par  trois  fois,  et  à  chacune  le  peuple  et  le 
clergé  répondirent  :  «  Il  nous  convient  (placel).  »  Le  pape  fut  ensuite  reconduit  au 
palais,  escorté  de  troupes  et  avec  tous  les  honneurs  dus  a  sa  dignité.  Le  Cérémonial 
de  Burchard  nous  montre  celte  coutume  de  proclamer  ainsi  la  nomination  du  pape, 
conservée  au  quinzième  siècle  lors  de  l'élection  d'Innocent  VIII,  mais  une  seule  fois 
seulement  et  non  sous  la  forme  consultative.  «  A  ces  paroles,  ajoute-t-il,  le  peuple, 
rassemblé  dans  la  cour  du  palais ,  poussa  des  cris  et  des  acclamations ,  les  cloches  son- 
nèrent à  grande  volée,  et  les  gardes  du  palais  firent  entendre,  sans  interruption,  des 
décharges  d'escopelle  jusqu'à  ce  que  le  pontife  fût  rentré  de  l'église  au  palais.  »  «Après 
son  élection,  dit  Aug.  Patrizi,  l'élu  est  conduit  dans  la  sacristie;  les  cardinaux-diacres 
lui  ôtent  ses  vêtements,  que  l'ancien  usage  abandonne  aux  maîtres  des  cérémonies, 
et  on  lui  met  la  robe  de  laine  blanche,  les  bas  rouges,  les  sandales  rouges  ornées  de  la 
croix  d'or,  la  ceinture  rouge  avec  les  agrafes  d'or,  la  barrette  rouge  et  le  rochet  blanc  ; 
ensuite  ,  l'amict,  l'aube,  la  ceinture,  ainsi  que  l'élole  ornée  de  perles,  placée  sur  le 
cou  ou  sur  l'épaule,  suivant  l'ordre  auquel  il  appartient,  et  sans  étole,  s'il  n'est  que 
dans  les  ordres  mineurs.  Après  avoir  signé  les  suppliques,  il  est  revêtu  ,  par  les  cardi- 
naux qui  ont  repris  leurs  chapes,  du  pluvial  rouge  et  de  la  mitre  d'or  ornée  de  pier- 
res précieuses;  on  le  place  sur  l'autel,  et  tous  les  cardinaux  lui  font  la  révérence  et  lui 
baisent  les  pieds,  la  main  droite  et  la  bouche.  » 

11  parait,  d'après  le  XIIe  Ordre  romain  de  Censius,  qu'en  1188  ce  n'était  pas  sur 
l'autel  que  se  plaçait  le  pape,  mais  sur  un  siège,  un  fauteuil  (faldistorio).  Le  XIVe  Ordre 
romain  (commencement  du  quatorzième  siècle)  nous  fournit  la  même  remarque.  Ce 
n'est  qu'au  quinzième  siècle,  à  l'élection  de  Pie  II,  que  nous  voyons  le  pape  assis  sur 
l'autel.  Quant  à  la  révérence,  appelée  aussi  adoration,  Burchard  dit  que  les  cardinaux 
vinrent,  suivant  leur  rang,  en  commençant  par  le  vice-chancelier,  et  baisèrent 
d'abord  le  pied  droit,  ensuite  la  main  et  la  bouche  de  l'élu  (  Innocent  VIII);  Paris  de 
Grassis,  dans  le  récit  de  l'élection  de  Léon  X.  en  1513,  nous  les  montre,  lui  baisant 
le  pied,  la  main  nue  el  les  deux  joues. 

\ous  devons  parler  aussi,  en  passant,  d'un  singulier  abus  qui  exista  pendant  long- 
temps, et  dont  fait  mention  le  livre  Ier  des  Commentaires  de  Pie  11  :  «  Aussitôt  que 
l'élection  lut  proclamée  du  haut  de  la  fenêtre  au  conclave,  rapporte-t-il ,  les  gens  des 
cardinaux  pillèrent  la  cellule  ^\u  nouveau  pape,  le  peu  qu'il  avait  d'argent,  ses  livres, 
et  la  vile  multitude  de  1 1  vide  (in  urbe  vilissima  plebs)  ne  se  contenta  pas  de  saccager 
1:1  maison,  mais  elle  \  brisa  et  emporta  des  marbres.  ..  Il  ajoute  .pie  d'autres  cardi- 
naux se  trouvèrent  quelquefois  victimes  de  ces  excès,  qui  se  reproduisirent,  justement, 


ET  LA  RENAISSANCE, 
à  la  nomination  de  ce  même  pape  :  le  peuple,  qui  stationnait  au  dehors,  ayant 
entendu  que  l'élu  était  le  cardinal -évèque  de  Gènes,  au  lieu  de  Sienne,  dont  jEnéas 
Sylvius  occupait  le  siège,  courut  piller  le  palais  du  premier.  Aussi,  Mucantius,  maître 
des  cérémonies  du  pape  Urbain  VII,  nous  apprend-il ,  dans  son  Journal  de  1580,  que 
l'élection  de  ce  pape,  bien  que  terminée  vers  la  quatorzième  heure  du  15  septembre, 
ne  fut  cependant  pas  publiée  aussitôt,  «  afin  de  laisser  le  temps  aux  conclavistes  de 
mettre  en  sûreté  les  biens  de  leurs  maîtres  et  de  prévenir  les  dilapidations  qui  ont  lieu 
en  pareil  cas.  » 

Le  conclave  étant  démuré,  le  nouveau  pontife,  précédé  de  la  croix  et  des  cardi- 
naux, descend  à  l'église  de  Saint -Pierre,  et  là ,  prosterné ,  il  rend  grâces  à  Dieu  et  aux 
saints  apôtres.  Lnsuite,  coiffé  de  la  mitre  précieuse,  on  le  place,  sur  un  coussin,  au 
milieu  de  l'autel,  et  le  premier  cardinal -évêque  entonne  le  Te  Deum,  qui  est  conti- 
nué par  tous  les  clercs.  Pendant  ce  temps,  a  lieu  une  nouvelle  adoration,  et ,  après  les 
prières  d'usage,  le  pape  descend  de  l'autel,  qu'il  baise  respectueusement,  et  donne 
solennellement  sa  bénédiction  au  peuple  ;  puis,  il  retourne  à  ses  appartements,  dans  le 
même  ordre  qu'il  en  était  sorti ,  en  bénissant  sur  son  passage.  Il  paraît  démontré  que 
les  pontifes ,  dans  les  premiers  siècles ,  bénissaient  en  étendant  les  mains  ou  seule- 
ment la  main  droite  ;  plus  tard ,  ce  fut  en  faisant  le  signe  de  la  croix  avec  trois  doigts 
levés,  c'est-à-dire  le  pouce  et  les  deux  premiers,  l'annulaire  et  l'auriculaire  étant 
repliés  sur  la  paume  de  la  main.  Le  livre  de  la  Vie  des  papes ,  attribué  à  Luitprand, 
prouve  (au  liv.  I,chap.  vin)  qu'il  en  était  ainsi  au  neuvième  siècle.  Il  y  est  rapporté 
que  le  pape  Etienne  VI  (890),  après  avoir  fait  exhumer,  pour  le  mettre  en  jugement, 
le  pape  Formose,  son  prédécesseur,  lui  fit  couper  les  trois  doigts  avec  lesquels  il  avait 
donné  la  bénédiction  au  peuple,  et  ordonna  que  son  cadavre  serait  jeté  dans  le  Tibre 
(tribus  abeissis  digilis,  in  Tiberim,  etc.). 

«  Le  pape  élu,  dit  le  Cérémonial  romain,  peut  être  un  simple  laïque  (merus  laïeus , 
comme  Jean  XIX);  il  suffit  qu'il  soit  chrétien  et  catholique  (dummodo  sil  chrislianus  et 
calholicus).  »  Dans  ce  cas,  il  reçoit  les  ordres  mineurs  et  majeurs,  selon  le  rit  observé 
pour  tout  autre  néophyte,  avec  celte  différence  pourtant  qu'il  porte,  par -dessus  le 
rochet,  le  manteau  rejeté  derrière  le  cou;  qu'il  est  couvert  de  la  mitre  et  qu'il  reçoit, 
assis  sur  son  fauteuil,  les  insignes,  ainsi  que  les  habits  des  ordres,  tandis  que  les 
autres  ordinands  portent  ces  habits  sur  le  bras  gauche  et  les  reçoivent  à  genoux.  Il 
peut,  en  outre,  être  promu  à  tous  les  ordres  dans  le  même  jour,  si  cela  lui  convient. 
Après  avoir  été  tonsuré,  le  nouveau  pape,  vêtu  comme  nous  venons  de  le  dire, 
avec  l'amict  attaché  de  façon  à  pouvoir  être  relevé  sur  la  tête,  s'avance  à  l'autel,  s'y 
prosterne  en  priant,  puis  fait  sa  confession  avec  le  consécrateur  et  retourne  à  son 
siège,  où,  à  un  certain  instant  de  la  messe,  l'évêque  lui  présente  et  lui  fait  toucher 
des  deux  mains  le  calice  et  la  patène  vides,  les  burettes  avec  le  vin  et  l'eau,  le  bassin 
et  l'essuie-main.  11  lui  relève  ensuite  l'amict  sur  la  tète,  en  lui  disant:  Accipe  amiclum 
(Recevez  l'amict),  etc.  L'amict  (du  mol  latin  amicire)  est  un  linge  pour  couvrir  le  cou, 
UiEun  et  Usages.  CÉBÉMOMES  ECCLESIASTIQUES.  Fol.  IX. 


LE   MOYEN    AGE 

que,  jusqu'au  huitième  siècle,  les  ecclésiastiques,  comme  les  laïques,  tenaient  décou- 
vert. Le  pape  reprend  sa  mitre  et  reçoit  le  manipule  sur  le  bras  gauche;  on  le 
découvre  de  nouveau  et  on  lui  enlève  le  pluvial ,  afin  de  le  revêtir  de  la  tunique.  Après 
quoi,  on  lui  remet  le  livre  des  Èpitres,  ce  qui  termine  l'ordination  du  sous-diaconat. 
Primitivement,  cet  ordre  se  conférait  par  le  seul  signe  de  la  croix,  et  il  est  probable 
qu'avant  le  douzième  siècle  cette  cérémonie  s'arrêtait  à  la  présentation  des  vases 
sacrés  et  des  autres  objets  nécessaires  a  la  messe. 

Le  manipule  était  alors  une  petite  nappe  (mappula),  un  mouchoir,  que  le  diacre 
portait  sur  le  bras  gauche,  et  qui  devait  servir  au  pontife  pour  s'essuyer  le  visage  et  se 
moucher  (ad  (ergendum  sudorem  et  narium  sordes).  On  a  donné  aussi  à  ce  linge  le  nom 
de  suaire,  sudarium  (Ferrarius,  De  revesliariâ,  lib.  I).  Au  onzième  siècle,  c'était 
encore  un  mouchoir  (Yvo  Carnot. ,  De  signifie,  indum.  sacerd.);  au  douzième,  ce 
n'était  plus  qu'un  ornement,  un  morceau  d'étoffe  (paunus ,  fanon),  large  d'environ 
deux  pouces,  ayant  une  croix  à  l'endroit  où  il  s'attachait  et  garni  de  franges  aux  extré- 
mités. L'ordination  du  diaconat  consiste  dans  l'imposition  de  la  main  droite  sur  la 
tête  nue  de  l'ordinand ,  et  dans  la  remise  de  l'étole,  placée  sur  l'épaule  gauche ,  du  vête- 
ment appelé  dalmatique ,  et  du  livre  des  Évangiles.  Les  Romains  avaient  adopté  ce  der- 
nier vêtement,  qui  était  celui  des  Dalmates  au  deuxième  siècle,  à  l'époque  sans  doute 

où  Metellus,  surnommé  le  Dalmatique,  sou- 
mit le  reste  de  la  Dalmatie.  C'était  une  robe 
ample  et  longue  avec  des  manches  fort  larges , 
qui  ne  descendaient  que  jusqu'au  coude.  Les 
empereurs  se  revêtirent  de  la  dalmatique; 
elle  fut  décernée  comme  honneur  aux  évê- 
ques ,  et  le  pape  Sylvestre  Ier  en  décora  les 
diacres  de  Rome.  Cet  habit,  devenu  sacré,  se 
mettait  par-dessus  la  tunique,  dont  les  man- 
ches étaient  beaucoup  plus  étroites.  Saint 
Isidore,  au  septième  siècle,  dit  que  la  dal- 
matique est  un  habit  sacré,  blanc,  orné  de 
bandes  de  pourpre,  cum  clavis  ex  purpura 
(XIXe  liv.  des  Origines,  chap.  xxn). 

Le  pape,  ainsi  en  costume  de  diacre,  mais 
sans  la  tunicelle,  ni  la  dalmatique.  ni  les  san- 
dales, et  seulement  avec  Pamict,  l'aube  el  le 
manipule,  va  recevoir  la  prêtrise:  le  eonsé- 
crateur,  coiffé  de  la  mitre,  s'approche  de  lui 
et  lui  impose  les  deux  mains  sur  la  tète  découverte,  sans  prononcer  de  paroles.  Les 
cardinaux- évoques  ou  prêtres  présents  font  de  même,  mais  tète  nue  et  avec  de 
grandes  marques  de  respect.  Les  prières,  indiquées  dans  le  Pontifical,  étant  achevées, 


ET    LA    RENAISSANCE. 

le  prélat  ramène  en  avant  l'étole  de  l'élu,  la  lui  croise  sur  la  poitrine,  en  disant  : 
Accipe  jugum  Domini  (Recevez  le  joug  du  Seigneur),  etc.;  puis,  il  le  revêt  de  la 
chasuble,  retenue  sur  les  épaules  par  derrière  et  dont  la  partie  antérieure  retombe 
seule ,  et  lui  dit  :  Recevez  la  robe  sacerdotale ,  afin  qu'elle  augmente  en  vous  la  charité.  Il 
consacre  ensuite  les  mains  de  l'ordinand,  avec  l'huile  des  catéchumènes ,  en  lui  faisant, 
avec  le  pouce,  dans  l'intérieur  des  mains,  une  onction  en  forme  de  croix,  depuis  le 
pouce  de  la  main  droite  jusqu'à  l'index  de  la  gauche,  et  du  pouce  de  la  gauche  à 
l'index  de  la  droite,  et  il  finit  par  étendre  l'onction  sur  les  deux  mains;  puis,  il  les  lie 
l'une  contre  l'autre,  les  enveloppe  avec  un  linge  blanc,  et  l'ordinand  les  lient  appuyées 
sur  une  bande  de  linge  nouée  à  son  cou  et  pendante  comme  un  large  collier.  Alors 
1  évèque  lui  donne  le  pouvoir  d'offrir  le  sacrifice  divin,  en  lui  faisant  toucher  le  calice 
plein  de  vin,  ainsi  que  la  patène  qui  le  recouvre  et  sur  laquelle  est  une  hostie;  il 
reçoit  de  lui  l'offrande,  qui  consistait,  au  treizième  siècle,  en  deux  grands  pains, 
deux  fioles  de  vin  (duas  phiolas)  et  deux  cierges  (duo  lorticia),  et  lui  baise  la  main,  à 
la  réception  de  chacune  de  ces  choses  (Cœremon.  Gregorii  A").  Suivant  l'ancien  usage, 
l'élu  célèbre  la  messe  avec  le  consécrateur,  lequel  lui  fait  une  nouvelle  imposition  des 
mains  et  lui  conlère  le  pouvoir  de  lier  et  de  délier,  par  ces  paroles  :  Accipe  Spiri- 
tum  Sanction,  etc.  La  chasuble,  jusque-là  retenue  sur  les  épaules,  est  en  ce  moment 
déroulée  par  l'évêque,  qui  dit  :  Slolà  innocenliœ  indual  le  Dominus!  (Que  le  Seigneur 
vous  couvre  delà  robe  d'innocence!)  Enfin,  la  messe  terminée,  l'élu  se  place,  sans 
mitre,  au  milieu  de  l'autel ,  et,  ayant  la  croix  devant  lui,  donne  à  tous  la  bénédic- 
tion. Le  consécrateur  s'approche  ensuite,  se  meta  genoux  et  lui  répète  trois  fois  ce 
souhait  :  Ad  multos  annos  (beaucoup  d'années).  La  dernière  imposition  des  mains  n'est 
point  mentionnée  dans  les  anciens  Ordres  romains,  au  delà  du  neuvième  siècle. 

La  chasuble,  qui  conserva  jusqu'au  seizième  siècle  sa  forme  primitive,  était  une 
longue  robe  sans  manches,  n'ayant  en  haut  qu'une  ouverture  pour  y  passer  la  tète. 
Son  nom  lui  vient  de  son  ampleur,  casula,  pour  ainsi  dire  :  petite  maison.  On  la 
nomme  aussi  planète,  parce  que,  rien  n'en  indiquant  le  devant  ou  le  derrière,  elle 
tournait,  errait  facilement  autour  du  cou.  Comme,  pour  agir,  on  la  relevait  de  côté  sur 
les  bras,  de  là  vient  l'usage  d'aider  le  prêtre  à  tenir  les  brasen  l'air,  en  la  retroussant  par 
derrière.  Au  Moyen  Age,  la  planète  était  le  vêtement  commun ,  et  c'est  pour  cela  que 
le  prêtre  la  recevait  par -dessus  ses  autres  habits,  «  comme  emblème  de  la  charité.  » 
Jean  Diacre,  qui  a  écrit  cinq  livres  de  la  Vie  de  saint  Grégoire-le-Grand  (mort  en  (i()  \ ■), 
dit  que  le  costume  de  ce  Père  était  une  planète  de  couleur  marron,  et,  sous  la  planète, 
une  dalmatique  (Feiuuiuus,  De  re  vesliarid,  lib.  I).  Mais,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà 
dit,  ces  vêtements,  semblables  par  la  forme  à  ceux  que  l'on  portait  habituellement, 
en  différaient  pourtant,  comme  habits  sacrés,  soit  par  la  couleur,  soit  par  les  orne- 
ments. L'abbé  Sabbathier  dit  que  la  chasuble  était  blanche,  mouchetée  de  pourpre,  et 
qu'on  a  souvent  confondu  ce  vêtement  sacerdotal  avec  la  dalmatique  (Dictionnaire pour 
l'intelligence  des  auteurs  classiques). 


LE   MOYEN    AGE 

Il  était  d'usage  que  l'ordination  de  la  prêtrise  eût  lieu  le  samedi,  et  la  consécration 
comme  évêque  le  lendemain.  Cette  cérémonie  est  publique  et  entourée  de  beaucoup 
de  pompe.  Le  pontife,  arrivé  à  l'église  de  Saint-Pierre,  est  conduit  processionnelle- 
rnent  à  la  chapelle  de  Saint-Grégoire  par  les  chanoines,  après  avoir  reçu  la  révérence 
des  cardinaux  ;  là,  pendant  le  chant  d'un  psaume  ,  il  est  chaussé  des  bas  et  des  sanda- 
les. Dans  les  premiers  temps,  les  bas  des  évêques  étaient  bleu-ciel,  coloris  cœrulei, 
sive  cœleslis  (G.  Durand,  Ralionale  divin,  of/icior.,  lib.  III);  mais  ceux  du  souverain 
pontife  romain,  toujours  de  drap  rouge,  ainsi  que  ses  sandales.  On  le  revêt  de 
l'aube,  du  cordon,  de  la  ceinture,  du  pectoral,  du  manipule,  de  l'étole,  de  la  tuni- 
celle;  et  il  reçoit  successivement  les  gants,  la  chasuble  et  la  mitre,  mais  non  le  pal- 
lium  et  l'anneau,  qu'il  recevra  en  son  temps.  Ensuite,  entouré  de  tous  les  cardinaux  - 
évêques,  prêtres,  diacres,  et  des  autres  prélats  ayant  chacun  le  costume  de  leur 
dignité,  il  arrive  au  grand  autel,  précédé  de  la  croix  papale,  qu'accompagnent  sept 
Qambeaux  et  l'encensoir,  en  bénissant  selon  l'usage  (ul  moris  est),  et  fait  sa  confes- 
sion. Lorsqu'elle  est  terminée,  il  s'assied,  la  mitre  sur  la  tête,  au  fauteuil  qui  lui  a 
été  préparé  entre  l'autel  et  les  degrés  du  trône  pontifical;  puis,  la  messe  commence. 

Cependant  l' évêque  d'Ostie,  que  les  plus  anciennes  traditions  montrent  en  posses- 
sion du  privilège  de  consacrer  l'évêque  de  Home,  ayant  chaussé  les  bas  et  les  sanda- 
les, dans  un  lieu  convenable  près  de  l'autel,  et  revêtu  tous  les  ornements  pontificaux 
avec  la  mitre  simple  ou  précieuse,  suivant  l'exigence  du  temps,  s'approche,  ainsi  que 
les  cardinaux -archevêques,  évêques  et  prêtres,  afin  de  donner  la  consécration  épi- 
scopale  à  l'élu,  lequel,  assisté  de  deux  diacres,  se  prosterne,  sur  son  fauteuil;  tous  en 
l'ont  autant,  sur  leurs  sièges  ;  ceux  qui  en  manquent,  sur  le  tapis,  en  tenant  leurs  livres 
et  gardant  la  tête  un  peu  élevée  (erecld  aliquantulùm  facie).  Lorsque  la  litanie, 
entonnée  par  le  chapelain,  est  finie,  tous  se  relèvent,  et  l'évêque  d'Ostie,  accom- 
pagné à  droite  et  à  gauche  des  évêques  d'Albano  et  de  Porto,  ouvre  le  livre  des 
Evangiles,  le  place,  la  couverture  en  dehors,  derrière  le  cou  de  l'ordinand  ,  et  deux 
cardinaux-diacres  l'y  maintiennent  jusqu'à  la  fin  de  la  consécration;  alors  le  con- 
sécrateur  impose  silencieusement  la  main  droite  (le  Cérémonial  de  1516  dit  les 
deux  mains)  sur  la  tête  découverte  du  pape,  ce  que  tous  les  évêques  présents  font 
:i  leur  tour. 

Le  rite  de  l'imposition  de  l'Évangile  est  prescrit  par  le  deuxième  canon  du  quatrième 
concile  de  Cailhage  en  l'an  38S.  Dans  ces  temps  reculés,  on  ouvrait  le  livre  au  hasard, 
et  le  texte  sacre-',  qui  se  présentai!  sur  la  première  page,  était  interprété  comme  pronos- 
tic pour  celui  qui  recevait  l'ordination.  (E.  iMautene,  De  anliq.  Ecoles,  rit.) 

L'Évangile  ainsi  placé,  un  diacre  entoure  la  lête  de  l'élu  avec  une  bande  de  linge 
lin  nouée  par  derrière  et  dont  les  bouts  retombent  sur  le  cou.  Cette  précaution  étant 
prise  afin  que  l'huile  ne  louche  pas  aux  cheveux,  le  consécraleur.  (ouvert  de  la  mine. 
trempe  le  pouce  de  la  main  droite  dans  le  saint  chrême,  cl  fait  l'onction  de  la  tète,  en 
forme  de  croix,  sur  la  couronne  ou  tonsure,  en  prononçant  les  paroles  d'usage;  puis] 


ET  LA  RENAISSANCE, 
après  une  oraison,  il  continue  l'onction  sur  les  mains,  que  le  pape  tient  l'une  contre 
l'autre  appuyées  sur  une  bande  de  linge,  comme  h  l'ordination  de  la  prêtrise.  On  ne 
lui  remet  point  le  bâton  pastoral,  ainsi  qu'aux  autres  évèques,  mais  le  consacrant 
bénit  et  lui  met  au  doigt  annulaire  de  la  main  droite  l'anneau  précieux.  Ensuite,  aidé 
des  évèques  assistants,  il  enlève  de  dessus  les  épaules  du  pape  le  livre  des  Évangiles 
et  le  lui  présente ,  en  disant  :  Accipe  Evangelium ,  etc.  ;  après  quoi,  le  souverain  pontife 
lave  ses  mains  avec  de  la  mie  de  pain  et  de  l'eau ,  et  un  cardinal -diacre  lui  nettoie 
la  tète  aussi  avec  de  la  mie  de  pain,  lui  arrange  les  cheveux  avec  un  peigne  d'ivoire, 
et  replace  la  mitre. 

Le  pape,  couvert  alors  du  pallium  ,  remonte  sur  son  siège  et  reçoit  au  baiser  de  la 
bouche  et  du  pied  tous  les  cardinaux  et  prélats.  La  messe  se  poursuit  jusqu'à  la  lecture 
de  l'offertoire,  après  laquelle  l'évèque  consacrant  reçoit  de  l'élu  deux  cierges  allumés, 
deux  pains  blancs  et  deux  amphores  pleines  de  vin.  Ce  rite  est  des  plus  anciens,  car  il 
est  indiqué  dans  l'Ordre  du  pape  Melchiade  en  l'an  311,  et  il  en  est  aussi  mention 
dans  le  Pontifical  de  Mayence,  écrit  cent  cinquante  ans  auparavant.  L'évèque,  à  cha- 
que objet  qu'il  reçoit,  baise  la  main  de  l'élu.  Le  pape  termine  la  messe  avec  le  consé- 
( rateur,  et,  lorsqu'elle  est  finie,  il  se  place,  sans  gants  et  sans  mitre,  au  milieu  de 
l'autel,  ayant  devant  lui  la  croix  papale,  et  donne  la  bénédiction.  Il  reprend  ensuite 
sa  mitre,  et  va  s'asseoir  sur  son  siège.  Alors  le  consécrateur,  faisant  trois  génu- 
flexions, lui  adresse  le  même  souhait  qu'à  la  prêtrise  :  Ad  multos  awtos. 

Si  l'élu  est  déjà  évèque,  on  ne  le  consacre  pas  de  nouveau,  mais  il  est  seulement 
béni,  un  jour  de  dimanche,  en  même  temps  qu'il  est  couronné.  Ce  jour  là,  il  se  rend 
de  grand  matin  à  la  chambre  du  parement  (paramenli) ,  où  il  est  revêtu  de  l'amie t, 
de  l'aube  longue,  de  la  ceinture,  de  l'étole,  du  pluvial  rouge  et  de  la  mitre  précieuse. 
Les  cardinaux  l'entourent,  ainsi  que  tous  les  prélats  et  officiaux  ayant  leurs  chapes  de 
laine.  Le  pontife,  ainsi  paré,  se  dirige  vers  l'église  de  Saint-Pierre,  précédé  de  la 
croix.  Les  cardinaux  tiennent  de  chaque  côté  les  bords  du  pluvial,  dont  le  personnage 
le  plus  noble  présent,  fût-il  empereur  ou  roi,  doit  porter  la  queue,  si  le  pape  est  à 
pied.  Au-dessus  du  pape,  est  un  baldaquin  soutenu  par  huit  nobles  ou  délégués  (oc/o 
nobiles  sive  oratores) ,  et,  en  avant,  deux  sergents  d'armes  (servienles  armorum)  por- 
tent un  fauteuil  avec  un  grand  coussin;  un  troisième  porte  un  tapis,  un  coussin  et 
un  petit  marchepied. 

Lorsque  le  pape  est  arrive  à  la  dernière  porte  du  palais,  près  du  portique  de  Saint- 
Pierre,  il  s'assied  pour  recevoir  au  baisement  du  pied  les  chanoines  de  la  basilique. 
Ensuite  il  s'avance  jusqu'au  second  rond  de  porphyre  incrusté  dans  le  pavé  de  l'église, 
se  prosterne  sur  son  fauteuil  et  y  fait  sa  prière  la  tète  découverte.  De  là,  on  le  trans- 
porte à  la  chapelle  de  Saint-Grégoire,  où  il  prend  place  sur  son  trône,  environné 
des  ambassadeurs  étrangers  et  des  personnages  de  distinction.  Les  cardinaux,  en 
chapes  rouges,  viennent  lui  baiser  la  main  sous  l'orlioi  (sub  auriphrigio porrectam) , 
et  les  autres  prélats,  le  pied  droit.  Le  saint-père  donne  ensuite  sa  bénédiction.  Un  des 
fa  ni  CERÉM0N1BS  ECCLÉSIASTIQUES.  Fol .  XI. 


LE    MOYEN  AGE 

sous-diacres  va  à  l'autel  recevoir  du  sacristain  les  bas  et  les  sandales,  qu'il  porte  révé- 
rencieusement  en  les  tenant  élevés;  puis,  aidé  d'un  cubiculaire  secret,  il  en  chausse  le 
pape,  lequel  quitte  ses  parements  rouges  pour  en  prendre  de  blancs.  Tous  les  cardi- 
naux et  prélats  en  prennent  de  même  couleur,  et  la  procession  se  met  en  marche  pour 
se  rendre  au  grand  autel ,  conduite  par  le  premier  cardinal-diacre,  qui  porte  en  signe 
de  commandement  un  petit  bâton  blanc  que  l'on  nomme  férule.  Le  maître  des  céré- 
monies précède  le  pape  et  tient  à  la  main  deux  roseaux  :  au  bout  de  l'un  est  de 
l'éloupe;  à  l'autre,  est  adaptée  une  mèche  allumée.  Au  départ,  il  se  tourne  vers  le 
pape,  fait  une  génuflexion  et  enflamme  l'étoupe,  en  disant  à  haute  voix  :  Pater  sancte, 
sic  transit  gloria  mundi  (Saint-père,  c'est  ainsi  que  passe  la  gloire  de  ce  monde) ;  ce 
qui  se  renouvelle  trois  fois  pendant  le  trajet. 

Ce  rite  date  de  l'élection  d'Alexandre  V  (1409),  ainsi  que  le  témoigne  Luc  d'Achery, 
dans  le  tome  VI  de  son  Spicilége. 

Le  pape,  après  avoir  fait  sa  confession,  se  couvre  de  la  mitre  et  s'assied  sur  le  fau- 
teuil, préparé  entre  le  trône  et  l'autel.  Alors  les  évoques  d'Albano,  de  Porto  et  d'Ostie 
s'avancent  et  disent  chacun  une  oraison,  en  commençant  par  le  plus  jeune.  Le  pape 
ensuite  se  découvre,  monte  à  l'autel,  et  le  premier  diacre,  prenant  le  pallium  sur 
l'autel,  en  revêt  le  pontife  et  le  lui  attache  sur  le  devant,  par  derrière  et  au  côté  gau- 
che, avec  trois  épingles  d'or  à  tête  enrichie  d'byacinthes,  en  disant  :  Accipe  pal- 
lium, etc.  Ainsi  paré,  le  pape  célèbre  la  messe,  pendant  laquelle  l'Épitre  et  l'Évangile 
sont  chantés  en  latin  et  en  grec.  (Censius,  Ord.  Rom.  XII.  —  12p  siècle,  Célestin  111,  etc.) 
Après  la  messe,  le  pape,  en  grand  costume,  est  porté  à  une  tribune  construit1 
au-dessus  des  degrés  de  l'église;  tout  le  peuple  sort  et  inonde  la  place;  le  diacre  de 
gauche  enlève  la  mitre  de  la  tète  du  saint-père,  que  le  diacre  placé  à  droite  couronne 
de  la  tiare  ou  regnum,  aux  acclamations  répétées  du  Kyrie  eleison.  Les  deux  diacres 
assistants  publient  en  latin  et  en  langue  vulgaire  les  indulgences  plénières,  et  le  pape 
se  retire  pour  aller  prendre  quelque  nourriture ,  pendant  que  se  prépare  la  procession 
qui  doit  se  rendre  a  Latran. 

On  croit  que  le  premier  couronnement  de  pape  remonte  à  Nicolas  1er  (808);  du 
moins  le  I'.  Pagi  ne  se  souvenait-il  point  d'avoir  lu  que  cette  cérémonie  ait  eu  lieu  avant 
l'élection  de  ce  pontife.  D'après  le  P.  Mabillon  cependant,  lequel  cite  le  IX''  Ordre 
romain,  les  papes,  après  leur  consécration,  recevaient  un  ornement  de  tète  appelé 
regnum,  qui  était  une  coiffure  d'étoffe  blanche  ayant  la  forme  d'un  casque  (ad  simi- 
liludinem  aissidis,  ex  albo  indumenlo).  Cet  Ordre  romain  est  écrit  du  temps  de  Léon  III. 
vers  la  lin  du  huitième  siècle.  (Mabill.  ,  Muséum  flàlicum,  loin.  II.)  L'auteur  anonyme 
d'un  manuscrit  du  Vatican,  cité  par  Raronius,  dit  «  qu'Alexandre  III,  élu  en  11S9, 
après  avoir  reçu  la  consécration  comme  souverain  pontife,  fut,  selon  la  coutume 
de  l'Église,  couronné  du  regnum,  c'est-à-dire  d'une  mitre  ronde,  se  terminant  en 
pointe (lurbinata )  et  entourée  d'une  couronne.  »  Cette  mitre  est  la  tiare,  à  laquelle 
lioniface  \  III  (1294)  ajouta  une  seconde  couronne,  et  Urbain  V  (1362),  une  troisième. 


ET   LA   RENAISSANCE. 

Ainsi ,  les  peintres ,  qui  ont  représenté  les  papes  coiffés  du  trirègne  ,  avant  cette  der- 
nière époque,  ont  fait  un  anachronisme. 

Tous  les  prélats  sont  à  cheval.  Le  cheval  du  pape  est  blanc,  de  haute  taille,  et  cou- 
vert, sur  la  partie  postérieure  seulement,  d'une  housse  écarlate  (magnum  equum 
phaleralum ,  etc.);  pour  y  monter,  comme  pour  en  descendre,  le  pontife  se  sert  d'un 
marchepied  couvert  de  drap  rouge,  et  pendant  ce  temps,  l'empereur,  le  roi  ouïe 
prince  présent  doit  tenir  l'étrier  et  conduire  ainsi  quelques  instants  le  cheval  par  la 
bride.  Si  le  pape  est  en  litière,  empereur,  roi  ou  prince  présent  doit  aussi  mettre  la 
main  au  brancard,  comme  pour  le  porter  un  moment.  Calalani,  dans  ses  Commen- 
taires, cite  l'auteur  de  la  Vie  d'Etienne  III,  lequel  dit  que  «  ce  pape  fut  porté,  sur  les 
épaules  des  siens,  à  la  basilique  de  Latran,  d'où  la  coutume  est  venue,  dans  plusieurs 
solennités,  de  porter  ainsi  le  pape.  »  Cette  coutume  daterait  donc  de  l'an  768. 

Le  maréchal  de  la  cour,  qui  circule  autour  du  pape ,  a  deux  sacs  de  monnaie  sur  le 
devant  de  sa  selle,  et  il  jette  de  temps  à  autre  quelques  pièces  au  peuple  ,  aûn  d'écarter 
la  foule  qui  se  presse  sur  sou  passage.  (Cérém.  Rom.) 

Dans  l'angle  du  château  Saint-Ange,  les  Juifs  de  Rome  présentent  à  genoux  la  loi 
de  Moïse  et  ils  en  font  l'éloge  en  langue  hébraïque,  en  exhortant  le  pape  à  la  respec- 
ter. Le  pape  leur  répond  qu'il  la  respecte,  mais  qu'il  improuve  et  condamne  leur 
manière  de  l'interpréter.  Les  Juifs  se  retirent,  et  le  cortège  continue  sa  marche. 

Burchard,  dans  le  récit  du  couronnement  d'Innocent  VIII,  dit  que  ceci  avait  lieu 
autrefois  (bien  avant  1484  —  voir  Censius),  lorsqu'on  était  arrivé  au  mont  Jordano 
(ad  monlem  Jordanum),  mais  que,  comme  le  peuple  se  ruait  sur  les  Juifs  et  les  pour- 
suivait, ceux-ci  obtinrent  la  permission  de  se  mettre  à  l'abri  de  ces  outrages,  en  se 
tenant  sur  le  rempart  du  château  Saint- Ange,  à  l'angle  près  de  la  route. 

Lorsque  le  pontife  arrive  au  portique  de  Saint-Jean  de  Latran,  le  premier  chanoine 
lui  présente  la  croix  à  baiser;  le  cardinal-diacre  la  reçoit  et  l'approche  de  la  bouche 
du  pape,  auquel  il  a  retiré  la  tiare,  que  l'on  donne  à  porter  à  un  auditeur.  Le  pape, 
ayant  pris  la  mitre,  est  conduit  par  les  chanoines,  devant  la  porte  principale  de  l'église, 
à  un  siège  de  marbre  placé  à  gauche.  Il  s'y  pose  plutôt  comme  couché  qu'assis;  aussi- 
tôt les  cardinaux  s'avancent  et  le  relèvent  révérencieusement ,  en  disant  :  Suscitât  de 
pulvere  egenum  et  de  stercore  erigil  pauperem  (Il  tire  l'indigent  de  la  poussière,  et  le 
pauvre  de  dessus  le  fumier),  etc.  Le  nom  de  chaise  stercoraire  parait  avoir  été  vulgai- 
rement imposé  à  ce  siège,  à  cause  du  mot  stercore  de  l'antienne. 

Le  pontife,  en  se  relevant,  prend  dans  une  bourse,  que  lui  présente  le  camérier  qui 
est  auprès  de  lui .  autant  de  pièces  de  monnaie  qu'il  en  peut  tenir  dans  sa  main,  mais 
parmi  lesquelles  il  n'y  en  a  aucune  d'or  ou  d'argent.  Il  les  jette  au  peuple,  en  disant  : 
«  Je  n'ai  ni  or  ni  argent;  ce  que  j'ai ,  je  vous  le  donne.  »  Il  entre  ensuite  dans  l'église , 
en  passant  sur  un  pont  construit  exprès  depuis  la  porte  jusqu'au  grand  autel,  et  assez 
élevé  pour  que  le  pape  puisse  être  dégagé  de  la  foule.  Après  avoir  lait  sa  prière  devant 
cet  aulel  et  béni  le  peuple,  il  se  place  sur  un  trône,  où  les  chanoines  de  Saint -Jean 


LE  MOYEN  AGE 
viennent  lui  baiser  le  pied.  11  se  rend  ensuite  au  palais  de  Latran  par  le  même  pont, 
continué  jusqu'à  la  sortie  de  l'Église.  Arrivé  dans  la  salle  dite  du  Concile,  il  s'assied 
sur  un  fauteuil,  placé  devant  une  table  de  pierre  appelée  mensura  Chrisli,  et  là  on 
chante  landes.  Après  cette  cérémonie,  le  pape  va  à  la  chapelle  de  Saint- Sylvestre. 
Devant  la  porte  de  cette  chapelle,  il  y  a  deux  sièges  de  porphyre  qui  sont  percés  (ce 
sont  des  sièges  antiques  de  thermes  romains,  selon  Mabillon,  Pagi  et  divers  archéo- 
logues); le  pape  s'assied  dans  le  premier,  et  le  prieur  de  Latran  vient  lui  offrir  à 
genoux  une  férule,  symbole  de  la  correction  et  du  gouvernement,  ainsi  que  les  clefs 
de  l'église  et  du  palais,  pour  marquer  le  pouvoir  qu'il  a  de  fermer  et  d'ouvrir,  de  lier 
et  de  délier.  Le  pape  s'assied  ensuite  sur  le  second  siège,  et  là  il  rend  au  chanoine  la 
férule  et  les  clefs.  Celui-ci  lui  attache  une  ceinture  tle  soie  rouge  où  pend  une  bourse, 
de  même  étoffe  et  couleur,  dans  laquelle  il  y  a  douze  sceaux  en  pierres  précieuses  et 
du  musc.  Alors  le  pontife  reçoit  de  son  camérier  une  poignée  d'argent  qu'il  jette  au 
peuple,  en  disant  :  Dispersit,  dedil  pauperibus  (Il  a  répandu  ses  biens  sur  les  pau- 
vres), etc.  Le  pape  va  faire  ensuite  sa  prière  à  l'église  de  Saint-Laurent,  dite  Sancla- 
Sanclorum;  puis,  il  est  ramené  à  la  chapelle  de  Saint-Sylvestre.  Il  quitte  la  mitre,  les 
gants,  le  pallium ,  la  planète,  et,  ayant  pris  le  pluvial  et  la  mitre  simple,  il  se  place  sur 
un  trône,  devant  lequel  les  cardinaux  viennent  s'incliner  profondément,  en  présentant 
leur  mitre  ouverte,  dans  laquelle  le  souverain  pontife  jette  deux  pièces  d'or  et  deux 
pièces  d'argent;  puis,  il  leur  donne  sa  main  à  baiser.  Les  autres  prélats  font  une  génu- 
flexion, reçoivent  dans  l'ouverture  de  leur  mitre  une  pièce  d'or  et  une  d'argent,  et 
baisent  le  genou  droit  du  pape.  Ceux  qui  ne  sont  ni  archevêques  ni  évêques  reçoivent 
l'argent  clans  la  main  et  baisent  les  pieds  de  Sa  Sainteté.  Ces  dons  s'appelaient  presby- 
leria,  parce  qu'ils  n'étaient  faits  qu'aux  prêtres. 

Le  pape,  après  cette  cérémonie,  donnait  ordinairement  un  grand  festin  au  palais  de 
Latran,  tant  aux  cardinaux  qu'aux  autres  prélats  et  grands  personnages;  il  y  assistait 
sur  un  siège  élevé,  la  mitre  en  tète  et  dans  son  costume.  Des  vases  d'or  et  d'argent  cou- 
vraient les  tables,  et  rien  n'égalait  la  magnificence  de  ce  festin.  Douze  cardinaux 
reconduisaient  ensuite  le  pontife  à  sa  chambre,  où  il  se  reposait;  puis,  le  cortège  se 
mettait  en  marche  pour  le  retour,  éclairé  par  les  feux  resplendissants  des  illuminations. 
Le  consistoire  est  le  conseil  du  pape,  qui  le  convoque  quand  il  lui  plaît,  et  d'ordi- 
naire, après  son  avènement,  pour  remercier  le  sacré  collège.  Le  pape  tient  consis- 
toire, pour  recevoir  les  souverains  et  les  ambassadeurs,  pour  proposer  la  canonisation 
de  quelque  saint,  la  création  de  nouveaux  cardinaux,  et  traiter  enfin  toutes  les  affaires 
importantes.  C'est  le  premier  tribunal  de  Home.  Lorsque  le  pape  va  tenir  consistoire 
public,  il  porte  la  mitre  précieuse,  ainsi  que  l'amict,  la  ceinture,  l'aube,  l'étole,  le 
pluvial  rouge,  et  marche,  précédé  de  la  croix  et  des  cardinaux.  11  se  place  sur  un 
trône  à  Mois  gradins  couverts  d  etarlate.  et  dont  le  siège,  ainsi  que  le  dais,  sont  de 
drap  d'or.  Celle  assemblée  se  réunit  dans  la  grande  salle  du  palais  apostolique.  Les 
archevêques,  évêques  et  tous  les  prêtais  se  placent  sur  les  degrés  du  trône,  et,  avec 


ET  LA  RENAISSANCE, 
eux,  sur  le  dernier,  les  sous-diacres,  les  auditeurs,  les  clercs  de  la  chambre  et  les 
acolytes,  tous  avec  leurs  chapes  de  laine.  Les  officiers  ecclésiastiques  de  la  cour  du 
pape  (curiales  logali)  s'asseyent  h  terre,  sur  des  coussins,  entre  les  sièges  des  car- 
dinaux ;  les  cubiculaires  et  les  secrétaires,  avec  leur  capuce ,  s'asseyent  aussi  au  milieu 
d'eux,  sur  le  plancher  même  de  la  salle.  Les  neveux  du  pape,  s'il  en  a ,  et  les  princes 
qui  peuvent  s'y  trouver,  se  tiennent  aux  deux  côtés  du  trône  :  à  la  droite,  sont  les 
ambassadeurs  et  les  principaux  nobles,  entre  les  degrés  et  la  muraille;  à  gauche, 
les  autres  gentilshommes  et  les  officiers  de  la  maison  du  pape.  Les  avocats  consistoriaux 
se  placent  derrière  les  cardinaux-diacres,  et  les  procureurs  des  princes,  avec  le  pro- 
cureur fiscal,  derrière  les  évèques.  La  garde  du  pape  occupe  le  passage  qui  conduit 
au  trône;  le  maître  du  sacré  palais  se  tient  devant  les  gardes,  a  l'extrémité  du  rang 
des  cardinaux-prêtres;  les  clercs  des  cérémonies  sont  en  tète  du  rang  des  diacres. 

Lorsque  le  consistoire  a  lieu  pour  des  causes  judiciaires  seulement,  l'avocat  propo- 
sant se  lient,  derrière  les  cardinaux-prêtres,  en  face  du  pape  :  il  expose  la  cause  et  jette 
sa  requête  (in  terrain  projicil),  du  côté  des  officiers  ecclésiastiques,  qui  la  prennent  et 
la  remettent  au  vice-chancelier.  Si  un  avocat  défendeur  veut  répondre,  il  le  peut.  Enfin, 
lorsque  le  consistoire  est  fini ,  le  pontife,  soutenu  par  les  deux  plus  anciens  cardinaux  - 
diacres,  se  lève  et  s'en  retourne  dans  le  même  ordre  qu'il  est  venu. 

Le  consistoire  secret  se  tient  dans  quelque  chambre  écartée  du  palais.  Le  trône  pon- 
tifical n'a  pas  de  dais  ni  de  degrés;  il  a  seulement  un  grand  et  un  petit  marchepied. 
Le  siège  cependant  est  couvert  de  drap  d'or;  mais  les  bancs  des  cardinaux  sont  sim- 
plement peints  en  rouge  avec  les  armes  du  pape.  S'il  est  question  d'une  promotion  de 
cardinaux  ou  de  prélats,  le  pape  se  rend  au  consistoire,  avec  le  pluvial  (pahidalus)  et  la 
mitre.  Dans  les  autres  affaires,  il  n'a  que  son  rochel  et  le  petit  capuce.  Lorsque  l'on 
traite  les  affaires,  tout  le  monde  soit,  excepté  les  cardinaux.  Le  pontife  fait  ses  propo- 
sitions, et  chacun  se  lève  à  son  tour  pour  exprimer  son  vote.  Le  pape  décide  d'après 
l'avis  de  la  majorité  des  cardinaux  présents. 

Le  mot  cardinal,  qui  veut  dire  :  premier,  principal,  parait  dériver  du  latin  carda, 
qui  signifie  :  gond,  pivot,  sur  lequel  s'appuie  et  tourne  une  chose;  de  là  l'emploi  de 
ce  mot  au  figuré.  On  appelait  cardinaux,  dans  l'origine,  les  curés  des  principales 
paroisses  de  Rome,  les  évèques  suburbicaires,  suflragants  du  patriarcat  de  Rome  : 
leur  nombre  s'augmenta  des  titulaires  de  diaconies ,  qui  étaient  des  chapelles  jointes 
;i  des  hôpitaux  desservis  par  des  diacres;  puis,  des  prêtres  attachés  à  de  simples 
oratoires  :  d'où  sont  venus  les  litres  de  cardinaux-évèques  et  de  cardinaux-diacres  ou 
prêtres (Thomassin ,  Disciplina'  ceci.,  III  pars,  lib.  II).  Il  y  avait,  en  plusieurs  lieux, 
des  curés  à  qui  l'on  donnait  le  litre  de  cardinal  en  certaines  circonstances;  ainsi,  les 
curés  d'Angers,  assistant  leur  évéque  dans  les  solennités,  s'intitulaient  cardinaux.  Dans 
les  premiers  temps,  les  cardinaux  avaient  rang  après  les  évèques;  mais  ils  reprirent 
leur  prééminence  sur  ceux-ci  au  onzième  siècle.  Leur  nombre  a  varié  jusqu'en  1586, 
où  Sixte  Vie  fixa  à  soixante  dix,  partagés  en  trois  ordres,  savoir  :  six  cardinaux- 
Itanns-  [IQUES.  Fol.  XIII. 


LE   MOYEN    AGE 
évèqucs,  cinquante  cardinaux- prêtres  et  quatorze  cardinaux-diacres.  Innocent  IV,  en 
1245,  leur  donna  le  chapeau  rouge,  et  Boniface  VIII,  en  1294,  la  pourpre.  Paul  II, 
en  1464,  régla  que,  dans  les  cérémonies  où  ils  paraissent  à  cheval,  chacun  d'eux  en 
monterait  un  blanc,  dont  la  bride  serait  dorée. 

Bien  qu'au  pape  appartînt  le  droit  d'élever,  quand  il  le  voulait,  à  la  dignité  de  car- 
dinal ceux  qu'il  en  jugeait  dignes,  cependant  l'usage  était  qu'il  proposât  leur  promo- 
tion à  l'époque  des  Qualre-Temps  et  qu'il  la  soumit  au  consentement  de  la  majorité 
du  sacré  collège.  Plus  anciennement,  cette  promotion  était  publiée  et  annoncée  au 
peuple,  par  un  lecteur,  du  haut  de  Vambon  ou  jubé;  c'était  une  véritable  publication 
de  bans,  afin  que  si  quelqu'un  avait  opposition  à  y  mettre,  il  en  fit  connaître  les  motifs. 

Nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  citer  ici  la  traduction  textuelle  d'un  passage  du 
curieux  journal  de  Jean  Burchard,  maître  des  cérémonies  de  la  chapelle  du  pape 
Alexandre  VI,  pour  décrire  la  promotion  d'un  cardinal  au  quinzième  siècle. 

»  Le  vendredi  16  janvier  (  1495),  le  pape  se  fit  porter  du  château  Saint- Ange  au 
palais  apostolique.  Le  roi  (Charles  VIII),  apprenant  son  arrivée,  vint  à  sa  rencontre 
jusqu'à  l'extrémité  du  second  jardin  secret:  dès  qu'il  aperçut  le  saint,  Père,  il  s'arrêta, 
éloigné  de  Sa  Sainteté  l'espace  de  deux  cannes,  et  mit  deux  fois  de  suite  le  genou  en 
terre,  ce  que  le  pape  feignit  de  ne  pas  voir.  Le  roi  s'approchait  pour  faire  une  troi- 
sième génuflexion,  lorsque  le  pape  se  découvrit,  s'avança  vers  lui ,  et,  l'empêchant  de 
s'agenouiller  de  nouveau ,  l'embrassa.  Tous  deux  demeurèrent  la  tète  nue.  Ainsi,  le 
roi  ne  baisa  ni  le  pied  ni  la  main  de  Sa  Sainteté.  Le  pape  refusa  de  se  couvrir  avant  le 
roi;  enfin  ils  se  couvrirent  ensemble,  le  pape  portant  la  main  au  chapeau  du  roi  pour 
l'obliger  à  le  mettre.  Dès  que  le  roi  eut  été  reçu  par  le  pape,  comme  nous  venons  de  le 
dire,  il  pria  Sa  Sainteté  d'élever  au  cardinalat  l'évêque  de  Saint -Malo  (Guillaume  Bri- 
connet,  premier  ministre  de  Charles  VIII,  etson  conseiller).  Le  pape  y  consentit,  et 
me  donna  ordre,  à  cet  effet,  de  lui  procurer  une  robe  et  un  chapeau  de  cardinal;  le 
cardinal  Valentin  prêta  la  robe,  et  on  apporta  un  chapeau,  du  palais  du  révérendis- 
sime  cardinal  de  Sainte- Anastasie.  Le  roi,  pensant  qu'on  devait  procéder  de  suite  «à 
la  cérémonie,  me  demanda  où  et  comment  elle  aurait  lieu.  Je  répondis  que  ce  serait 
dans  la  chambre  de  Papagallo,  où  sans  délai  le  pape  conduisit  le  roi  en  lui  donnant 
la  main.  Avant  d'y  entrer,  le  saint  Père  feignit  de  tomber  en  défaillance;  toutefois, 
étant  entré,  il  s'assit  sur  une  chaise  basse  qui  avait  été  placée  devant  la  fenêtre  :  le 
roi  était  près  de  lui  sur  un  escabeau  ,  mais  le  pape  lui  fit  apporter  aussitôt  une  chaise 
semblable  à  la  sienne.  Alors,  comme  je  représentai  fortement  au  saint  Père  qu'il  ne 
convenait  pas  de  procéder  ainsi  à  une  pareille  cérémonie,  il  prit  place  sur  la  chaise 
consistoriale  que  j'avais  fait  apporter,  suivant  la  règle.  Il  avait  auparavant  quitté 
son  bonnet  et  son  camail  rouge  pour  un  bonnet  et  un  camail  blanc,  et  il  avait  passé 
une  riche  étole.  On  apporta,  à  la  droite  du  pape,  un  siège  où  se  plaça  le  roi,  et. 
devant  et  derrière  ce  prince,  furent  disposés  en  cercle  les  sièges  où  s'assirent  les 
cardinaux,  comme  dans  un  consistoire.   Le  pape  ne  voulut  s'asseoir  qu'après  le  roi. 


ET    LA    RENAISSANCE. 

et  l'invita  de  la  main  à  s'asseoir  le  premier.  Ensuite  le  révérendissime  cardinal  de 
Naples  prit  place,  à  la  droite  du  pape,  contre  le  mur,  sur  un  escabeau,  comme  a  cou- 
tume de  s'asseoir  le  cardinal -diacre,  qui  est  à  la  droite  du  pape  quand  il  l'assiste  dans 
sa  chapelle.  Les  autres  cardinaux  prirent  leur  place ,  selon  l'ordre  du  consistoire ,  après 
lui  ou  un  peu  en  avant.  Ainsi,  le  roi  n'était  pas  sur  la  même  ligne  que  les  cardinaux, 
mais  devant  eux  ou  plutôt  au  milieu  d'eux.  Chacun  étant  assis,  le  pape  dit  que  tous  les 
cardinaux  lui  avaient  témoigné  naguère  le  désir  de  voir  élever  à  la  dignité  de  cardinal 
de  la  sainte  Église  romaine  le  révérendissime  évèque  de  Saint-Malo,  ce  dont  Sa  Majesté 
royale,  ici  présente,  le  priait  instamment,  et  ce  qu'il  était  prêt  à  faire  si  les  cardinaux 
y  consentaient.  Alors  le  révérendissime  cardinal  de  Naples  et  après  lui  tous  les  car- 
dinaux répondirent  d'un  commun  accord  que  non-seulement  ils  approuvaient  cette 
nomination,  mais  encore  qu'ils  suppliaient  Sa  Sainteté  d'avoir  .égard  en  cela  au  bon 
plaisir  du  roi.  En  conséquence,  je  fis  venir  ledit  seigneur  évêque  de  Saint-Malo,  qui 
aussitôt  quitta  son  manteau,  son  camail  et  son  bonnet  noir;  alors,  ayant  été  revêtu 
de  la  chape,  il  s'agenouilla  devant  le  pape,  qui,  s'étant  découvert,  le  créa  cardinal , 
suivant  la  formule  accoutumée  :  Auclorilale  Deiomnipotenlis,  etc.,  et  le  confirma  dans  la 
possession  de  l'église  de  Saint-Malo,  ainsi  que  des  monastères  et  des  bénéfices  dont  il 
jouissait  déjà.  L'évèque  baisa  le  pied  et  la  main  du  pape,  qui  le  releva  pour  l'embras- 
ser; alors,  l'évèque  s'étant  de  nouveau  agenouillé  devant  le  pape,  le  saint  Père  lui  mit 
sur  la  tête  le  chapeau  rouge  en  prononçant  les  paroles  d'usage.  Ensuite  l'évèque  de 
Saint-Malo  rendit  ses  actions  de  grâces  à  Sa  Sainteté,  qui  lui  dit  de  remercier  le  roi, 
aux  pieds  duquel  il  se  prosterna,  oubliant  son  titre  d'évêque  et  sa  nouvelle  dignité  de 
cardinal.  Enfin  il  se  releva  et  embrassa  tous  les  cardinaux.  L'évèque  de  Saint-Malo 
ayant  quitté  son  manteau ,  les  valets  de  chambre  Jacques  de  Casanova  et  François  Ala- 
bagne  se  l'approprièrent  sans  aucun  droit  et  h  mon  insu  ;  quant  au  camail  et  au  bon- 
net, ils  restèrent  entre  mes  mains.  Cependant  le  pape  se  leva  et  témoigna  le  désir  de 
reconduire  le  roi  jusqu'à  ses  appartements;  mais  le  roi,  ne  voulant  pas  le  souffrir,  fut 
accompagné  par  tous  les  cardinaux.  La  première  porte  du  palais  et  toutes  les  avenues 
furent  confiées  à  la  garde  écossaise,  qui ,  chargée  de  ce  service  auprès  du  prince,  ne 
laissait  entrer  que  les  Français  et  très -peu  des  nôtres.  » 

Afin  qu'un  cardinal  ne  mourût  sans  recevoir  les  sacrements,  les  médecins,  dès  qu'ils 
reconnaissaient  le  danger  de  mort ,  devaient,  sous  peine  d'excommunication ,  cesser  de 
lui  donner  leurs  soins  après  la  troisième  visite,  et  ne  les  continuer  que  sur  le  vu  d'un 
billet  de  son  confesseur,  constatant  que  le  malade  avait  rempli  ses  devoirs  religieux. 
Les  cérémonies  qui  avaient  lieu  à  la  mort  des  cardinaux  ne  diffèrent  de  celles  qui 
suivent  la  mort  du  pape,  que  par  une  moins  grande  pompe;  nous  ne  parlerons  donc  que 
de  ces  dernières.  Aussitôt  que  le  pape  est  mort,  les  cardinaux  viennent  l'un  après  l'au- 
tre le  visiter,  et  chacun  se  retire,  après  lui  avoir  donné  l'absoute.  Cette  cérémonie  ter- 
minée, on  transporte  le  défunt  dans  une  autre  chambre  :  on  le  rase  ;  le  corps  est  lavé  avec 
du  vin  blanc  chaud  et  des  aromates,  puis  embaumé.  Les  pénitenciers  le  revêtent  de  ses 

nv 


LE  MOYEN  AGE 
habits  ordinaires  jusqu'au  rochet,  et  ensuite  des  habits  pontificaux  de  couleur  rouge 
avec  la  mitre  simple.  «  Il  faut,  dit  Amélius,  que  le  camérier,  qui  soigne  le  pape  dans 
ses  derniers  moments,  ait  bien  l'attention  de  mettre  tout  ce  qui  appartenait  à  celui-ci , 
en  lieu  de  sûreté  et  à  l'abri  de  la  rapacité  des  domestiques.  »  En  effet,  Burchard  rap- 
porte qu'aussitôt  que  le  corps  de  Sixte  IV  fut  transporté  de  la  chambre  où  ce  pape 
était  mort  dans  celle  où  il  devait  être  lavé  et  embaumé,  en  un  moment  (unico  momenlo, 
ut  ila  dicam) ,  tout  fut  enlevé ,  au  point  qu'on  ne  put  trouver  un  vase  quelconque  pour 
y  mettre  le  vin  parfumé  qui  devait  servir  à  laverie  corps,  ni  une  serviette,  ni  une  che- 
mise blanche;  qu'enfin  le  barbier  Andréas  fut  obligé  de  prêter  un  bassin  de  sa  bou- 
tique, et  que,  comme  le  linge  manquait  pour  essuyer  le  corps,  il  fallut  bien  déchirer 
en  deux  la  chemise  que  le  défunt  portait  et  lui  laisser  les  braies  avec  lesquelles  il  était 
mort,  faute  de  pouvoir  en  changer. 

On  place  le  corps  sur  une  litière  couverte  de  drap  d'or  aux  armes  du  pape  et  de 
l'Église;  sous  la  tête  est  un  coussin  de  même  étoffe,  et  deux  autres  coussins  sont  aux 
pieds,  avec  deux  chapeaux  pontificaux. 

Si  le  pape  est  mort  dans  la  nuit,  les  pénitenciers  veillent  et  psalmodient  près  du 
défunt,  dans  la  chambre  de  Popagallo,  où  il  est  déposé.  A  l'heure  convenable,  le 
sous-diacre  apostolique,  en  chape  violette,  vient,  avec  la  croix,  accompagné  des 
chantres  de  la  chapelle,  chercher  le  corps,  que  les  pénitenciers  portent  dans  la  grande 
chapelle.  Les  estafiers  du  pape  et  les  gens  de  sa  maison  suivent  avec  des  cierges.  Les 
religieux  des  congrégations  et  des  couvents  se  succèdent  alors  pour  chanter  les  vêpres 
des  morts  et  donner  l'absoute;  puis,  le  pape  est  exposé  pendant  deux  ou  trois  jours 
dans  l'église  de  Saint -Pierre,  afin  que  le  peuple  puisse  le  visiter  et  lui  baiser  la  main. 
An  bout  de  ce  temps,  on  le  dépose,  durant  la  nuit,  dans  le  cercueil,  que  l'on  place  sous 
un  catafalque  appelé  castrum  dotoris,  de  chaque  côté  duquel  deux  palefreniers  agitent 
des  llabelles,  comme  pour  en  chasser  les  mouches,  même  en  hiver  {videanlur  abigere 
mttscas,  eliam  sillempus  hyemale,  dit  le  Cérémonial).  Les  obsèques  du  pape  durent  neuf 
jours,  pendant  lesquels  de  larges  aumônes  sont  distribuées  parle  camérier  et  le  tréso- 
rier de  la  chambre  apostolique.  Le  premier  jour,  on  dit  deux  cents  messes.  La  messe 
solennelle  est  chantée  par  le  premier  des  cardinaux -évèques;  on  y  entend  l'oraison 
funèbre  du  défunt,  et  cette  cérémonie  se  termine  par  l'absoute.  Pendant  la  neu vaine, 
cenl  messes  seulement  sont  dites  par  jour;  mais  ce  n'est  qu'au  premier  et  au  dernier 
jour  que  l'église  et  le  catafalque  sont  illuminés.  Chaque  jour,  après  la  messe  .  les  cardi- 
naux se  réunissent  dans  un  lieu  convenable  pour  s'occuper  du  choix  d'un  pape.  La 
neuvaine,  instituée  par  Grégoire  X,  pour  les  funérailles  des  pontifes ,  n'a  pas  toujours  été 
observée,  car  les  obsèques  de  Martin  IV,  mort  en  P2S.';,  ne  durèrent  que  trois  jours. 

Le  pape  ,  après  son  exaltation  et  lors  de  la  canonisation  d'un  saint,  accordait  ordi- 
nairement un  jubilé.  C'est  une  indulgence  plénière  obtenue  par  les  fidèles,  moyennant 
certaines  pratiques  de  dévotion.  Ce  jubilé  spécial  était  indépendant  des  jubilés  régu- 
liers qui  avaienl  lieu  a  des  époques  déterminées ,  mais  dont  l'intervalle  a  plusieurs  fois 


ET  LA  RENAISSANCE, 
varié.  L'origine  du  jubilé  remonte  à  Moïse.  Il  est  dit  au  chapitre  XXV  du  Lévitique  : 
«  Vous  compterez  aussi  sept  semaines  d'années  ,  sept  fois  sept  ans  ;  ces  sept  semaines 
faisant  quarante-neuf  ans.  Puis,  vous  ferez  sonner  du  cor,  le  dixième  jour  du  septième 
mois,  qui  est  le  jour  de  l'expiation  :  vous  ferez  retentir  le  son  de  la  trompette  dans 
tout  voire  pays.  Vous  sanctifierez  cette  année  qui  sera  la  cinquantième.  Cette  cin- 
quantième année  sera  pour  vous  celle  du  jubilé  et  vous  sera  sainte.  » 

Jubilé  dériverait  donc  de  l'hébreu  jobel,  qui  signifie  bélier.  D'anciens  vers  français 
rappellent  l'étymologie  hébraïque  du  nom  donné  à  l'année  sainte  : 

Jobel, Bélier,  l'an  jubilé, 
Le  cinquantième  est  appelé  ; 
Car,  pour  l'annoncer,  la  trompette 
De  sa  corne  seule  était  faite. 

Les  époques  des  jubilés,  jusqu'au  treizième  siècle,  sont  tout  à  fait  perdues  :  ce  qui 
parait  certain,  c'est  que  l'année  1300  vit  accourir  à  Rome  un  nombre  immense  de 
pèlerins  qui  venaient  y  visiter  les  tombeaux  des  Apôtres,  et  que  Boniface  VIII,  ayant 
appris,  de  la  bouche  d'un  vieillard  de  cent  sept  ans,  que  l'an  1200  il  y  avait  eu 
pareil  concours ,  statua  ,  par  une  bulle  ,  qu'un  jubilé  aurait  lieu  au  commencement  de 
chaque  siècle,  et  que  ceux  qui,  après  s'être  confessés  et  avoir  communié,  visiteraient 
les  saints  tombeaux,  gagneraient  une  indulgence  plénière.  Clément  VI  réduisit  la 
période  jubilaire  a  cinquante  ans;  Urbain  VI,  en  1389,  h  trente-trois  ans;  Paul  II,  à 
vingt-cinq. 

Boniface  VIII  désigna  comme  églises  de  stations  la  basilique  de  Saint- Pierre,  du 
Vatican,  et  celle  de  Saint-Paul  hors  des  murs,  sur  la  voie  d'Ostie;  Clément  VI  y 
joignit  Saint-Jean-de -Latran;  Grégoire  XI,  Sainte-Marie-Majeure. 

Les  plus  grands  personnages  se  rendaient  en  pèlerinage  h  Rome,  pour  prendre  part 
aux  stations  du  jubilé.  A  celui  de  1300,  on  vit  venir  Charles  de  Valois,  frère  de  Phi- 
lippe-le-Bel;  Charles  Martel,  roi  de  Hongrie;  à  celui  de  1475,  Ferdinand,  roi  de 
Naples;  Christian  Ier,  roi  de  Danemark  et  de  Norvège;  Charlotte,  reine  de  Chypre; 
Catherine,  reine  de  Bosnie;  Jean,  duc  de  Saxe;  à  celui  de  1575,  Torquato  Tasso  et 
le  saint  archevêque  de  Milan,  Charles  Borromée,  lequel,  suivant  l'exemple  donné 
par  Nicolas  V  et  plusieurs  cardinaux,  alla  nu-pieds  visiter  les  églises.  Ce  jubilé  offrit 
le  spectacle  d'une  magnifique  procession  figurant  le  triomphe  de  l'Église,  dont  le  char 
était  précédé  et  suivi  par  les  pénitents  île  Ninive  ,  les  Prophètes  ,  les  Apôtres,  les  Évan- 
gélistes,  les  Docteurs.  Celui  de  1000  eut  une  procession  à  peu  près  semblable  :  on  y 
représentait  les  mystères  de  l'Ancien  Testament,  le  sacrifice  d'Abraham,  l'échelle  de 
Jacob,  Judith  portant  la  tète  d'Holopherne,  outre  les  personnages  allégoriques  du 
précédent  jubilé.  Ces  processions  se  composaient  d'une  foule  prodigieuse  d'assistants. 
On  porte  h  cinquante  mille  le  nombre  des  individus  des  deux  sexes  qui  suivirent  la 
procession,  le  jour  de  la  fête  du  Saint- Bosairc  de  celte  même  année  1000.  Il  fallait 
Mœurs  et  Usages.  CÉRÉMONIES  ECCLÉSIASTIQUES.  Fol  XV. 


LE  MOYEN  AGE 
être  à  Rome,  afin  de  gagner  l'indulgence  plénière.  Pour  donner  une  idée  de  l'affluence 
des  pèlerins  qui  y  accouraient,  nous  dirons  qu'on  en  compta  jusqu'à  douze  cent  mille 
au  jubilé  de  1550;  mais,  à  la  fin  du  seizième  siècle,  les  pontifes  ayant  dispensé  les 
fidèles  de  visiter  la  capitale  du  monde  chrétien,  en  étendant  la  faveur  du  jubilé  à  tous 
les  pays  catholiques,  et  en  n'exigeant,  pour  le  pèlerinage,  que  les  stations  aux  églises 
désignées  par  les  Ordinaires  des  lieux,  le  nombre  des  pèlerins  diminua  considérable- 
ment à  Rome. 

A  Rome,  l'approche  du  jubilé  était  annoncée  par  un  auditeur  de  rote,  après  l'Évan- 
gile de  la  messe  solennelle,  le  jour  de  l'Ascension  ,  qui  précédait  l'ouverture  de  cette 
année  sainte,  dont  Alexandre  VI  inaugura  le  premier  le  cérémonial.  Aux  vêpres  de  la 
vigile  de  Noël,  le  pape,  revêtu  du  pluvial  et  couronné  de  la  mitre,  arrive  porté  sur  la 
sedia  geslaloria  jusqu'au  vestibule  de  Saint-Pierre.  Il  est  accompagné  du  sacré  collège 
et  tient  un  cierge,  comme  tous  les  cardinaux.  Là,  il  députe  des  légats  à  latere,  pour 
aller  ouvrir  les  portes  saintes  des  autres  basiliques;  puis,  s'approchant  de  la  dernière 
des  cinq  portes,  à  droite,  murée  depuis  l'année  révolue  du  dernier  jubilé,  il  chante 
l'antienne  Aperile  portas,  etc.,  et  donne  trois  coups  d'un  marteau  d'argent  dans  cette 
maçonnerie,  que  des  ouvriers  s'empressent  de  démolir  entièrement  et  dont  le  peuple 
se  dispute  les  débris.  Le  pape  alors,  la  croix  à  la  main  droite  et  le  cierge  dans  l'autre, 
entre  le  premier  dans  l'église  par  cette  porte ,  et  l'on  chante  le  Te  Deum.  La  clôture  de 
la  porte  sainte  se  l'ait,  avec  le  même  cérémonial,  aux  vêpres  de  Noël  de  l'année  sui- 
vante :  le  pape  prend  à  trois  reprises  un  peu  de  mortier  avec  une  truelle  d'argent, 
l'étend  sur  le  seuil,  et  le  recouvre  de  trois  pierres  en  y  ajoutant  plusieurs  médailles. 
Les  pèlerinages  étaient  fort  suivis  au  Moyen  Age.  Comme  exemple  du  zèle  que  l'on 
avait  pour  ces  dévotions,  l'abbé  Fleury  rapporte,  d'après  le  témoignage  de  saint 
Paulin,  que  l'on  pouvait  compter  plus  de  vingt  villes  ou  provinces  d'Italie,  dont  les 
habitants  venaient  tous  les  ans,  en  grandes  troupes,  avec  leurs  femmes  et  leurs 
enfants,  à  la  fête  de  Saint-Félix,  le  14  janvier,  nonobstant  la  rigueur  de  la  saison,  et 
cela  pour  un  seul  confesseur,  dans  la  ville  de  Noie  :  «  On  peut  juger,  continue -t- il, 
ce  que  ce  devait  être  à  Rome,  aux  fêtes  de  Saint-Hippolyte,  de  Saint-Laurent,  des 
Apôtres  saint  Pierre  et  saint  Paul;  on  y  venait  de  fort  loin  et  en  tout  temps.  » 

Les  pèlerinages  les  plus  célèbres  étaient  ceux  de  la  Terre-Sainte,  la  visite  des  tom- 
beaux des  Apôtres,  le  voyage  de  Notre-Dame  deLorelte,  celui  de  Saint- Jacques  de 
Compostelle.  «  Dès  que  l'Église  a  été  en  paix,  dit  le  P.  Lebrun,  on  a  fait  beaucoup  de 
processions  pour  aller  au  tombeau  des  martyrs,  pour  transporter  leurs  reliques,  poui 
faire  aller  les  fidèles  tous  ensemble,  les  jours  de  jeûne,  aux  lieux  de  stations,  et  y 
demander  des  grâces  particulières.  »  Ces  confréries  mêlèrent  souvent  à  leurs  proces- 
sions des  représentations  de  mystères  et  de  pieuses  farces,  qui  ne  tardèrent  pas  à 
dégénérer  en  licence  et  en  abus  les  plus  monstrueux.  Il  suffit  de  citer  la  procession 
qui  se  faisait  à  Nivelle,  le  lendemain  de  la  Pentecôte,  en  l'honneur  de  sainte  Ger- 
trude,  patronne  de  la  ville,  procession  où  une  jeune  fille,  assise  en  croupe  derrière 


ET  LA  RENAISSANCE, 
un  cavalier,  jouait  le  personnage  delà  sainte,  tandis  que,  devant  elle,  un  jeune 
homme  alerte,  remplissant  celui  du  diable,  faisait  mille  sauts  et  mille  cabrioles,  afin 
de  lâcher,  par  ses  gestes  bouffons ,  de  faire  rire  la  prétendue  sainte,  laquelle  de  son 
côté  s'efforçait  de  conserver  la  gravité  qui  convenait  à  son  caractère;  —  la  procession 
de  Courtrai,  le  vendredi-saint,  où  un  pauvre  homme  recevait  vingt-cinq  livres,  de  la 
ville,  pour  représenter  les  souffrances  du  Sauveur,  et  se  soumettait  non-seulement  à 
porter  par  les  rues  une  lourde  croix,  mais  encore  à  subir  réellement  les  coups  et  les 
tourments  que  lui  infligeaient  six  capucins  d'un  côté,  et  six  récollets  de  l'autre,  fai- 
sant l'office  de  bourreaux;  —  la  procession  de  Bruxelles,  où  semblable  représentation 
avait  lieu,  ainsi  que  l'imitation  du  crucifiement,  dans  l'église  des  Augustins;  —  la 
procession  de  Venise,  le  même  jour  aussi;  —  celle  des  Disciplinaires  et  de  la  Fête- 
Dieu,  en  Espagne,  où  s'alliaient  aux  cérémonies  de  la  religion  les  pantomimes  les  plus 
burlesques  et  les  plus  inconvenantes;  —  celle  du  Rosaire,  à  Venise,  dont  l'invention 
est  attribuée  aux  dominicains...  Mais  nous  n'avons  pas  à  décrire  ces  ridicules  niome- 
ries  qui  ne  sont  point  du  nombre  des  Cérémonies  ecclésiastiques  et  qui  n'auraient 
jamais  dû  s'y  trouver  mêlées. 

La  procession  des  Palmes  ou  des  Rameaux,  qui  a  lieu  le  dimanche  avant  la  fête  de 
Pâques  pour  rappeler  l'entrée  de  Jésus-Christ  à  Jérusalem,  était  depuis  longtemps  en 
usage  dans  l'Orient,  quand,  vers  le  sixième  ou  septième  siècle,  elle  fut  aussi  adoptée 
par  l'Église  latine.  Ce  dimanche  reçut  des  dénominations  différentes  :  les  uns  lui 
donnaient  le  nom  d'Hozanna,  en  souvenir  des  acclamations  du  peuple  de  Jérusalem; 
d'autres,  celui  de  dimanche  des  Indulgences ,  h  cause  des  indulgences  que  l'Église 
distribuait  à  l'occasion  de  cette  grande  fête.  On  l'appelait  aussi  la  Pdque  des  compétents, 
parce  que  ce  jour-là  les  catéchumènes  allaient  tous  ensemble  demander  (compelere) 
le  baptême,  que  l'on  administrait  le  samedi  suivant,  et  entendre  le  Symbole,  selon  la 
prescription  du  concile  d'Agde,  en  500  (ut  Symbolum  anle  oclo  dies  Paschœ  compelen- 
tibus  prœdicelur,  Can.  XIII);  ou  bien,  le  jour  des  têtes  lavées  (capitalivium) ,  parce 
que  la  coutume  était  alors,  dit  saint  Isidore,  et  après  lui  Alcuin,  de  laver  la  tète  des 
enfants  qui. devaient  recevoir  l'onction;  enfin,  Amalaire  et  d'autres  écrivains  lui  don- 
nent le  nom  de  jour  des  Rameaux  de  palmiers.  A  cette  procession,  du  temps  d'Alcuin 
(huitième  siècle),  deux  piètres  en  aube  portaient  en  grande  pompe,  sur  une  espèce 
de  civière  richement  ornée  et  entourée  de  palmes,  le  texte  sacré  de  l'Évangile. 
D'après  les  statuts  de  Lanfranc,  archevêque  de  Cantorbéry  au  onzième  siècle,  le  corps 
du  Christ  devait  y  être  porté  également.  Le  chroniqueur  anglais  Matthieu  Paris,  dans 
la  Vie  des  abbés  du  monastère  de  Saint- Alban,  décrit  le  vase  ou  l'écrin  ,  élégamment 
travaillé  par  l'abbé  Simon,  et  destiné  à  contenir  l'hostie  à  la  procession  des  Hameaux. 
Cette  procession  se  dirigeait  vers  quelque  église  ou  lieu  de  station,  et  là,  après  la 
lecture  de  l'Évangile,  on  bénissait  et  distribuait  les  rameaux.  L'usage  ordinaire  était 
que  les  cendres  employées  pour  la  cérémonie  du  premier  mercredi  de  carême  pro- 
vinssent de  ces  rameaux  brûlés. 

XVI 


LE    MOYEN    AGE 

Robert,  évoque  de  Liège,  jugea  qu'il  y  avait  beaucoup  de  convenance  à  célébrer 
l'institution  de  l'Eucharistie  d'une  manière  plus  solennelle  qu'on  ne  pouvait  le  faire  le 
jeudi-sain I,  l'Église  étant  occupée  ce  jour-là  à  la  réconciliation  des  pénitents  et  à  plu- 
sieurs autres  fonctions  qui  l'empêchent  d'honorer  uniquement  ce  mystère:  il  ordonna, 
par  un  statut  de  l'an  1249,  que,  tous  les  ans,  la  fête  du  Corps  du  Christ  serait  célé- 
brée le  jeudi  après  la  semaine  de  la  Pentecôte,  et  il  composa  l'office  de  cette  fête, 
qu'Urbain  IV,  en  1262,  étendit  h  toute  la  chrétienté.  La  ville  d'Angers,  oùBérenger 
de  Tours,  archidiacre ,  au  commencement  du  onzième  siècle,  avait  publié  ses  erreurs 
contre  les  mystères  de  l'Eucharistie  et  de  la  transsubstantiation,  tint  à  honneur  de  se 
distinguer  parmi  toutes  les  Églises  et  de  protester  contre  cette  hérésie  par  la  magni- 
ficence de  la  procession  des  Rameaux. 

La  procession  appelée  Litanies  majeures ,  créée  par  Pelage  II,  doit  son  origine  à  une 
peste  qui  désola  Rome,  en  389,  à  la  suite  d'une  inondation;  c'est  cette  même  peste 
dont  les  symptômes  diagnostiques  se  révélèrent  par  une  suite  d'éternuements  :  de  là  est 
venue  la  coutume  de  dire  à  quelqu'un  qui  éternue  :  «  Dieu  vous  bénisse!  ■>  Pelage  fut 
lui-même  victime  de  l'épidémie,  avec  soixante-dix  personnes,  au  milieu  de  la  pro- 
cession qu'il  avait  ordonnée  pour  apaiser  la  colère  de  Dieu.  Saint  Grégoire -le -Grand , 
qui  succédait  à  ce  pape,  décida  que  semblable  cérémonie  serait  renouvelée  tous  les  ans, 
le  25  avril.  Il  parait  que,  dans  certains  diocèses,  le  lieu  de  la  station  était  fort  éloi- 
gné, et  qu'après  la  messe  les  fidèles  faisaient  un  frugal  repas  d'œuls  et  de  comestibles 
maigres  dont  ils  avaient  eu  soin  de  s'approvisionner;  on  revenait  ensuite  à  l'église 
paroissiale. 

Saint  Mamert,  archevêque  de  Vienne  en  Dauphiné,  avait  institué  dans  son  diocèse, 
en  474,  la  procession  des  Rogations  (dite  depuis  Litanies  mineures,  pour  la  distinguer 
de  celle  dont  nous  venons  de  parler),  afin  de  remercier  Dieu  d'avoir  délivré  ce  pays 
des  fléaux  qui  le  désolaient  et  des  bêtes  féroces  qui  y  commettaient  d'horribles  rava- 
ges. Elle  se  faisait  pendant  les  trois  jours  qui  précèdent  l'Ascension,  et  elle  lut  ordon- 
née par  toute  la  France,  en  5  H,  parle  concile  d'Orléans;  mais,  à  Rome,  l'usage  n'en 
commença  que  vers  la  fin  du  huitième  siècle  sous  le  pape  Léon  III.  On  portait,  en 
tête  de  cette  procession,  dit  Guillaume  Durand  dans  son  nationale divinorum  o/fîciorum, 
un  énorme  serpent  ou  dragon ,  de  bois  ou  de  carton  peint,  qui  avait,  pendant  les  deux 
premiers  jours,  la  gueule  ouverte,  mais  qui  la  Ici  niait,  le  troisième  jour,  comme 
marque  de  défaite,  et  cette  fois  le  dragon  ne  venait  plus  que  derrière  la  procession. 
A  Rouen,  on  promenait  ainsi  deux  grands  serpents,  appelés  Gargouilles  parle  peu- 
ple. Il  en  était  de  même  à  Paris,  à  Laon ,  à  Provins  et  dans  beaucoup  d'autres  villes. 
On  niellait  quelquefois  des  fusées  dans  la  gueule  et  les  yeux  de  ces  monstres;  les  acci- 
dents qui  en  résultèrent  ont  contribué,  plus  encore  que  les  défenses  de  l'autorité  épis- 
copale,  à  faire  abandonner  l'usage  des  pièces  d'artifice  dans  ces  processions. 

Quant  aux  fêtes  ou  jours  fériés  de  l'Église  qui  donnaient  lieu  à  des  Cérémonies 
ecclésiastiques,  leur  nombre  était  considérable  au  Moyen  Agi'.  Le  concile  de  Mayence. 


LE    MOTEN    AGE    KT    LA    RENAISSANCE 


Cérémonies  religieuses 


K.  Sere  et  R<tcioel  del 


PROCESSION    DE    RELIQUES. 

Fac-similé  d'une  miniature  d'un  missel  exécuté,  entre  Hi9  et  (456,  par  Jacques-Juvénal  des  Ursms,  pair  de  France 
(Collection  de  M.  Debruge-Duménil.) 

L'édifice  tendu  de  driperiej  e>l  la  Maison  oui  Piliers  ,  iDCien  llntel-de-l'ille  de  Pjns 


F.  Sere  dîreul 


ET  LÀ   RENAISSANCE. 

en  813,  ordonna  de  célébrer  les  suivantes  :  Pâques  et  tonte  la  semaine,  l'Ascension, 
la  Pentecôte  et  toute  la  semaine,  Saint-Pierre  et  Saint-Paul,  Saint- Jean-Baptiste,  l'As- 
somption, la  Dédicace,  Saint-Michel,  Saint-Remi,  Saint-Martin,  Saint-André,  Noël  et 
les  quatre  jours  suivants,  la  Circoncision ,  l'Epiphanie,  la  Purification,  et  les  anniversai- 
res de  tous  les  saints  dont  on  a  des  reliques.  Nous  nous  bornerons  h  parlerdes  fêtes  qui 
présentaient  quelques  singularités.  On  appelait  autrefois  Pâques  toutes  les  grandes  fêtes; 
celle  de  la  Résurrection  était  la  grande  Pâque,  et  l'on  disait  aussi  Pâques  de  la  Nativité, 
de  l'Epiphanie,  de  l'Ascension,  de  la  Pentecôte.  On  se  préparait  à  la  célébration  de  la 
grande  Pâque,  en  se  purifiant  le  corps  par  des  bains ,  comme  symbole  du  soin  que  l'on 
devait  prendre  de  purifier  son  âme  de  toute  souillure;  on  se  coupait  les  cheveux  et 
la  barbe,  en  signe  de  retranchement  des  vices  et  de  la  déposition  du  vieil  homme, 
selon  les  expressions  de  Guillaume  Durand  dans  son  Ralionale. 

Cette  fête  donnait  lieu,  dans  certaines  églises,  à  des  représentations  par  person- 
nages du  mystère  même  de  la  Résurrection.  On  allait  en  procession  à  un  tombeau 
figuré  dans  un  roc;  là  on  trouvait  trois  femmes  et  plusieurs  hommes  en  costume, 
faisant  les  rôles  des  trois  Marie  et  des  disciples  Jean  et  Pierre,  ainsi  que  des  anges 
qui  s'entretenaient  avec  eux.  Tous  les  acteurs  revenaient  avec  la  procession,  et  on 
entonnait  le  Te  Deum.  Le  sieur  de  Moléon ,  dans  ses  Voyages  liturgiques,  parle  d'une 
semblable  représentation  scénique,  qui  se  célébrait  aussi,  le  jour  de  Pâque,  dans  la 
cathédrale  d'Orléans  :  o  Rien  n'y  manquait,  dit-il;  il  y  avait  jusqu'aux  soldats  qui 
avaient  gardé  le  sépulcre,  et  qui  terminaient  toute  la  cérémonie  en  rompant  leurs 
lances  ou  piques  à  la  troisième  stalle  d'auprès  M.  le  chantre,  et  allaient  par  toute 
l'église,  avec  leurs  épées  nues;  après  quoi,  le  sous-doyen  commençait  le  Te  Deum  ; 
ce  jour-là,  on  portait  deux  croix  aux  processions,  tant  de  la  messe  que  des  vêpres.» 
Un  ancien  manuscrit  de  l'église  de  Saint- Benoit-sur-Loire  nous  transmet  un  mystère 
analogue,  avec  les  paroles  et  le  rôle  assignés  à  chacun  des  personnages  de  ce  drame 
religieux. 

La  procession  qui  précède  la  messe  du  jeudi  de  X Ascension,  en  commémoration  de 
la  marche  des  disciples  du  Sauveur  vers  la  montagne  d'où  il  s'éleva  au  ciel  en  leur 
présence,  est  de  la  plus  haute  antiquité.  Pendant  plusieurs  siècles,  il  y  eut  pareille 
procession  tous  les  jeudis  de  l'année,  dans  la  même  intention.  Les  pèlerins  accou- 
raient en  foule  pour  assister  à  la  célébration  de  cette  fêle  dans  l'église  que  sainte 
Hélène,  mère  de  Constantin,  avait  fait  construire,  au  commencement  du  quatrième 
siècle,  à  l'endroit  même  où  s'était  accompli  le  mystère,  et  pour  vénérer  l'empreinte 
des  pieds  de  Jésus-Christ,  qui  restait  gravée  dans  la  pierre  sur  laquelle  il  les  avait 
posés. 

La  Pentecôte  ou  Pâque  des  roses  (Pasqua  rôsata),  regardée  par  Eusèbe  comme  la 
plus  grande  de  toutes  les  fêtes ,  offrait ,  au  Moyen  Age,  le  même  mélange  dramatique  et 
religieux.  A  la  messe  de  ce  jour,  pendant  le  Vent  sancte  Spirilus,  en  beaucoup  d'églises, 
on  sonnait  tout  à  coup  de  la  trompette,  pour  imiter  le  grand  bruit  qu'entendirent  les 

XVII 


LE   MOYEN    AGE 

apôtres  lorsque  le  Saint-Esprit  descendit  sur  eux;  et,  pour  continuer  l'imitation  du 
mystère,  des  langues  de  feu  tombaient  du  haut  de  la  voûte  et  venaient  expirer  au- 
dessus  des  fidèles;  ou  bien,  c'était  une  pluie  de  feuilles  de  roses  rouges,  et  on  lâchait 
des  colombes,  symboles  du  Saint-Esprit,  qui  voltigeaient  dans  l'église. 

On  s'accorde  à  penser  que  les  apôtres  ne  commencèrent  à  offrir  le  sacrifice  de  la 
messe  (missa)  qu'à  partir  du  jour  de  la  Pentecôte,  où  les  promesses  (promissa)  de 
Jésus-Christ  se  trouvèrent  entièrement  accomplies. 

Le  nom  de  messe,  qui  signifie  en  latin  renvoi,  congé,  fut  donné  aux  saints  mystères, 
parce  que,  dans  l'origine,  au  moment  de  leur  célébration,  les  fidèles  seuls  demeu- 
raient, tandis  que  l'on  renvoyait  les  catéchumènes,  ainsi  que  l'exprime  saint  Augus- 
tin :  ((  Post  sermonem  fit  missa  calechumenis,  manebunt  fidèles.  »  Gilb.  Génébrard,  dans 
son  Traité  de  la  Liturgie,  décrit  en  ces  termes  l'ordre  de  la  messe,  «  selon  l'usage  et 
»  forme  des  aposlres  et  de  leur  disciple  sainct  Denys,  apostre  des  François  : 

»  MYSTERJUM    SYNAXIS. 

»  La  messe  des  catéchumènes ,  ou  première  partie  de  la  messe. 

»  Le  hiérarque,  ayant  parachevé  sa  divine  prière  auprès  du  saint  autel ,  commence 
»  à  l'encenser,  et  en  continuant  cette  action,  passe  tout  a  l'entour  du  lieu  sacré. 

»  Estant  de  retour  au  saint  autel,  il  commence  de  rechef  à  psalmodier,  et  tout  l'or- 
»  dre  ecclésiastique  chante  avec  lui  les  sacrés  versets. 

»  Puis  après,  les  ministres  récitent  par  ordre  quelques  leçons  des  saintes  Écritures. 
»  Et  cela  l'ait,  les  catéchumènes,  ensemble  les  possédez  et  tourmentez  de  mauvais 
»  esprits  avec  ceux  qui  font  pénitence  publique,  sont  mis  hors  du  saint  lieu;  y  demeu- 
»  rent  seulement  ceux  qui  méritent  d'assister  et  de  participer  au  divin  sacrifice. 

»  La  messe  des  fidèles,  ou  bien  la  seconde  partie  de  la  messe. 

»  Au  surplus,  quelques  ministres  se  tiennent  près  des  portes  fermées,  les  autres  font 
»  quelque  autre  charge  particulière,  et  certains  ministres  esleuz  avec  les  prebstres  pré- 
»  sentent  sur  le  sacro-saint  autel  le  pain  sacré  et  le  calice  de  bénédiction,  ayant  pré- 
»  cédé  par  forme  de  confession  l'Hymne  et  Louange  catholique. 

»  Après  cela ,  le  divin  hiérarque,  parachevant  sa  prière  sacrée,  annonce  la  sainte 
»  paix  à  tous.  S'esta nt  tous  réciproquement  entre-saluez ,  on  récite  la  mystique  com- 
»  inémoration  des  saintes  tablettes.  Puis,  le  hiérarque  et  ses  prebstres  ayant  lavé  leurs 
»  mains,  il  se  place  au  milieu  du  saint  autel. 

»  Au  reste,  seulement  les  ministres  choisis  l'environnent  avec  les  prebstres  et  le 
o  pontife;  après  avoir,  avec  hymnes  et  cantiques,  honoré  et  célébré  les  divins  présens 
»  ou  offrandes,  il  consacre  les  sacro-saints  et  très-augustes  mystères,  proposant  à  la 
»  veue  des  assistants  et  inonstrant  les  divins  présens  cachez  soubs  les  vénérables  signes 
»  et  espèces,  après  qu'il  les  a  auparavant  célébrez  par  hymnes  et  louanges. 


ET    LA    RENAISSANCE. 

»  En  après,  il  se  prépare  et  dispose  à  la  sacrée  communion  et  réception  d'iceux,  et 
»  invite  les  autres  à  les  recevoir. 

»  Finalement,  ayant  receu  et  distribué  la  divine  communion,  il  rend  grâce  à  Dieu 
»  et  impose  fin  aux  mystères.  »  (Édit.  de  1592,  pag.  85,  chap.  xm.) 

Comme  on  vient  de  le  voir,  à  la  première  partie  de  la  messe,  dite  des  catéchumènes, 
c'est-à-dire  ceux  que  l'on  instruisait  à  la  foi  avant  de  leur  donner  le  baptême,  on 
admettait  les  possédés  ou  énergumènes  et  les  pénitents.  Après  le  chant  de  l'Évangile  ou 
après  la  prédication ,  s'il  y  en  avait,  le  diacre  disait  à  haute  voix  :  «  Que  les  catéchisés, 
possédés  et  pénitents  sortent  en  paix  !  » 

Il  y  avait  quatre  classes  de  pénitents  :  celle  des  pleurants,  lesquels  se  tenaient  à  la 
porte  de  l'église  sans  pouvoir  en  franchir  le  seuil,  et  se  voyaient  réduits  à  réclamer 
les  prières  des  fidèles  qui  entraient;  celle  des  écoutants,  auxquels  on  permettait  l'en- 
trée de  la  partie  de  l'église  appelée  nx^vl  ou  férula ,  sorte  de  vestibule  obscur,  entre 
la  porte  extérieure  et  la  nef,  pour  y  entendre  la  lecture  des  livres  saints  et  les 
instructions;  les  pénitents  prosternés,  sur  lesquels  on  faisait  des  prières  en  leur  impo- 
sant les  mains;  enfin,  la  quatrième  classe  était  celle  des  consis'tants ,  qui  avaient  le 
droit  de  rester  dans  l'église  pendant  toute  la  durée  des  offices,  mais  qui  ne  pouvaient 
présenter  leurs  offrandes  comme  les  autres. 

Ces  offrandes,  que  dans  la  primitive  Église  les  fidèles  avaient  coutume  d'apporter 
chaque  jour,  consistaient  en  pain  et  en  vin.  Elles  étaient  présentées,  au  commence- 
ment de  la  seconde  partie  de  la  messe,  après  la  lecture  de  l'Évangile  et  du  Symbole. 
Les  Capitulaires  des  rois  de  France  ordonnent  d'aller  à  l'offrande  au  moins  tous  les 
dimanches.  Le  second  concile  de  Maçon,  en  585,  prescrit  aux  hommes  et  aux 
femmes  d'y  venir  au  moins  tous  les  dimanches  et  d'y  offrir  du  pain  et  du  vin.  Saint 
Césaire  invitait  les  fidèles  à  paraître  à  l'offrande,  surtout  quand  ils  communiaient  et 
il  leur  disait  qu'un  chrétien  doit  rougir  de  communier  avec  le  pain  qu'un  autre  aurait 
offert. 

Jusqu'au  huitième  ou  neuvième  siècle,  on  se  servait  pour  la  messe  indifféremment 
de  pain  levé  ou  de  pain  azyme  ordinaire  ;  mais  depuis  lors,  cet  usage  ne  fut  plus  per- 
mis dans  l'Église  romaine,  quoique  l'Église  d'Orient  l'ait  conservé;  et  le  pain  de  l'of- 
frande ne  servit  plus  qu'à  être  distribué  au  peuple,  comme  symbole  de  communion 
et  prit  le  nom  d'eulogie  ou  de  pain  bénit. 

On  apportait  ces  offrandes  sur  des  nappes  ourles  serviettes  blanches;  les  assistants 
venaient  les  premiers  et  s'arrêtaient  à  la  porte  du  chœur;  les  prêtres  et  les  diacres 
venaient  ensuite  :  ils  n'offraient  que  du  pain  et  s'avançaient  jusque  devant  l'autel-  les 
femmes  ne  quittaient  pas  leurs  places,  et  les  prêtres  allaient  autour  de  l'église  recevoir 
leurs  oblations. 

Ces  pains  étaient  de  forme  ronde;  Sévère  d'Alexandrie  les  appelle  des  cercles,-  saint 
Grégoire,  des  couronnes;  d'autres  les  ont  nommés  des  roues.  Le  prêtre  ne  consacrait 

ÏVIH 


LE   MOYEN    AGE 

pas  toutes  ces  oblations:  il  mettait  en  réserve  pour  les  clercs  et  les  pauvres  tout  ce  qui 
n'était  pas  nécessaire  pour  la  communion. 

L'offrande  du  pain  et  du  vin,  présentée  avec  un  cierge,  s'est  conservée  pour  les  enter- 
rements, dans  beaucoup  de  diocèses. 

L'autel  était  couronné  d'une  coupole  appelée  ciboire  ,  soutenue  par  quatre  colonnes 
entre  lesquelles  régnaient  des  rideaux  que  l'on  fermait  au  canon  de  la  messe  pour 
cacher  les  saints  mystères;  une  colombe  creuse  en  or  ou  en  argent,  où  l'on  conservait 
l'Eucharistie  pour  les  malades,  était  suspendue  au  milieu  du  ciboire.  Par  mesure  de 
sûreté,  l'Eglise  remplaça  les  colombes  par  les  tabernacles;  le  premier  dont  l'histoire 
fasse  mention  est  celui  que  Félix,  évêque  de  Bourges,  fit  exécuter  en  or,  et  qui  avait 
la  forme  d'une  tour.  La  consécration  terminée,  le  sous-diacre  ouvrait  les  rideaux  et 
montrait  au  peuple  le  ministre  de  l'autel.  Après  l'oraison  dominicale,  le  diacre  aver- 
tissait les  fidèles  de  se  préparer  a  la  communion,  tandis  que  le  célébrant  rompait  les 
hosties  que  les  prêtres  distribuaient  ensuite.  On  recevait  la  communion  avec  la  main, 
et  l'on  se  communiait  soi-même.  (Grégoire  de  Tours.)  Mais,  depuis  le  sixième  siècle, 
il  fut  prescrit  aux  femmes  de  la  recevoir  sur  un  voile  blanc,  appelé  dominical,  ei 
de  se  servir  de  ce  voile  pour  la  porter  à  leur  bouche.  (Fleury,  Ilist.  ecclés.)  En  880  ,  le 
concile  de  Rouen  changea  cette  coutume  ,  en  ordonnant  que  les  fidèles  ne  commu- 
nieraient plus  que  de  la  main  des  prêtres.  (Grancolas,  Ane.  Lillirg.,  t.  11.) 

La  communion  était  toujours  précédée  du  baiser  de  paix.  Les  hommes  s'embras- 
saient entre  eux;  les  femmes,  entre  elles.  Cet  usage  se  retrouve  encore  au  treizième 
siècle.  (Cl.  de  Vert,  Cérém.  de  l'Égl.  — -  Le  P.  Lebrun,  Explic.  desCérém.  de  la  messe.) 
Après  la  distribution  du  pain  eucharistique,  venaient  les  diacres  portant  le  calice  puni 
donner  l'espèce  du  vin,  qui  s'aspirait  au  moyen  d'un  chalumeau  d'or  appelé  fislula 
pngilaris.  Les  calices  étaient  ordinairement  h  deux  anses  et  d'une  grande  capacité; 
on  en  faisait  circuler  plusieurs  a  la  fois  dans  toutes  les  parties  de  l'église.  Ils  servaient 
aussi  à  recevoir  le  vin  d'offrande  que  chacun  apportait  dans  de  petits  vases  appelés 
par  les  Latins  amulœ.  Au  témoignage  de  saint  Grégoire  de  Tours,  il  y  avait  dans  les 
églises  principales  un  calice  particulier  pour  la  communion  des  princes,  qui  ne  la 
recevaient  pas,  comme  les  autres  fidèles,  avec  un  chalumeau.  (Hist.  Franc,  lib.  III . 
cap.  xxxi.) 

On  concevra  facilement  qu'il  y  eût  des  patènes  d'argent  du  poids  de  trente  livres, 
comme  le  dit  Anastase,  si  l'on  se  reporte  au  temps  où  la  communion  se  donnait  sous 
forme  de  fraction  de  pain  ;  ces  patènes  avaient  deux  anses  et  se  portaient  à  deux  mains 
pour  ('ire  présentées  aux  fidèles  :  elles  se  nommaient  patènes  ministérielles.  Les  grands 
calices  dont  nous  venons  de  parler  recevaient  aussi  cette  dénomination. 

Le  temps  d'épreuve  des  catéchumènes  qui  se  disposaient  à  recevoir  le  baptême 
n'était  pas  limité;  il  dépendait  de  leur  degré  d'instruction;  et  souvent  eux-mêmes, 
par  scrupule  de  conscience,  relardaient  leur  inscription  sur  la  liste  des  élus,  c'est-à- 
dire  ceux  qui,  après  un  sévère  examen,  devaient  enfin  être  admis  à  la  prochaine 


ET    LÀ    RENAISSANCE. 

administration  de  ce  sacrement.  C'est  ainsi  que  saint  Augustin  différa  pendant  long- 
temps de  se  faire  baptiser;  que  saint  Martin,  fait  catéchumène  «à  dix  ans,  ne  fut  baptisé 
qu'à  dix-huit;  que  saint  Ambroise  ne  l'était  pas  encore  lorsqu'il  fut  élu  évêque  de 
Milan,  et  que  Constantin  ne  reçut  le  baptême,  h  Nicomédie,  que  peu  de  temps  avant 
sa  mort. 

Hors  les  cas  de  nécessité,  le  baptême  ne  se  donnait  que  deux  fois  dans  l'année:  le 
samedi  saint  et  la  veille  de  la  Pentecôte.  Il  ne  reste  plus  de  cette  ancienne  discipline 
que  la  bénédiction  de  l'eau  baptismale  en  ces  deux  jours-là,  ainsi  que  la  prière  faite 
à  la  messe  pour  les  nouveaux  baptisés.  Ces  époques  de  baptême  solennel  se  multi- 
plièrent cependant,  mais  ce  ne  fut  que  vers  le  douzième  ou  treizième  siècle  que  la 
coutume  de  baptiser  en  tout  temps  devint  générale. 

Le  baptême  était  précédé  des  scrutins.  Il  y  avait  ordinairement  sept  scrutins  : 
c'est-à-dire  sept  jours  consacrés  «à  examiner  ceux  qui  demandaient  à  être  baptisés, 
et  à  leur  donner  les  dernières  instructions;  alors  leurs  noms  étaient  placés  dans  les 
dyptiques  pour  être  lus  en  mémento  avec  les  noms  des  parrains  et  marraines  qu'ils 
s'étaient  choisis.  L'enfant  mâle  était  présenté  par  un  parrain  ;  celui  de  l'autre  sexe,  par 
une  marraine.  Suivant  le  premier  Ordre  romain,  vers  la  troisième  heure  du  jour,  les 
catéchumènes  se  rendaient  en  procession  à  l'église,  afin  de  subir  le  dernier  examen. 
Ils  se  tenaient  rangés,  les  garçons  à  droite  et  les  filles  à  gauche.  Le  prêtre  leur  faisait 
à  tous  un  signe  de  croix  sur  le  front  avec  le  pouce,  leur  imposait  la  main  sur  la  tète 
en  prononçant  sur  chacun  d'eux  ces  mots  :  «  Nec  te  lalel  Salamis,  »  et  leur  mettait  dans 
la  bouche  du  sel  qu'il  avait  béni  en  leur  présence.  Saint  Augustin  fait  mention  de  ce 
dernier  rite,  dont  ne  parle  pas  YOrdre  romain  I.  Le  prêtre  les  touchait  ensuite,  avec 
de  la  salive,  aux  narines  et  aux  oreilles,  en  disant:  Eplieta  (Ouvrez-vous).  Suivait  une 
prière  d'exorcisme;  puis,  une  onction  sur  la  poitrine  et  sur  les  épaules,  avec  l'huile 
des  catéchumènes,  en  demandant  à  chacun  s'il  renonçait  à  Satan  et  à  ses  pom- 
pes. Le  prêtre,  alors,  imposant  de  nouveau  la  main,  récitait  sur  chacun  d'eux  aussi 
les  paroles  du  Symbole,  et  l'archidiacre  les  congédiait  tous  jusqu'à  ce  que  l'heure  du 
baptême  fût  arrivée.  Celte  heure  venue,  les  élus  rentraient  dans  l'église  proces- 
sionnellement,  s'arrêtaient  à  distance  du  baptistère,  puis  s'avançaient  un  à  un,  con- 
duits par  les  parrains  ou  marraines,  suivant  leur  sexe.  Ces  baptistères  étaient  au  bas 
de  l'église,  le  plus  souvent  à  gauche.  Les  fonts  baptismaux  consistaient  en  des  cuves 
remplies  d'eau,  chauffée  selon  que  le  demandait  la  saison  ou  le  climat.  Ces  cuves, 
enfoncées  en  terre,  ne  s'élevaient  environ  que  d'un  pied  et  demi  au-dessus  du  soi. 
Il  y  avait,  pour  les  deux  sexes,  des  cuves  séparées  par  des  rideaux.  L'élu  se  dépouillait 
de  ses  habits  et  entrait  dans  l'eau ,  avec  l'aide  de  ses  parrains  ou  marraines  ;  le  piètre, 
pour  donner  à  celte  immersion  la  forme  d'une  croix,  faisait  incliner  la  lêle  de  l'élu, 
de  l'orient  à  l'occident  et  du  nord  au  midi,  en  disant  :  «  Je  vous  baptise  au  nom  du 
Père  et  du  Fils  et  du  Saint-Esprit.  »  En  quelques  diocèses  l'élu  faisait  trois  immersions 
successives,  pendant  que  le  prêtre  prononçait  les  paroles  sacramentelles. 

Koson  et  Usants.  MES  ECC1  ÏSIASTIPS.  Fol .  XI. 


LE   MOYEN    AGE 

Le  néophyte  sortait  ensuite  de  la  cuve,  aidé  par  ses  parrains  ou  marraines  (suscep- 
tores)  :  ceux-ci  le  présentaient  au  prêtre,  qui  lui  donnait  l'onction  du  saint  chrême, 
en  lui  versant  sur  la  tète  l'huile  sainte,  qu'on  laissait  couler  sur  les  reins.  On  essuyait 
celte  onction  et  on  couvrait  la  tète  du  haptisé  avec  le  chrémeau  (galea);  puis  on  le 
revêtait  dune  robe  blanche,  qu'il  portait  pendant  huit  jours  :  il  ne  la  quittait  qu'au 
huitième.  C'est  là  ce  qui  a  fait  donner  au  premier  dimanche  après  Pâques  cette  déno- 
mination :  In  albis  depositis. 

Les  nouveaux  baptisés,  ainsi  revêtus  de  leur  robe  blanche,  s'avançaient  en  rang 
vers  le  chœur,  et  on  leur  faisait  manger  du  lait  et  du  miel,  pour  marquer,  dit  l'abbé 
Fleury,  l'entrée  de  la  vraie  terre  promise  et  l'enfance  spirituelle,  car  c'était  la  pre- 
mière nourriture  des  enfants  sevrés.  Enfin,  ils  assistaient  à  la  messe  des  fidèles,  un 
cierge  à  la  main ,  et  y  communiaient  pour  la  première  fois.  Après  la  messe ,  l'évèque 
leur  donnait  la  confirmation,  en  leur  imposant  les  mains,  et  leur  lavait  les  pieds,  à 
l'exemple  de  Jésus-Christ,  cérémonie  dont  l'Église  rappelle  la  mémoire  au  jeudi  saint. 

Dans  les  premiers  siècles  de  l'Église,  on  ne  baptisait  guère  que  des  adultes;  aussi, 
les  fonctions  dont  les  diacres  ne  pouvaient  décemment  être  chargés  auprès  des 
femmes,  étaient- elles  remplies  par  des  diaconesses.  C'étaient  des  veuves  ou  des 
vierges  consacrées  au  service  de  l'Église  par  une  bénédiction  spéciale.  Ces  pieuses 
femmes  prenaient  soin  des  pauvres  et  des  malades  et  visitaient  les  prisonniers.  Dans 
les  assemblées  religieuses,  elles  étaient  préposées  aux  portes  du  côté  des  femmes  et 
avaient  mission  de  veiller  au  maintien  du  bon  ordre.  Au  onzième  siècle,  sous  le  pape 
Jean  XIX,  on  ordonnait  encore  des  diaconesses  dans  l'Église  d'Occident. 

L'Église  a  changé  le  moins  possible  son  ancienne  liturgie;  cependant  les  sept  sacre- 
ments que  nous  allons  passer  en  revue  dans  l'ordre  canonique  où  les  place  le  Caté- 
chisme du  concile  de  Trente,  étaient  autrefois  accompagnés  de  certaines  Cérémonies 
qui  sont  tombées  en  désuétude  par  la  force  du  changement  naturel  des  mœurs. 

1°  Le  Baptême  avait  lieu  de  trois  manières  :  par  immersion,  ainsi  qu'on  vient  de  le 
voir;  par  aspersion,  comme  le  donna  saint  Pierre  aux  trois  mille  personnes  qui,  dès 
sa  première  prédication,  crurent  en  Jésus-Christ;  par  infusion,  tel  qu'il  se  confère 
de  nos  jours. 

2°  La  Confirmation  était  administrée  immédiatement  après  le  Baptême,  par  la  raison 
que,  dans  les  premiers  siècles,  on  ne  baptisait  que  des  adultes,  instruits  pendant 
leur  catéchuménat  et  préparés  à  recevoir  les  deux  sacrements;  mais,  depuis  l'époque 
où  l'on  ne  baptisa  plus  que  des  nouveau-nés,  la  confirmation  dut  être  renvoyée  au 
temps  où  ils  auraient  l'âge  de  raison. 

3°  L' Eucharistie  était  administrée  sous  le  nom  de  communion  aux  fidèles  en  bonne 
santé,  et  sous  le  nom  de  viatique  aux  malades  en  danger  de  mort. 

4°  La  Pénitence,  dont  l'usage  a  été  prescrit  une  fois  l'an  par  le  quatrième  concile 
de  Latran,  eut  toujours  pour  but  l'absolution  :  «  Il  y  a  pénitence,  dit  Origène.  lorsque 
li'  pécheur  ne  rougit  point  de  révéler  son  péché  au  prêtre  du  Seigneur  et  de  lui  en 


ET    LA    RENAISSANCE. 

demander  le  remède.  »  —  Ce  mot  signifie  donc,  outre  la  confession  de  la  faute,  le 
remède  même  par  lequel  le  pécheur  expie  celte  faute.  Nous  avons  parlé  des  quatre 
classes  de  pénitents  publics;  nous  devons  dire  comment  cette  pénitence  leur  était  impo- 
sée et  comment  avait  lieu  leur  réconciliation  avec  l'Église.  Les  pénitents  se  présen- 
taient h  l'évèque,  couverts  d'un  sac,  nu-pieds  et  le  visage  courbé  vers  la  terre.  «  L'é- 
vêque  lui-même,  prosterné  et  fondant  en  larmes  (dit  le  canon  03  du  concile  d'Agde, 
exprimant  ainsi  l'esprit  paternel  de  l'Église),  doit  chanter  avec  le  clergé  les  sept  psaumes 
pénitentiaux  pour  obtenir  leur  absolution.  »  Après  la  récitation  des  versets  et  collectes 
on  bénissait  des  cendres,  que  l'on  répandait  sur  la  tète  des  pénitents;  lesquels  étaient 
aspergés  d'eau  bénite  et  chassés  de  l'enceinte  sacrée,  dont  les  portes  se  refermaient  de- 
vant eux.  C'est  en  imitation  de  ces  pénitents  publics  que  les  fidèles  se  présentent  encore 
à  l'église,  le  premier  mercredi  du  carême,  pour  recevoir  des  cendres  sur  le  front. 

V excommunication  se  prononçait  h  la  lueur  d'un  cierge,  que  l'on  éteignait  ensuite  et 
qu'on  foulait  aux  pieds.  Dans  certains  pays,  le  peuple  avait  coutume  de  porter  une 
bière  devant  la  porte  de  celui  qui  venait  d'être  excommunié;  on  lançait  des  pierres 
contre  sa  maison  en  vomissant  contre  lui  un  torrent  d'injures.  Quant  à  l'excommuni- 
cation solennelle,  fulminée  par  le  pape,  en  vertu  de  la  bulle  dite  In  cœnd  Domini, 
contre  tous  ceux  qui  appelleraient  au  concile  général  des  décrets  et  ordonnances  des 
papes,  contre  les  princes  et  autres  qui  exigeraient  des  ecclésiastiques  certaines  con- 
tributions indues,  contre  les  hérétiques ,  les  pirates,  les  falsificateurs  des  lettres  aposto- 
liques, etc. ,  etc.,  celte  excommunication  n'avait  lieu  que  le  jeudi  saint.  Un  cardinal- 
diacre,  du  haut  de  la  loge  du  Vatican,  lisait  la  bulle,  en  présence  du  pape,  qui,  pour 
marque  d'anathème,  jetait  sur  la  place  une  torche  de  cire  jaune  allumée.  On  attribue 
cette  bulle  et  ce  cérémonial  à  Martin  V  (1417).  L'Église  gallicane,  en  1510,  déclara 
qu'elle  n'acceptait  point  cette  bulle,  et  la  publication  en  fut  complètement  suspendue 
par  Clément  XIV  au  dix- huitième  siècle. 

C'était  à  la  fin  du  carême,  au  jeudi  saint  aussi,  qu'avait  lieu  la  réconciliation  des 
pénitents,  afin  qu'ils  pussent  participer  aux  saints  mystères  de  la  fête  de  Pâques. 
L'évèque  se  tenait  assis  a  la  porte  de  l'église  et  les  pénitents  attendaient,  sous  le  por- 
tique ,  que  l'archidiacre  demandât  leur  rentrée  en  grâce.  L'évèque  alors  priait  pour 
eux,  puis  les  rappelait  à  lui,  et  tous  se  prosternaient  à  ses  pieds.  Ils  se  relevaient 
ensuite  et  les  curés  les  conduisaient  par  la  main  à  l'archidiacre  pour  être  présentés 
à  l'évèque,  qui  les  rendait  au  giron  de  l'Église  (Ecclesiœ  gremio). 

Lorsqu'un  lieu  sacré  avait  subi  quelque  profanation  (comme  l'église  de  Cantorbéry, 
par  le  meurtre  de  Thomas  Becket,  en  1 172,  laquelle  fut  dépavée,  dépouillée  de  tous  les 
ornements  qui  la  décoraient,  et  demeura  près  d'un  an  sous  la  peine  de  l'interdit),  la 
réconciliation  s'en  faisait  avec  un  appareil  des  plus  imposants.  L'évèque,  au  milieu  du 
chant  de  psaumes  de  douleur,  aspergeait  extérieurement  et  intérieurement  les  murs 
de  l'église,  avec  de  l'eau  bénite  mêlée  de  sel,  de  cendres  et  de  vin.  Cette  eau  porte  le 
nom  de  Grégorienne ,  ce  qui  en  ferait  remonter  l'origine  à  la  fin  du  sixième  siècle. 

n 


LE    MOYEN    ÂGE 

Enfin,  après  d'humbles  prières  pour  conjurer  le  Seigneur  de  rendre  à  ces  lieux  pol- 
lués leur  pureté  primitive,  on  reprenait  un  chant  de  triomphe  et  de  glorification, qui 
était  suivi  de  la  messe  et  d'une  bénédiction  solennelle. 

5°  V  Extrême -Onction,  qui  s'administra  dans  les  mêmes  cas  de  nécessité  que  le  via- 
tique, était  donnée  autrefois  avant  ce  dernier  sacrement.  La  matière  de  l'extrême- 
onclion  est  Y  huile  des  infirmes.  On  voit,  d'après  d'anciens  rituels,  que  la  place  et  le 
nombre  des  onctions  ont  beaucoup  varié.  En  général,  on  faisait  ces  onctions  sur  le 
front,  aux  épaules  et  aux  endroits  où  le  malade  souffrait.  Le  Rituel  romain  indique 
sept  onctions  :  sur  les  yeux,  les  narines,  la  bouche,  les  oreilles,  les  mains,  les 
pieds,  les  reins;  d'autres,  quinze.  Selon  le  Rituel  de  Rouen  de  1610,  avant  d'admi- 
nistrer le  sacrement  on  devait  mettre  de  la  cendre  en  croix  sur  la  poitrine  du 
malade  et  figurer  ensuite  une  croix  sur  cette  cendre  en  prononçant  les  mêmes  paro- 
les qu'au  premier  jour  du  carême  :  Mémento,  fiomo,  quia  putois  es,  etc.  D'autres  rituels, 
enfin ,  prescrivaient  de  coucher  le  malade  sur  la  cendre  même ,  et  de  lui  en  mettre 
sur  la  bouche  et  la  poitrine. 

6°  L'Ordre.  Nous  avons  parlé  en  détail  des  ordres  majeurs;  l'Église  compte  quatre 
ordres  mineurs,  qu'elle  confère  aux  clercs  tonsurés  :  ce  sont  ceux  de  portier ,  lecteur , 
exorciste  et  acolyte.  On  voit  qu'il  n'était  pas  nécessaire,  pour  recevoir  le  pouvoir 
d'exorciser,  d'être  dans  les  ordres  sacrés.  Mais  ce  pouvoir  ne  devait  pas  s'exercer  sans 
la  permission  de  l'évêque.  La  forme  de  l'exorcisme  des  possédés,  auquel  on  recourait 
si  fréquemment  au  Moyen  Age,  a  toujours  été  la  prière,  l'aspersion  d'eau  bénite,  et 
l'adjuration  faite  au  démon  de  sortir  du  corps  qu'il  possédait.  Lorsque  l'exorcisme 
avait  lieu  par  le  ministère  d'un  prêtre,  celui-ci  était  vêtu  d'un  surplis  el  de  l'étole 
violette,  dont  il  plaçait  les  extrémités  sur  le  cou  de  l'énergumène  en  lui  faisant  des 
signes  de  croix  au  front  et  à  la  poitrine. 

La  consécration  des  abbés  el  des  abbesses,  bien  que  faite  avec  beaucoup  d'appareil, 
n'était  pas  considérée  comme  une  ordination ,  mais  seulement  comme  une  bénédic- 
tion. L'évêque,  après  avoir  donné  à  l'abbé  la  communion  sous  l'espèce  du  pain,  le 
bénissait,  lui  posait  la  mitre  sur  la  tête,  et  lui  remettait  les  gants,  avec  les  prières 
d'usage.  La  crosse  abbatiale  et  l'anneau  lui  avaient  été  remis  avant  l'offertoire. 

Ce  fut  Alexandre  II,  élu  pape  en  1  OUI ,  qui  le  premier  accorda  le  privilège  de  la 
mitre  aux  abbés  en  faveur  d'Egelsinus,  abbé  du  monastère  de  Saint -Augustin  près 
Canlorbéry.  Des  abbesses  eurent  aussi  le  droit  de  (russe  :  elles  la  recevaient  île 
l'évêque,  ainsi  que  la  croix  pastorale  et  l'anneau.  D'après  un  règlement  de  Clément  IV. 
les  abbés  ne  (levaient  porter,  dans  les  synodes  et  conciles,  qu'une  mitre  garnie  d'or- 
froij  sans  perles,  ni  pierreries,  ni  lames  d'or  ou  d'argent.  Dans  les  assemblées  les 
évêques  portaient  la  mitre  précieuse,  c'est-à-dire  ornée  de  perles  ci  de  pierreries. 

7"  Enfin,  le  Mariage,  dont  le  cérémonial  a  peu  changé  d'ailleurs,  était  autrefois 
célébré  à  la  porte  de  l'église.  Au  neuvième  siècle,  dans  l'Église  d'Occident  et  surtout 
en  Italie,  le  prêtre  posail  sur  la  tète  des  époux  des  couronnes  faites  en  tonne  de 


ET    LA   RENAISSANCE. 

lour  (lurritœ),  qui  étaient  ensuite  conservées  prés  de  l'autel.  Les  anciens  Gaulois 
se  fiançaient  «  par  le  sol  et  le  denier  (per  solidum  et  denarium  )  :  »  la  pièce  d'argent ,  que 
le  prêtre  bénit  encore  aux  messes  de  mariage,  est  un  souvenir  de  celte  coutume. 

M.  l'abbé  Pascal,  auquel  nous  sommes  redevables  de  beaucoup  de  matériaux  inté- 
ressants, nous  fournira  encore  un  curieux  document  relatif  au  Mariage.  D'après  un 
Rituel  de  la  province  de  Reims,  imprimé  en  1583  ,  lorsque  l'époux  présente  l'anneau 
nuptial  a  sa  femme,  il  le  lui  place  d'abord  sur  le  pouce  et  l'index,  en  disant  :  «  De  cet 
anneau,  je  vous  épouse;  »  puis,  il  touche  avec  l'anneau  le  doigt  du  milieu,  et  quand 
il  le  met  au  quatrième  doigt,  il  ajoute  :  «  Et  de  mon  corps  je  vous  honore.  »  Dans  un 
manuscrit  plus  ancien  de  la  même  église ,  l'époux  dit  les  vers  suivants,  en  mettant 
l'anneau  successivement  à  chaque  doigt,  depuis  le  pouce  jusqu'au  doigt  annulaire  : 

Par  cet  anel,  l'Église  enjoint 

Que  nos  deux  cueurs  en  un  soient  joints 

Par  vray  amour  et  loyale  foy  : 

Pour  tant  je  le  mets  en  ce  doy. 

Tel  est  le  précis  des  Cérémonies  ecclésiastiques  et  liturgiques  du  Moyen  Age  et  de 
la  Renaissance. 

M,s  Edmond  de  VARENXES. 


Obliqua  d 


Mîms  et  Dsajes. 


CÉRÉMONIES  ECCLESIASTIQUES  Fol  XKI 


LE    MOYEN    AGE 


(Jonas  Porré.)  Traita  des  anciennes  Cérémonies,  ou  His- 
toire contenant  leur  naissance  et  accroissement,  leur  entrée 
en  l'Église,  et  par  quels  degrés  elles  ont  passé  jusqu'à  la 
superstition.  Quevilly  (Rouen),  1673,  in-8. 

La  l'crdil.  est  celle  i'Amlt.,  1616.  p.  in-8;  la  dernière  .  ibid. .  1717, 
în-12,  est  intitulée  :.  Hist.  des  Cérémonies  et  des  superstitions  qui  se  sont 
introduites  dans  l'Eglise. 

Dohen.  et  Caroli  Magri,  Hierolevicon,  sive  sacrum  dic- 
tionarinm,  in  quo  ecclesiasticœ  voces  earumque  etymologia;, 
origines,  symbola,  Cseremoniae,  etc.  Romœ,  1677,  in-fol. 

La  Ire  édil.,  sons  le  tilre  de  Xotizia  de'  voeaboli  ecclesiasliei  ,  esl  de 
Messine ,  16'i4,  in-4. 

Voy.  aussi .  dans  la  grande  collection  des  dielionnaires  tbéologiqoes  de 
l'abbé  Migne.  le  Dict ion  nuire  de  liturgie,  par  l'abbé  Pascal  (  Montrouge, 
1842,  gr.  in-8) 

(J.  Fréo.  Bernaro,  Bruzen  de  la  Martiniere,  etc.)  Cé- 
rémonies et  coutumes  religieuses  de  tous  les  peuples  du 
monde,  représentées  par  des  ligures,  avec  des  explicat.  his- 
toriques. Amsterdam,  1723-43,  15  part,  en  9  vol.  in-fol. ,fig. 

Les  tom.  I  et  II  contiennent  les  Cérémonies  ecclésiastique!. 

Voy.  aossi  les  eiplicat.  des  abbés  Banier  et  Le  Mascrier,  dans  l'édition 
pobliée  à  Paris,  1741.  7  vol.  io-fol.  ,  sons  ce  tilre  :  llist-  générait  des 
Cérémonies  .  mœurs  et  coutumes  r<  lit/irutcs ,  le  nouveau  telle  ,  rédigé  par 
Poneelin,  dans  les  Cérémonies  religieuses  (Par.,  178:1.  4  vol.  in-fol  )  ; 
.  les  additions  de  telle ,  pal  Grégoire,  de  l'Aulnay e  et  Tbéoph.  Mandar, 
dans  l'edit   de  1810  (Par..  Prudhomme,  13  vol.  in-fol.),  etc. 

Voy.  encore  le  Dict.  hislor.  des  cultes  religieux  établis  dans  le  monde. 
par  J.-Fr.  de  Lacroii  (Paris.  1777.  3  vol.  iu-8,  fïg  )  .  dont  la  première 
érlit.,  pobl.  en  1770,  tans  nom  d'aoteur,  ne  forme  qu'où  volome. 

T.  M.  Mayiaciii  De'  costumi  de'  primitivi  cristiani  lilt.  III. 
llnma,  1753,  3  vol.  in-8. 

Voy.  aossi  les  Mœurs  des  chrétiens,  par  l'abbé  Fleury;  souvent  réimpr. 

J.-B.  Casalh.  Explanatio  de  veteribus  sacris  christiano- 
rum  ritibus.  Romœ,  1647,  in-fol. 

L'aoteor  avait  publie  on  abrégé  de  cet  ouvrage  dans  son  Liber  de  pro- 
fanU  et  sacris  leteribus  ritibus  (Roma.\  1644,  in-'r.  lîg.l. 

Voy.  aossi  le  Thésaurus  anliguilatnm  sacro-profanarum  ,  de  Forlun. 
Scacchi  (Amstei..  1725,  in-fol  )  ,  p., 1,1  d'abord  en  1701  ,  sons  le  litre  bi- 
carré de  Myrulhecia  tria  sacr.  elœochrismaton. 

Eou.  Martene.  De  antiquis  Ecclesiae  ritibus  libri  ;  edit. 
secunda.  Antuerpiœ  {Mediolani),  1736-38,  4  vol.  in-fol. 

La  1"  édil.  de  1700-02 ,  /louen ,  avec  son  supplément  (Lugd..  1706) , 
ne  forme   que  4  vol.  in  4.  Le  soppl.  est  intitulé  :  Tractatus  de  antigua 
Ecclesiœ  disciplina  in  dtfjinù  celebrandis  ojficiis,  varias  diversarvm  < . 
cltffiarwn  ritus  et  usas  exhibens. 

Codex  liturgicus  Ecclesire,  univers»  in  xv  libros  distri- 
I  ml  us,  in  quo  contiiientur  lilui  rituales,  missales,  pontifica- 
les, officia,  diptycha,  etc.,  Ecclesiarum  Occidentis  et Orien- 
tis;  nunc  piïmnm  prodit  Jos.  Aloysius  Assemanus,  ad  ni^s. 
cod.  Vaticanos  aliosque castigavit,  recensuit ,  latine  vertit, 
prœfationibus,  commentariis  et  variantibus  lectionibus  illus- 
travit.  Romœ,  174'J  63,  12  vol.  p.  in-i. 

Ce  vaste  recueil  .  qui  inillieiiieiiseinenl  est  rtsle  inachevé  .  réunit  1rs  di- 
serses  liturgies  publiées  séparément  ,  dont  il  eiistc  une  foule  d'éditions. 

Voy.,  dans  le  Calai,  des  lui,  .  inipriirn  <  il,  l.i  llibliath.  du  roi.  par 
l'abbé  Sallier  [Théologie,  t.  II,  une  liste  considérable  de  livres  relatifs  ans 
liturgies  des  églises,  des  ordres  religiaui  et  des  ordres  rniliiaiies  do  tous 
le>  pays  ,1,-  I.,  chrétienté, 

t.iii.i.  Durand.  Rationale  divinorum  ofOciorum  —  Per 
Johannem  Fust,  civem  itaguntinum,  et  Petrvm  th.  Gerns- 

z/trijm  (Moguntiœ),  1450,  in-fol.  gotb.  à  2  col. 

Souvent  """|"   i siems  siècle,  et  Irad.  en  franc.,.,  I,,  requête  de 

Charles  V.  pai  frère  J.,,„  Goulu  „  .  moi  .■,■  litre     /,  ftàcional des divins 

offices  Par.,  Ani   \  ■ ,  ,..! ,  i:,ii.i,  ,„.i„i.  ,, .,  ■•  Cll|    ,  „„u,  c,.,„.  i„,i„c- 

iiou  oe  contient  que  Vil  livres ,  au  tien  de  V 111. 

Ane.  Patricius  i iolomwëos,  episcopus  Picentinus.  Libri 

lies  riiuiun  ecclesiasticorum  mm-  sacrarum  Cerimoniarum 

ss    Romance  Ecclesiœ,  jussn  in lentii  vin  conscripti; 

ptimum  editi  stud.  et  labore  cini-i.  Marcelli,  archiepisçopi 
Uorcyriensis.  Venetiis,  Gréa   de  Gregorils ,  1516,  in-fol. 

11 1"   I'1"" '"  '"'  .ete m  lien,  ive,  beaoconp  d'addition* de 

J,,..  Gitolani .  Rome  .  n»0,  !  sol  In-fol. 


Liber  sacerdotalis  ,  ex  libris  sam  la?  Romanœ  Eccles:ae, 
ad  usum  sacerdotum  parochialium,  collertus  atque  compo- 
sons aulboritate  Leonis  X,  l'ont.  Max  ,  studio  Alb.  Castel- 
lani.  Venetiis,  hcered.  P.  Rabattis,  154s,  in-4. 

Réimpr.  et  augm.,  avec  le  litre  de  Manuale  ou  Uituale  .  par  ordre  des 
différents  papes,  et  Irad.  danB  toutes  les  langues. 

Pontificale  lîomanum,  seu  Liber  pontilicalis,  diligenliâ 
Atig.  Patricii  de  Piccolominibns  et  Joban.  Burckardi,  cor- 
rectus  et  emendattis ,  jussu  Innocenlii  VIII.  Romœ,  Ste- 
phan.  Plannek,  1485,  in-fol. 

Réimpr.  depuis  avec  des  addilions  el  des  modifications ,  soas  différents 
papes,  et  soovent  avec  des  Sg. 

Caire  moniale  episcoporum ,  jussu  Clementis  VIII  refor- 
matum.  Romœ,  1600,  in-fol.,  tig.  de  Fr.  Villamena. 

Soovent  rérmpr. 

Conradi  But  m,  De  Cieremoniis  Ecclesiœ  capitula  tria; 
édita  studio  Joan.  Cochlaei.  Moguntiœ,  Fr.  ISehem,  1548, 
in-8. 

Joan.  STErn.  Diranti  Libri  1res  de  ritibus  Ecclesiœ  ca- 
tholicae.  Romœ,  ex  typogr.  Vaticana,  1591,  in-fol. 

Souvent  réimpr.  pendant  le  dii-septièuie  siècle. 

A.nt..  Roccv.  Thésaurus  pontiliciarum  sacrartinique  anli- 
quitatum,  nec  non  rituum,  praxium  ac  Caremoniaruiu  ; 
edit.  secunda.  Romœ,  1745,  2  vol.  in-fol  ,  fîg. 

La  llp  édil.  des  reovres  de  Rocca  ,  réanissanl  ses  di,vers  oovrages  lilor- 
giqoes.  publiés  séparément  à  la  frn  du  senicme  siècle  et  au  commencement 
du  dii-sepliéme  ,  parut  à  Rome  ,  en  1719,  2  vol.  in-fol. 

Cl.  Villette.  Les  raisons  de  l'office  et  Cérémonies  qui 
se  font  en  l'Église  romaine;  ensemble  les  raisons  des  Céré- 
monies du  sacie  de  nos  rois  de  France.  Paris ,   1611,  in-4. 

F.  B.  Febrarius.  De  ritu  sacrorum  concionum.  Mtdio- 
liani,  1620,  in-4. 

Soovent  réimpr.  sous  différents  titres. 

Voy.  aossi  (Iran.  AlBaSPINI  .  Liorî  duo  observatioitum  de  releribits  *.V- 
cUsÙC  ritibus  (Par.,   1623,  in-4  . 

JoAtc.  Bona,  cardinalis.  Rerum  litnrgicarum  libri  duo, 
denuô  autti,  recogniti,  notis,  observationibus  el  perpetuo 
fere  commentario  illustrati,  stud.  et  labore  Rob.  Sala,  «tu- 
gustœ  Taurinorum,  typ.  rrgia,  1747-55,  i  vol.  in-fol. 

Les  premières  édil    du  dit -septième  siècle  n'olfrenl  qoe  dei    parlic 


détachées  de  i 


g,. il, 


Franc.  M  au  Magc.io.  Disquisitiones  riluales,  morales,  as- 
cetiese,  de  sacris  Cœremoniis  obiri  solitis  in  Dei  templis  ae 
monasteriis.  l'aitormi ,  1664,  in-fol. 

Ci.  m.  Veut.  Explication  des  Cérémonies  de  l'Église,  l'a- 
ris,  1706-13,  4  vol.  in-8. 

Réimpr.  plosienrs  fois  *i  réfoté  par  J  Jos   Laoonel,  sons  ce  litre  :  Du 
véritable  esprit  de  l'église  dans  Vusagt  de  tes  Cérémonies  vParis,  1715. 

in- 12). 

Barthol.  Gavamti.  Thésaurus  sacrorum  rituum,  cum  no- 
vis  observationibus  el  addit,  Caj.  Mar.  Uerati.  Romœ, 
1736  38,   i  M'I.  in-4. 

Soui, ni  réimpr.,    in-4   el    in    fol.   Les   premières  édil.  du  dii-septièrur 
s,,  eli  n'avaient  qu'un  seul  lolumc. 
Trad.  cl  ,,l truand  {Te 

.1.  Mabillomii,  lie  Liturgie  gallicans  libri  lus.  m  quibus 
wteris  misse,  quœ  ante  annos  mille  apud  Gallos  in  nsu  e«t, 
forma  ritusque  erunntur  ex  antiquis  monumentis.  Porisifs, 

16S5,  in   i 

De  Moi.i.in  (.i.-i;.  I.r  Brum  des  Mari  m-  Voyages  litur- 
giques en  France.  Paris,  1718,  i"  s.  in. 

J.  Grancolas.   L'antiquité  des  Cérémonie-  qui  se  prali- 
quent  dans  l'administration  des  sacrements.  Paris, 
in-12. 


ET    LA    RENAISSANCE. 


Gasi\  Jlexix,  Oiatorii presbytei i,  Commentai ius  historiens 
cl  dogmaticus  de  sacranientis  in  specie  et  génère;  liis  ad- 
duntur  disseitationes  de  censuris,  de  irregularitatibus  et  de 
indulgentiis,  exacte»  ad  veterem  et  hodiernaru  Ecclesiœ  dis- 
ciplinais). Lugduni,  1705,  in-fol. 

Imprimé  poor  la  première  fois  en  1696,  Luad..  2  vol.  in-fol. 
Voy.  .  sur  les  sacrements   en  général,  les  Iraités  lalins  de  J.  Cbaneisn 
I5Î0).  Gasp.  Conlarini  (1558),   Tlioma  rie  Chava     I67S  .    \ci;l    Hunnœus 
(1576).  Jeau  Maldooat  II6I4I.  Joan  de  l.n3o  |165S),  Kmman.  Mascaren- 
lias  (10Ô6),  elc.,  et  une  foule  d'autres  pins  dogmatiques  qu'historiques. 

Matiiias  Chardon.  Histoire  des  sacrements  ou  de  la  ma- 
nière dont  ils  ont  été  célébrés  et  administrés  dans  l'Église , 
et  de  l'usage  qu'on  en  a  fait  depuis  le  temps  des  apôtres. 
Paris,  1745,  6  vol.  in-12. 

C.  Merlin.  Traité  historique  et  dogmatique  sur  les  paroles 
mi  les  formes  des  sept  sacrements  de  l'Église.  Paris,  174o, 
in-12. 

J.-B.  Thiers.  Traité  des  superstitions  qui  regardent  les 
sacrements.  Paris,  1704  ou  1741  ,  4  vol.  in-12. 

GiLii.  Geneerard.  Traicté  de  la  liturgie  ou  saincte  messe. 
Paris,  lf>02,  in- s. 

Pierre  le  Heddre.  Entretien  ecclésiastique  ou  Recueil  des 
Cérémonies  et  mystères  de  l'office  divin  sur  les  plus  remar- 
quables solemnitez  d-  l'année;  ensemble  les  pieuses  considé- 
rations sur  les  meubles  sacrés,  la  sainte  messe  et  sépulture 
des  morts.  Tout,  1628,  in-12. 

Gilb.  Gmm.ud.  La  Liturgie  sacrée,  où  toutes  les  parties  et 
(  érémonies  de  la  sainte  messe  sont  expliquées  avec  les  mys- 
tères et  antiquités,  avec  un  Traité  particulier  de  l'eau  bé- 
nite, du  pain  bénit,  des  processions  et  des  cloches.  Lyon, 
1G6G,  in-4. 

Rélmpr.  en  1618,  2  toi.  in  12. 

J.  Grancolas  Les  anciennes  liturgies,  ou  la  Manière  dont 
on  disait  la  messe  dans  chaque  siècle.  Paris,  1697-99,  3 
vol.  in-s. 

Heiin.  Labenazie.  Histoire  du  saciifice  de  la  messe  et  du 
saint  sacrement  de  l'autel.  Agen,  1686,  in-12. 

Lu.  ami.  Bocqoillot.  Traité  historique  de  la  liturgie  sa- 
crée ou  de  la  messe.  Paris,  1701,  in-S. 

J.  Grancolas.)  Traite  de  la  messe  et  de  l'olfice  divin,  où 
l'on  douve  une  explication  littérale  des  anciennes  pratiques 
et  des  Cérémonies  de  l'Église.  Paris,  1714,  in-12. 

Le  P.  Le  Brin.  Explication  littérale,  hist.  et  dognoat.  des 
prières  et  des  Cérémonies  de  la  messe.  Paris,  1726,  4  vol. 
in-8,  h,;. 

Reimpr.  en  8  part,  avec  des  aogmenl  ,  1  ~ 77. 

.lus.  Vicecohitis,  Observationes  ecclesiastic.se ,  de  bap- 
tismo  et  coafirmatione ,  de  antiquis  missae  rilihus.  Medio- 
lani,  1615-26,  i  vol.  in-4. 

Joan.  Nicolas,  Dissertatio  duplex  ,  prior  et  posterior,  de 
baptismi  antiquo  rita.  Parisiis,  1668,  in-12. 

\  m,    .iii-i  Dit*  rt.  théol.  et  doqm.  sur  les  exorcisme!  et  les  autres  Cé- 
rémonies du  baptême  (par  J.-J.  Ùnguel.  l'tiris,  1721,  iu-12). 

LE.xiii  1 1  m  Fresnot.  Traité  bistoriqne  et  dogmatique  du 
secret  de  la  confession.  Paris,  1708,  in-s. 

Voy.  aussi  But.  coufess.  auricularis  de  J.  Boilean  (Parts,  1684,  io-8) 

Ihti.  Sancuez.  Dissertationes  de  s.  matrimonii  sacra- 
Dtento.  Genuœ  [Matriti),  1602,  3  vol.  in-fol. 

Reimpr.  plusieurs  fois. 

J.  Morihi,  De  sacris  ordinationibus  commentatius.  Pari- 
siis, 1655,  in-fol. 

Plusieurs  fois  reimpr.,  notamment  avec  des  aujjmcDt.  pir  Jos.-AI.  Assr- 
mani,  Roma:.  1156,  5  vol.  in-4. 

a.xt.  Godeau.  Discours  sur  les  ordres  sacrés,  ou  [ouïes 


les  Cérémonies  de  l'ordination,  suivant  le  Pontifical  romain, 
sont  expliquées.  Paris,  1653,  in-12. 

Jean  Le  Lorrain.  Traité  de  l'ancienne  manière  de  prier  et 
d'adorer  debout  le  jour  du  d  imam  lie  et  de  feste  et  durant  le 
temps  de  Pâques,  ou  Abrégé  historique  des  Cérémonies  an- 
ciennes et  modernes.  Del/t  (Rouen) ,  1700,  2  vol.  in-12. 

S.  B  ,  curé  de  C.  La  tradition  de  l'Église  sur  les  bénédic- 
tions, où  l'on  traite  des  bénédictions  de  l'Église  en  général 
et  en  particulier;  de  leur  origine  et  de  leur  antiquité;  des 
diverses  Cérémonies  qu'on  y  emploie,  etc.  Toulouse,  1679, 
in-S. 

L'abbé  J.  Lebebf.  Traité  historique  et  pratique  sur  le 
chant  ecclésiastique.  Paris,  1741,  in-12. 

Voy.  anssi,  dans  le  recueil  du  cardinal  J.  Bona,  De  tlivina  psalmodia 
eJHSque  causis ,  musteriis  et  disciplinis ,  etc.,    sive  psallentis   EccUsiœ 

Franc,  de  Nei  fville.  De  l'origine  et  institution  des  fêtes 
et  solemnitez  ecclésiastiques,  extrait  tant  de  la  Sainte  Bible 
et  Nouveau  Testament,  que  des  anciens  Pères  et  docteurs  de 
l'Église.  Paris,  J.  Hulpeau,  1582,  in-8. 

(Adr.  Baillet.)  Histoire  des  fêtes  mobiles  dans  l'Église. 
Paris,  1703,  2  vol.  in-8. 

Nie.  Jamin.  Histoire  des  fêtes  de  l'Église  et  de  l'esprit 
dans  lequel  elles  ont  été  établies.  Paris,  1779  ,  in-12. 

Adr.  Philibert.  Manuel  des  l'êtes  et  solennités  principales 
de  l'Église,  contenant  leur  origine,  leur  institution  et  les 
particularités  qui  s'y  rattachent.  Paris,  1831,  in-12. 

J.  Bertholet.  Histoire  de  l'institution  de  la  Fête-Dieu. 
Luxembourg,  1746,  in-4. 

René  Bexoist.  Traitez  des  processions  des  chrestiens,  au- 
quel il  est  discouru  pourquoy  la  croix  y  est  eslevée  et  portée, 
et  premièrement  pourquoy  les  chrestiens  la  portent  pour 
marque  et  signe.  Paris,  Midi,  de  Roïgny ,  1563,  in  8. 

Uoy  anaai  le  rrniffl  de  {"institution  et  usage  des  processions  qui  .*< 
font  en  fl-:<jlise  catholique  ,  par  Hubert  .Meurier  [Reims ,  Jeau  de  Foûjny, 
1S84,  iu-8). 

Caroi  .  Guïeti,  Heortologia  sive  de  fostis  propriis  locoruni 
cl  ecclesiarum.  Lutctiœ  Parisiorum,  1657,  in-fol. 

(Glill.  Vatar.  )  Des  processions  de  l'Église,  de  leurs 
antiquitez,  utilitez,  et  des  manières  d'y  bien  assister.  Paris, 
170j,  in-12. 

Voy.  aussi  De  processionibus  ecclesiasticis  liber,  par  Jacq.  Eveillou 
(P<ir..  1641,  in-8  .  et  Sucri  peripatetici,  sire  de  saciis  EccteSÛB  procès. 
libri  duo,  à  N.  Serario  [Colon.-A'jripp.,  1607,  in-12). 

Aux.  Merhannii,  De  rogationibus  ac  peregrinationihus  et 
li\ mnis  et  soiennibus  supplicationibns,  cum  lucernis  et  omni 
religionum  panoplia  libri  très.  Lovanii,  J.  Bogardus,  15G6, 
in-8. 

Jac..  Gretseri,  De  sacris  et  religiosis  peregrinationihus 
libri  IV;  de  calholicae  Ecclesiœ  processionibus  seu  suppli- 
cationibus  libri  II;  quibns  adjuncti  de  voluntaria  llagello- 
;  n  tu  crui  e  seu  de  disciplinaruin  libri  m.  lngolstadii,  1606, 
in-4,  lig 

p.  ('mis.  Lettres  historiques  cl  dogmatiques  sur  les  ju- 
bilés  cl  1rs  indulgences.  La.  Haye,  1751,  3  vol.  in-8. 

Jac.  Boileai  ,  Historica  disqnisitio  de  te  vestiaria  bominis 
•  a.  n,  vilain  coniinuiicm  moie  Civili  tr.iducentis.  Amslelo- 
dtimi,  1704,  in-12. 

I.-  Insilé  surl'elole.p.ir  .1.-11.  Tliiers;  celui  des  perruques,  par 

.lo  mi •■■■    ii    i"  si.ipul.iM.-.  pai  rhéopfa,  Haynaud,  [le  ;  la   Panoplia 

episcopalis .  cltrkalis  et  sa  In  du  SaniM]     I m.  I. -Puni  , 

I  toi.  In-fol.),  elc. 

1  •'.  ur  Albertis.  De  sacris  utensilibus.  liomce,  1783,  2  vol. 
in-fol.,  Dg, 

Fr.  Ant.  Zvcciiaria.  Bibliotheca  ritualis.  Rotnœ,  1776-81, 
3  vol.  in-4. 

mi 


LE    MOYEN    AGE   ET    LA  RENAISSANCE. 


Voy.  C6  qui  concerne  la  bibliographie  du  Cérémonial  eceléflîastiqnfl  , 
rl;n)*  la  Ilibtioth.  reiiHs  théologien  omnium  materiarvm  de  Mai  Un  Lipe- 
nius  [Franrof.,   1685,  2  wl.  in  fol.). 

I  ,  i  il  la  même  bibliographie  dans  le  C«f«/.  de*  /irres  Imprima  de 
lu  ÏHhl.  du  roi,  par  l'abbé  Sallier  ;  Théologie  (Par.,  1739-42  ,  3  vol.  lo- 


fol.)  ;  dans  le   Catal.  des  livres  de  l'abbé  Delan  (1755);  dans  le  Calot. 
la  Uihl.  de  Bordeaux  (1842);  dans  le  Catal.  delà  Bibt.  de 

Cabbè  l.rqitien  de  l<i  \etuilte,  réd.  par  Harlh    Haur. -,iu     1845  ,etfc 

Voy.  eolin ,  dans  noire  ouvrage ,  le  chapitre    iotilolé   Ckréuuxiil  el   1j 
Bibliographie  qui  le  cooeerue. 


€mwmm\m£. 


Mœur  et  :  Isa 


n  trois  grandes  classes , 
se  partageait  la  société, 
au  Moyen  Age  :  le  clergé, 
la  noblesse,  le  tiers  état. 
Chacune  de  ces  classes, 
formant  un  corps  au  sein 
de  l'État  et  vivant  d'une 
vie  spéciale,  présentait, 
dans  la  manifestation  col- 
lective de  son  existence . 
une  physionomie  parti- 
culière et  des  formes  dis- 
tinctes. Nous  suivrons 
donc,  pour  étudier  le  Cé- 
rémonial decette  époque, 
la  division  naturelle  «pie 
l'on  vient  de  rappeler. 

F. 

CÉRÉMONIAL    l>K    L'ÉGLISE. 

Les  cérémonies  de  l'É- 
glise, c'est-à-dire  les  pra 

CÉRÉMONIAL  Fol  I 


vffl 


V 


m. 


LE   MOYEN   AGE 

tiques  du  culte  religieux,  constituèrent  de  bonne  heure  une  partie 
essentielle  de  la  science  sacrée.  Sous  le  titre  de  Liturgie  ,  Cérémo- 
nies ecclésiastiques,  elles  forment  la  matière  de  deux  chapitres 
spéciaux  de  cet  ouvrage ,  auxquels  nous  devons  renvoyer  le  lec- 
teur. Il  nous  appartient  toutefois  de  consigner  ici  quelques  ren- 
seignements relatifs  à  certaines  solennités,  dont  les  principaux 
acteurs  faisaient  bien  partie  de  l'ordre  religieux,  mais  dont  le 
caractère,  néanmoins,  était  loin  d'être  purement  ecclésiastique. 
Cette  désignation  s'applique,  par  exemple,  aux  pompes  et  céré- 
monies qui  accompagnaient  le  joyeux  avènement  de  beaucoup  de 
prélats,  à  la  fois  seigneurs  temporels  et  spirituels  dans  leurs 
diocèses. 

On  n'ignore  pas  que,  selon  l'exégèse  des  théologiens,  lepi- 
thalame  oriental  qui  se  trouve  dans  l'Ancien  Testament  et  qui 
porte  le  nom  de  Cantique  de  Salomon  ou  Cantique  des  Cantiques , 
représente,  sous  un  voile  mystique,  Y  Église  en  la  personne  de  la 
Sulamile,  et  le  Chef  de  l'Église ,  que  le  roi-poëte  appelle  le  liien- 
Aimé.  Dans  le  Nouveau  Testament,  l'Église  reçoit  plus  d'une  fois, 
du  Révélateur,  les  noms  de  fiancée  et  autres  semblables.  Ces 
figures  ont  évidemment  exercé,  au  Moyen  Age,  une  influence 
marquée  sur  le  symbolisme  de  certaines  cérémonies,  qui  s'ac- 
complissaient au  grand  jour  entre  les  ministres  les  plus  élevés  du 
sacerdoce  et  la  communauté  des  fidèles.  Telle  était,  surtout  en 
Italie,  la  prise  de  possession  d'une  foule  d'archevêques  et  évê- 
ques.  Le  17  janvier  1519,  au  rapport  de  Michel -Ange  Salvi. 
historien  de  Pistoie,  Antonio  Pucci,  nouvellement  élu  évêque 
de  cette  ville,  y  fit  son  entrée  solennelle,  au  milieu  d'un  bridant 
cortège  et  d'un  immense  concours  de  spectateurs.  Arrivé,  selon 
l'usage,  à  une  abbaye  de  filles  dite  de  San  Pur  Maggiore,  e  il 
»  descendit  de  cheval  et  entra  dans  l'église,  qui  avait  été  décorée 
»  de  ses  plus  riches  ornements.  Après  y  avoir  fait  sa  prière,  il 
»  se  dirigea  vers  le  mur  qui  séparait  l'église  de  l'abbaye  et  dans 
»  lequel  une  brèche  avait  été  pratiquée.  Là.  se  trouvai!  préparé 
>  un  lit  de  grande  valeur.  Il  y  épousa  l'abbesse  et  lui  laissa  au 
■>  doigt  un  anneau  très -beau  et  très-somptueux.  Cela  fait,  il  se 
»  rendit  à  la  cathédrale,  où,  après  d'autres  cérémonies,  il  fut 
»  mis  parles  bons  vassaux  en  possession  de  son  évèché.  <  A  Flo 
rence,  lorsque  l'archevêque  y  entrait  pour  la  première  fois,  il  se 
,<v  ",'".' "\n'Z"V  rendait  également  à  une  abbaye  de  femmes,  placée  sous  le 
vocable   du  premier  vicaire  de  Jésus-Christ,  et  là,  il  épousait  aussi   l'abbesse  de 


i 


il'' VT'" 


ET   LA   RENAISSANCE. 

Saint-Pierre.  A  cet  effet,  une  grande  estrade,  surmontée  d'un  riche  baldaquin,  s'élevait 
h  côté  du  maître-autel.  Le  prélat  se  plaçait  au  milieu  des  religieuses;  puis  on  lui  appor- 
tait un  anneau  d'or,  qu'il  passait  au  doigt  de  l'abbesse,  dont  la  main  était  soutenue 
par  l'un  des  membres  les  plus  âgés  du  clergé  de  la  paroisse;  puis,  il  couchait  une  nuit 
au  couvent,  où  une  chambre  lui  était  destinée  et  dans  laquelle  il  était  introduit  par 
l'abbesse;  et  le  lendemain  ,  on  procédait,  dans  la  cathédrale,  à  son  intronisation.  Des 
formes  analogues  étaient  observées  lors  de  l'installation  de  l'archevêque  de  Milan  ;  des 
évêques  de  Bergame,  de  Modène,  etc. ,  etc.  Tout  le  monde  connaît  cette  disposition  du 
rituel  propre  au  couronnement  des  papes,  et  par  laquelle  le  souverain  pontife  est  con- 
duit en  grande  pompe,  à  l'aide  d'une  sorte  de  palanquin,  porté  sur  les  épaules  d'un 
certain  nombre  de  suppôts.  Polluche,  auteur  d'un  traité  sur  l'intronisation  des  évêques 
d'Orléans,  fait  remonter  l'origine  de  la  gestation  des  papes  à  Etienne  II,  qui,  lors  de 
son  élection,  en  752,  se  fit  porter  sur  les  épaules  du  peuple  jusqu'au  temple  de 
Constantin. 

Ces  divers  actes  symboliques,  qui  se  rapportent  tous  à  une  haute  antiquité,  s'intro- 
duisirent de  bonne  heure  en  France  à  l'occasion  de  l'avènement  des  évêques;  et  le 
séjour  des  papes  h  Avignon  contribua  sans  aucun  doute  à  entretenir  parmi  nous  le  goût 
de  ces  pompes  méridionales.  La  première  entrée  des  archevêques  de  Rouen ,  de  Tours, 
de  Bordeaux  ;  celle  des  évêques  de  Paris,  d'Orléans,  de  Clermont,  d'Autun,  de  Nantes, 
de  Quimper,  de  Rennes ,  de  Léon ,  de  Saint  -  Brieuc ,  etc. ,  etc. ,  réunissaient ,  avec  cer- 
taines  particularités  variables,  les  diverses  circonstances  qui  se  pratiquaient  en  Italie. 
Dans  un  très -grand  nombre  de  diocèses,  l'évèque,  au  jour  de  sa  venue,  s'arrêtait  à 
une  station,  située  le  plus  souvent  à  l'extérieur  de  sa  ville  épiscopale,  et  y  passait  une 
nuit,  comme  pour  y  accomplir,  à  l'instar  des  chevaliers,  une  sorte  de  veillée  des 
aimes.  L'archevêque  de  Bordeaux,  la  veille  de  son  joyeux  avènement,  se  rendait  hors 
les  murs,  à  l'église  de  Sainte-Eulalie ,  et  jurait  préalablement  d'observer  les  privilèges 
île  telle  collégiale.  On  voit  encore  dans  le  chœur  de  cette  église  une  chaire  en  pierre 
sculptée,  d'un  travail  admirable,  qui  atteste  cette  ancienne  coutume;  ce  siège 
monumental  date  du  quinzième  siècle,  et  l'on  y  remarque  surtout  sa  mitre  archi- 
épiscopale, qui  sert  à  la  décoration  :  c'était  là,  en  effet,  que  s'asseyait  le  prélat 
lorsqu'il  venait  accomplir  cette  cérémonie.  Ces  lieux  de  station  étaient,  pour  les 
évêques  de  Paris,  l'abbaye  de  Sainte- Geneviève;  pour  ceux  de  Clermont,  le  monastère 
de  Samt-AHyre;  etc.,  etc.  Le  lendemain ,  quatre  seigneurs ,  vassaux  de  l'évêché ,  venaient 
lever  le  prélat,  le  portaient  sur  leurs  épaules  jusque  dans  son  église  cathédrale,  et 
acquittaient  auprès  de  lui  le  même  office  que  les  grands  officiers  de  la  couronne 
auprès  de  la  personne  royale.  Dans  l'archevêché  de  Tours,  ces  quatre  seigneurs  étaient 
les  sires  d'Amboise,  de  La  Haye,  de  Preuilly  et  de  Sainte-Maure.  Le  premier  servait  de 
sénéchal  ou  dapifer  ;  le  second ,  d'échanson  ;  le  troisième ,  de  panetier,  et  le  quatrième  , 
d'écuyer.  Ces  mêmes  vassaux  portaient  aussi,  en  raison  de  ces  offices,  le  titre  de 
barons  de  la  crosse,  de  barons  chrétiens  ou  de  premiers  barons  de  la  chrétienté  (ce  der- 


LE   MOYEN   AGE 
nier  motétanl  pris  autrefois  pour  diocèse).  Les  seigneurs  de  Montmorency,  qui  rem- 
plissaient auprès  de  l'ëvèque  de  Paris  les  fonctions  (juo  nous  venons  de  dire,  tiraient 


église  «le  Vàbbaye  ih  Saintt-Gentvi 


i  Péril  (détraite  depuii  lo 


delà  l'antique  signification  que  rappelle  la  devise  bien  connue  de  cette  famille  :  «  Dieu 
aide  au  premier  baron  chrétien.  »  La  famille  de  Tallevrand  et  celle  de  Bourdeille  jouis- 
saient, en  Périgord,  des  mêmes  prérogatives  et  portaient  de  semblables  dénomina- 
tions. A  Orléans  et  ailleurs,  l'évêque  avait  le  privilège  de  délivrer  solennellement  tous 
les  prisonniers  renfermés  dans  les  geôles  de  la  justice  criminelle.  Mais  aucun  de  ces 
usages  n'olfre  peut-être,  à  l' observateur j  de  particularités  plus  remarquables  et  plus  sin- 
gulières que  celles  par  lesquelles  se  distinguait  le  joyeux  avènement  des  évêques  de 


ET   LA    RENAISSANCE. 

Troyes.  Lorsqu'un  nouveau  titulaire  venait  prendre  possession  de  ce  siège,  il  se  ren- 
dait, en  pompe  et  publiquement,  mais  vêtu  seulement  du  camail  et  monté  sur  une  mule 
ou  un  palefroi,  à  l'abbaye  de  Notre-Dame-aux-Nonnains ,  antique  monastère  de  fem- 
mes ,  primitivement  situé  à  l'une  des  portes  et  en  dehors  de  la  ville.  Arrivé  au  pourprù 
de  l'abbaye,  c'est-à-dire  aux  limites  du  domaine  de  l'abbesse,  il  rencontrait  celle-ci, 
qui  se  présentait,  pour  le  recevoir,  à  la  tète  de  toutes  ses  religieuses.  Aussitôt  le  prélat 
mettait  pied  à  terre;  un  sergent  de  l'abbaye  s'emparait  de  sa  monture,  la  condui- 
sait toute  sellée  dans  l'écurie  abbatiale,  et  le  palefroi  y  demeurait  comme  propriété 
de  l'abbesse.  Cela  fait,  cette  dernière,  en  présence  de  tout  le  peuple,  prenait  l'évèque 
par  la  main  et  l'introduisait  dans  son  monastère.  Là,  l'évèque 
entrait  au  chapitre,  s'agenouillait,  récitait  une  prière  que  l'ab- 
besse lui  indiquait;  puis,  ayant  dépouillé  son  camail,  il  recevait 
de  ses  mains  une  chape  somptueuse;  l'abbesse  lui  remettait  une 
crosse,  lui  ceignait  la  tête  d'une  mitre,  et,  lui  présentant  un 
magniflque  texte  des  Évangiles,  couvert  de  nielles  et  de  vermeil 
sculpté,  qui  se  conserve  de  nos  jours  à  la  Bibliothèque 
publique  de  la  ville  de  Troyes,  elle  lui  faisait  prêter  à 
haute  voix,  puis  transmettre  par  écrit,  le  serment  dont 
voici  la  teneur,  inscrite  en  latin  au  premier  feuillet 
de  ce  précieux  manuscrit  :  «  Moi,  tel,  évêque  de  Troyes, 
»  je  jure  d'observer  les  droits,  franchises,  libertés  ci 
»  privilèges  de  ce  monastère  de  Notre- Dame-aux-Non- 
»  nains.  Qu'ainsi  Dieu  me  soit  en  aide  et  ces  saints  Évan- 
o  giles  !  »  L'évèque  alors  se  relevait  et  donnait  au  peuple 
sa  bénédiction.  Après  ces  formalités,  l'abbesse  lui  ôtait 
ses  ornements  épiscopaux ,  et,  le  reste  de  l'assemblée 
s'étant  retiré,  elle  le  conduisait  à  un  logement  préparé 
pour  le  recevoir,  où  il  devait  prendre  son  gîte.  L'évèque  y  passait  la  nuit, 
et  le  lit  sur  lequel  il  avait  couché  lui  appartenait  tout  garni.  Le  lende- 
main ,  les  quatre  barons  de  l'évêché  de  Troyes,  à  savoir  :  les  seigneurs  de 
Saint- Just,  de  Marigny,  de  Poussey  et  de  Méry-sur-Seine,  venaient 
lever  le  prélat  et  le  portaient  sur  leurs  épaules  jusqu'à  la  cathédrale, 
où  s'accomplissaient  les  autres  cérémonies  de  la  prise  de  possession. 

Ces  privilèges  tout  à  fait  extraordinaires  étaient  le  signe  d'une  préémi- 
nence et  d'une  sorte  d'autorité  spirituelle  que  les  abbesses  de  Notre-Dame 
s'attribuèrent,  pendant  tout  le  Moyen  Age,  à  l'égard  de  leur  propre  évê- 
que. D'après  la  tradition  locale ,  appuyée  de  textes  fort  anciens,  l'origine 
de  cette  étrange  suprématie  remontait  à  l'introduction  même  de  la  Foi 
dans  la  contrée.  L'abbesse  de  Notre-Dame-aux-Nonnains  était,  dans  le  principe,  la 
supérieure  de  chanoinesses  séculières  dont  les  traces  historiques  se  suivent  jusques  au 
Mœurs  et  Usages  de  la  Vie  civile.  CÉRÉMONIAL  Fol  111. 


(Itel.l*me     .). 

i|i|>  u  tenant   .1    l.i   'M  ■ 

Ku.il.ale  de  Keti. 


LE  MOYEN   AGE 

delà  de  l'an  G50.  Elle  était  collatrice  de  plusieurs  paroisses  de  la  ville,  dame  d'un 
immense  territoire,  et  même  de  celui  sur  lequel  s'éleva  l'évèché;  elle  passait  enfin 
pour  avoir  recueilli  les  droits  d'un  collège  de  vestales  établi  en  ce  lieu  dès  le  temps  du 
paganisme.  La  haute  autorité  et  les  prérogatives  dont  jouissaient,  à  Maubeuge,  l'abbesse 
et  le  chapitre  noble  des  chanoinesses  de  Sainte-Aldegonde,  offrent  un  autre  exemple 
qui  mérite  d'être  rapproché  du  premier.  Tous  ces  privilèges  féminins  avaient  très- 
vraisemblablement  pour  cause  originaire  la  part  que,  dans  les  premiers  siècles,  les 
femmes  prenaient,  sous  le  titre  de  diaconesses,  aux  fonctions  ecclésiastiques. 

IL 

CÉRÉMONIAL  DE  LA  NOBLESSE. 

Nous  allons  retracer  ici,  en  les  comprenant  sous  ce  titre  commun,  les  principales 
cérémonies  relatives  a  la  vie  des  classes  les  plus  élevées  de  la  société  du  Moyen  Age. 
depuis  le  couronnement  des  souverains,  jusqu'aux  actes  analogues,  mais  moins  impor- 
tants, qui  concernaient  les  personnes  appartenant  aux  rangs  inférieurs  de  la  hiérarchie 
nobiliaire.  Un  des  monuments  les  plus  intéressants  qui  nous  soient  restés  de  l'anti- 
quité, le  Nolitia  ulriusque  imperii,  rédigé  vers  la  fin  du  quatrième  siècle,  sous  le 
règne  de  Théodose,  nous  fait  connaître  les  rangs,  les  attributions  et  les  insignes 
des  nombreux  fonctionnaires  qui  administraient,  en  Orient  et  en  Occident,  sous  l'au- 
torité des  empereurs.  Lorsque  les  Germains,  et  particulièrement  les  Franks,  réussirent 
à  substituer  leur  domination  à  celle  du  peuple  romain,  ces  nations  presque  sauvages,  et  les 
chefs  barbares  qu'elles  avaient  à  leur  tète,  sous  le  titre  de  rois,  empruntèrent  nécessai- 
rement des  vaincus  les  notions  plus  ou  moins  raffinées  que  suppose  un  Cérémonial. 
L'exaltation  du  chef  élu  ou  Kœnig  sur  le  pavois ,  la  prise  solennelle  des  armes  et  de  la 
framée  au  sein  de  la  tribu,  telles  sont,  en  effet,  les  seules  traces  de  cérémonies  publi- 
ques que  l'on  puisse  constater  chez  les  Germains.  L'ordre  merveilleux,  le  spectacle 
imposant  de  la  hiérarchie  politique  de  l'empire  romain ,  surtout  dans  ses  pompes  exté- 
rieures, durent  frapper  sensiblement  l'imagination  de  ces  hommes  grossiers.  Aussi, 
voyons-nous  les  rois  franks  se  faire,  aussitôt  après  la  victoire,  les  copistes  naïfs  et  plus 
ou  moins  maladroits  de  cette  civilisation  qu'ils  avaient  brisée.  Clovis,  revenu  à  Tours 
en  507,  après  avoir  défait  Alaric ,  reçut  dans  celte  ville  le  titre  de  patrice  et  de  consul . 
que  lui  envoya  l'empereur  Anastase.  Dès  lors,  selon  le  témoignage  des  historiens,  il  se 
para  des  marques  de  la  souveraineté  à  l'usage  des  empereurs,  telles  que  la  pourpre, 
la  chlamydeel  le  diadème.  Le  même  esprit  d'imitation  s'appliqua  au  Cérémonial  inté- 
rieur et  extérieur  des  coins,  au  fur  et  à  mesure  qu'il  se  développa  auprès  de  la  personne 
royale. Charlemagne,  cherchant  avec  la  sagacité  du  génie  aux  sources  presque  taries  de 
la  civilisation  italique,  pour  y  puiser  tout  ce  qui  devait  orner  et  vivilier  une  monarchie 
chrétiei constitua  autour  de  lui  un  ordre  régulier,  pour  l'administration  générale 


ET   LA    RENAISSANCE. 

et  privée  de  son  empire  et  pour  le  règlement  de  la  discipline  intérieure  de  ses  palais. 

Divers  fragments  que 
nous  ont  conservés  sur 
ce  sujet  les  historiens 
de  son  règne ,  impri- 
ment à  l'esprit  une  cer- 
taine idée  de  grandeur 
et  de  majesté,  unie  à 
celle  de  l'autorité  et  de 
la  hiérarchie.  Lorsque 
Charles  prenait  ses  re- 
pas, dit  le  moine  de 
Saint-Gall ,  il  était  servi 
par  les  ducs,  les  rois  et 
autres  chefs  de  différen- 
tes nations. Ces  derniers 
lui  succédaient  a  table 
et  avaient  pour  servi- 
teurs les  comtes,  les 
préfets  et  les  seigneurs 
revêtus  des  principales 
dignités  du  palais.  Ceux- 
ci  étaient  remplacés,  à 
leur  tour,  par  la  jeu- 
nesse militaire  et  par 
les  élèves  (scholares)  de 
la  cour  impériale.  Ve- 
naient ensuite  les  maî- 
tres, puis,  les  officiers 
subalternes  des  divers 
offices  ou  emplois.  Un 
autre  document  plus 
explicite,  émanéd'Adal- 
hard,  un  des  plus  pro- 
ches alliés  et  favoris  du 
grand  empereur ,  re- 
cueilli et  publié  par  lecé- 
lèbre  Hincmar,  docu- 
ment bien  connu  sous  le 

nom  de  Lellre  aux  grands  sur  l'ordre  du  palais ,  nous  initie  d'une  manière  plus  appro- 


LE    MOYEN   AGE 
fondie  à  celte  organisation,  qui  embrassait  à  la  fois  la  vie  domestique  du  souverain  et 
l'administration  générale  de  l'État.  Après  l'empereur  et  les  princes,  la  plus  hautr 
dignité  du  palais  était  celle  de  Yapocrisiaire,  ou  ministre  secrétaire  d'Étal  pour  les  affai- 
res ecclésiastiques.  Sous  les  Mérovingiens,  il  s'appelait  chapelain  ou  archichapelain.  Il 
était  assisté  d'un  grand  chancelier  et  de  plusieurs  clercs.  A  côté  de  lui  s'élevait,  à  peu 
près  égal  en  puissance,  le  comte  dupalais,  chargé  des  affaires  temporelles  :  politique, 
guerre  et  justice.  Le  chambellan  ou  grand  chambrier,  placé  sous  l'autorité  directe  de 
la  reine  ou  impératrice,  avait  soin  de  la  tenue,  du  mobilier  et  de  la  décoration  du 
palais.  Le  sénéchal  était  préposé  à  la  nourriture  et  au  service  de  la  table;  il  avait  pour 
collègue  le  grand  bouleiller,  particulièrement  chargé  des  breuvages  :  vin,  bière,  hydro- 
mel ,  etc.  Le  connétable ,  qui  venait  ensuite,  était  l'intendant  des  écuries  el  étables  .  el. 
par  extension,  de  la  cavalerie;  cette  fonction  demeura  un  office  essentiellement  mili- 
taire et  de  premier  ordre.  Le  dernier  des  grands  officiers  était  le  maître  d'hôtel  ou  four- 
rier (mansionarius),  qui  devait  pourvoir  au  logement  de  l'empereur  et  de  la  cour,  dans 
leurs  nombreux  déplacements.  Après  eux  venaient  les  officiers  suivants,  d'un  ordre  de 
plus  en  plus  inférieur  :  les  quatre  grands  veneurs,  un  fauconnier,  l'huissier,  le  tréso- 
rier, le  dépensier,  l'économe;  puis,  les  valets  de  vénerie,  les  valets  de  chien,  les  pré- 
posés à  la  chasse  des  bièvres  ou  castors  (beverarii) ,  etc.  Pour  ce  qui  est  de  l'ordre  suivi 
dans  l'administration  des  affaires  de  l'État,  deux  grandes  assemblées,  l'une  tenue  à 
l'automne,  l'autre,  plus  solennelle  encore,  au  printemps,  servaient  à  élaborer,  ou  du 
moins  à  préparer  et  surtout  à  promulguer  la  loi,  dont  le  véritable  auteur  et  arbitre 
('•tait  le  roi  ou  l'empereur.  Ces  assemblées  avaient  lieu,  lorsque  le  temps  le  permettait. 
en  plein  air;  en  cas  de  pluie  ou  d'intempérie,  elles  se  tenaient  dans  des  édifices  fer- 
més et  partagés  par  diverses  salles  en  trois  grandes  divisions.  Dans  l'une  résidait  le 
souverain,  assisté  de  ses  familiers,  à  qui  l'on  se  référait  perpétuellement,  pour  la  déli- 
bération même  des  affaires,  la  seconde  était  occupée  par  les  conseillers  ecclésiastiques, 
el  la  troisième,  par  les  conseillers  laïques,  qui  délibéraient  ainsi  par  corps.  Quant  au 
peuple,  il  restait  dehors ,  et  son  rôle  se  bornait  presque  exclusivement  à  V acclamation. 
L'énumération  qui  précède  offre  un  tableau  à  peu  près  exact  des  titres  et  des  fonc- 
tions les  plus  élevés  qui  furent  usités  dans  les  cours,  et  particulièrement  en  France, 
pendant  la  durée  de  la  monarchie.  En  ce  qui  louche  les  actes  el  le  procédé  qui  consti- 
tuaient l'accomplissement  de  ces  fonctions  diverses,  c'est-à-dire  en  ce  qui  touche  le 
Céréjnonial  et  YéliqueUe  proprement  dits,  les  règles  minutieuses  qui  en  firent  à  la  fois 
unescienceetuneloi,  ne  s'établirent  chez  nous  que  lentement  et  tardivement.  En  1389, 
lorsque  le  roi  Charles  VI,  jeune  encore,  épousa  la  fameuse  Isabeau  de  Bavière,  >;i 
liante.' ,  âgée  de  quatorze  ans  à  peine,  il  voulut  lui  faire  à  Paris  une  entrer  magnifique 
et  qui  répondît,  par  sa  pompe  et  son  éclat,  à  la  passion  dont  il  ('tait  animé.  Il  pria 
donc  la  reine  Blanche,  veuve  de  Philippe  de  Valois,  de  présider  à  l'ordonnance  de  la 
cérémonie  en  se  reportant  aux  souvenirs  du  temps  passé  ;  et   l'on  se  borna,  en  consé- 
quente, ii  consulter  les  records  officiels,  c'est-à-dire  la  Chronique  du  monastère  de  Sain:- 


LE    MOYEN    AGE    ET    LA    RENAISSANCE 


Cérémonial,  Étiquetti    ete 


CONNETABLE    DE    FRANCE,    EN    CiRAND    COSTUME. 

v lu  XV».  siècle. -<Bibl  „at.deP«.ris.-Ç«*.<los.ES..mPe.j 


ET  LA   RENAISSANCE. 

Denis,  en  l'absence  de  toute  règle  fixe  établie  à  cet  égard.  Le  premier  corps  de  règles 
sur  cet  objet,  à  l'usage  des  classes  nobles,  qui  ait  paru  en  France,  ou  du  moins 
qui  nous  soit  connu ,  est  intitulé  les  Honneurs  de  la  cour.  Il  date  de  la  fin  du  quinzième 
siècle,  et  nous  aurons  ci-après  l'occasion  de  nous  y  arrêter  spécialement.  En  1548,  ces 
matières  n'avaient  point  encore  été  réglées  par  l'autorité  législative,  car,  à  cette  épo- 
que, le  roi  Henri  II,  désirant  «  scavoir  et  entendre  quel  rang  et  ordre,  du  temps  de  ses 
»  prédécesseurs,  avoienl  tenu  en  toutes  grandes  et  solennelles  assemblées  les  princes 
»  du  sang  ,  tant  ducs  que  comtes ,  les  autres  princes ,  barons  et  seigneurs  du  royaume , 
»  et  semblablement  les  connestables,  maresehaux  de  France  et  admirai,  ■>  donna  com- 
mission à  Jean  du  Tillet,  greffier  civil  en  sa  cour  du  parlement,  de  rechercher  parmi 
les  archives  royales  les  divers  témoignages  authentiques  propres  à  éclaircir  cette  ques- 
tion et  à  servir  de  loi  pour  l'avenir.  (Godefroy,  Cérémonial  françois ,  1649,  t.  I".) 
Enfin,  ce  fut  seulement  Henri  III  qui,  par  ses  lettres  de  provision  datées  du 
-2  janvier  1585,  créa  la  charge  de  grand -maître  des  cérémonies  de  France,  en  faveur 
de  Guillaume  Pot,  seigneur  de  Rhodes;  ce  dernier  la  transmit  h  sa  famille,  où  elle 
demeura  héréditaire  pendant  pli. sieurs  générations. 

Cependant  cette  question  du  Cérémonial ,  et  surtout  des  préséances,  avait  déjà  plus 


d'une  fois  éveillé  l'attention  des  souverains,  non-seulement  au  sein  de  leurs  États  res- 
pectifs, mais  aussi  dans  les  relations  internationales  de  la  diplomatie.  La  célébration 
Mœurs  et  Usages  de  la  Vie  civile.  CÉRÉMONIAL  Fol  Y. 


I     l'Empereur. 

2    le  Roi  des  Romains 

:s    le  Roi  de  France. 

i    le  Roi  d'Espagne. 

le  Roi  d'Aragon. 

6    le  Roi  de  Portugal. 

7    le  Roi  d'Angleterre, 

S    le  Roi  de  Sicile. 

9    le  Roi  d'Ecosse. 

10    le  Roi  de  Hongrie. 

1 1    le  Roi  de  Navarre. 

i  2    le  Roi  de  Chypre. 

13°  le  Roi  de  Bohème. 

LE  MOYEN  AGE 
des  conciles,  qui  réunissaient  en  commun,  avec  les  députés  de  l'Église  entière,  les 
ambassadeurs  de  toutes  les  puissances  chrétiennes,  avaient  dû  notamment  susciter 
l'examen  de  cette  matière.  Le  pape  Jules  II,  en  1504,  lit  publier  par  son  maître  des 
cérémonies,  Pierre  de  Crassis,  un  décret  qui  déterminait  comme  il  suit  le  rang  hiérar- 
chique dans  Lequel  les  différents  souverains  de  l'Europe  ou  leurs  représentants  devaient 
prendre  séance. 

15°  le  Roi  de  Danemark. 

1  6  la  République  de  Venise. 
1 7  le  Duc  de  Bretagne. 
18°  le  Duc  de  Bourgogne. 
1 9°  l'Électeur  de  Bavière. 
20"  l'Électeur  de  Saxe. 
21°  l'Électeur  de  Brandebourg. 
22  l'Archiduc  d'Autriche. 
23°  le  Duc  de  Savove. 
14  l'Archiduc  de  Florence. 
25  le  Duc  de  Milan. 

2  fi  le  Duc  de  Bavière. 
27  le  Duc  de  Lorraine. 

I  I    le  Roi  de  Pologne. 

Nous  devons  ajouter  que  ce  décret  ne  reçut  jamais  l'adhésion  des  parties  intéres- 
sées, dont  elle  blessait  les  prétentions  rivales,  et  que,  pendant  tout  le  Moyen  Age 
cette  question  des  préséances  resta,  jusque  dans  les  plus  humbles  cérémonies  publi- 
ques, une  source  perpétuelle  de  procès  et  de  querelles  trop  souvent  sanglantes. 

Ainsi  donc,  au  Moyen  Age,  la  tradition  fut  la  plus  ancienne  et  la  principale  juris 
prudence  en  fait  d'étiquette  et  de  cérémonial.  C'est  d'après  elle  surtout ,  c'est-à-dire 
d'après  les  faits,  que  nous  allons  présenter  un  tableau  abrégé  des  solennités  les  plus 
importantes  de  la  vie  des  rois,  princes  et  autres  personnages  appartenant  à  la  classe  de 
la  noblesse.  H  convient  de  placer  au  premier  rang,  parmi  ces  cérémonies,  celles  qui 
avaienl  pour  objet  l'institution  même  des  souverains  sur  leur  trône,  et  qui  emprun- 
taient en  même  temps  leur  sanction  morale  et  leur  plus  liante  majesté,  de  l'intervention 
qu'y  apportait  l'autorité  religieuse.  Parlons  d'abord  du  sacre  et  couronnement  des  rois 
de  Erance. 

Quoi  qu'aient  pu  dire  sur  ce  sujet, de  nombreux  écrivains,  iules  époques  d'enthou- 
siasme et  de  foi  crédule  où  la  royauté  était  l'objet  d'un  culte  universel .  Pépin-le-Bref, 
lils  de  Charles -Martel  el  fondateur  de  La  seconde  dynastie,  fut  le  premier  de  nos  rois 
qui  recul  l'onction  religieuse;  et  la  forme  essentielle,  ainsi  que  le  théâtre  de  cette 
cérémonie,  subit  pendant  longtemps  de  nombreuses  variations, avant  que  d'être  consa- 
crée par  une  loi  définitive;  c'est  ce  que  démontrera  clairement  Le  résumé  historique 
que  nous  allons  exposer.  En  752,  Pépin-le-Bref,  ayant  été  «dit  roi  desFranks,  a\e( 
l'approbation  i\u  pape  Zacharie  et  au  préjudice  du  roi  légitime  Childéric  III .  se  lit 


ET   LA   RENAISSANCE. 
sacrer  une  première  lois  par  l'archevêque  de  Mayence,  saint  Boniface.  dans  la  cathé- 
drale de  Soissons;  puis,  une  seconde  lois,  avec  ses  deux  fiisCharlemagne  et  Karloman. 
en  75  i .  dans  l'abbaye  de  Saint-Denis,  par  le  pape  Etienne  III;  ce  fut  également  le  pre- 


mier prince  qui  prit,  dans  ses  actes,  le  titre  de  roi  pur  la  grâce  de  Dieu.  Après  lui . 
Charlemagne,  déjà  sacre  comme  héritier  de  son  père,  se  borna  à  se  faire  oindre  suc- 
cessivement par  le  souverain  pontife,  d'abord  comme  roi  des  Lombards,  puis  comme 
empereur,  et  procura  la  même  consécration  à  ses  Gis,  au  titre  de  leurs  principautés 
respectives.  Louis-le-Débonnaire ,  son  successeur  immédiat,  fut  sacré  à  Reims,  par  le 
pape  Etienne  IV,  en  810,  en  qualité  d'empereur  et  de  roi  de  Fiance.  En  877.  LouisJe- 
Bègue,  roi  de  France,  reçut  à  Compiègne l'onction  et  le  sceptre,  des  mains  d'Hincmar. 
archevêque  de  Reims.  Deux  années  plus  tard  .  ses  deux  fils  Louis  III  et  Carloman  turent 
associés  à  la  même  cérémonie,  ainsi  qu'au  trône  de  leur  père,  en  présence  d'Anséiàse. 
archevêque  de  Sens,  et  dans  l'église  abbatiale  de  Saint-Pierre  de  Ferrières.  Le  sacre  du 
roi  Eudes,  en  888.  eut  lieu  a  Compiègne,  par  les  mains  de  l'archevêque  de  Sens. 
Uiarles-le-Simple.  en  8i».'{,  et  Kobert  I",  en  922,  furent  sacrés  et  couronnés  à  Reims. 
mais  l'onction  et  le  couronnement  de  Raoul  (923)  se  célébrèrent  en  l'abbaye  de  Saint- 
Médard  de  Soissons;  et  ceux  de  Louis  d'Outre-Mer,  lils  de  Charles-le-SimpIe  (936),  a 
Fa<ui.  De  l'an  954  à  l'an  1 106,  et  depuis  L'avénemenl  du  roi  Lothaire  jusqu'à  celui  d< 
Louis  VI  dit  le  Gros,  le  sicre  des  rois  de  France  eut  lieu  tantôt  en  l'église  métropoli- 
taine de  Reims  et  tantôt  dans  d'autres  églises,  mais  le  plus  souvent  dans  la  première. 
Louis  VI  ayant  été  sacré  dans  la  cathédrale  d'Orléans,  par  les  mains  de  l'évèque  ordi 

VI 


LE  MOYEN  AGE 
naire,  saint  Sanson,  le  clergé  de  Reims  réclama  contre  cette  prétendue  infraction  à 
la  coutume  et  à  ses  privilèges.  Mais  le  célèbre  Yves  de  Chartres,  un  des  personnages 
les  plus  considérables  de  son  siècle,  qui  avait  assisté  comme  prélat  à  la  cérémonie 
d'Orléans,  réfuta  ces  prétentions  dans  une  lettre  curieuse,  où  il  établit  que  nulle  église 
n'est  investie,  ni  en  droit,  ni  en  fait,  ni  en  équité ,  du  privilège  exclusif  de  conférer  an 
monarque  nouvellement  régnant  la  consécration  religieuse.  Il  faut  avouer  cependant 
qu'à  défaut  de  titre  juridique,  la  tradition  et  les  souvenirs  historiques  constituaient  en 
faveur  des  réclamants  une  recommandation  particulière.  L'Église  de  Reims  était,  en 
effet,  la  première  métropole  chrétienne  de  toute  la  Gaule  Belgique,  qui  embrassait 
dans  sa  circonscription  le  domaine  primitif  des  rois  de  France.  La  monarchie,  en  la 
personne  de  Clovis,  y  avait  reçu  le  premier  sceau  de  la  vie  religieuse;  et,  jusqu'au 
sacre  de  Louis-le-Gros ,  lorsque  le  successeur  de  saint  Rémi,  archevêque  de  Reims, 
n'avait  pas  administré
…[truncated]